16/09/2014

Un peu de pub

des soleils en veux-tu voilà perdus dans les broussailles IMG_1042.jpg

pour un livre que j'ai adoré.

Merci à Nicole Giroud pour ce moment de pur bonheur littéraire !

Découvrez l'anthogrammate (eh oui, ça existe !) ici

 

 

extrait de l'anthogrammate

- C'est bizarre, ce livre, c'est comme des histoires de par ici et pourtant sur les images on voit des forêts, pas des cités...

- C'est comme ça avec les chefs d'oeuvre de la littérature, tout le monde peut s'y reconnaître ...Et tu penses bien que celui qui a illustré le livre aimait mieux dessiner des forêts et des oies plutôt que des immeubles tagués et des carcasses de voitures, qu'aurais-tu fait à ma place ?

 

17/02/2011

Hypatie

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Plutôt que de m’émouvoir du regard des hommes

Je passais ma vie à scruter le ciel

Et l’âme des choses.

Je comparais les théories de Ptolémée et d’Aristarque

J’essayai de dénouer les piliers mystérieux qui avaient  permis de les élever

Au rang de postulats pour les uns, de divagations pour les autres

Je traçais des cercles dans le sable, y dénouais des fils en trajectoires aléatoires.

 

Il paraît que des hommes m’ont aimée

Ont bu mes moindres paroles dans le cénacle de la majestueuse bibliothèque d’Alexandrie

Cette civilisation m’avait, moi, femme, permis d’être érigée en être humain

Oui, des hommes m’ont désirée, admirée.

 

Mais mon corps n’était que le réceptacle de mon âme et mon âme n’était accessible qu’à travers de brefs instants de communion de pensées.

 

J’avais déjà la prémonition de l’espace

Des regards qu’y poseraient Copernic, Galilée et Kepler

Si nous avions traversé les siècles pour nous rencontrer, le monde n’aurait pas été différent mais sa vision affinée

Et pourtant, déjà le poids des religions monothéistes faisait barrage à la connaissance objective des choses.

Que pouvaient comprendre ces extrémistes religieux des beautés de la création qui dépassaient le cadre de leurs croyances et de leurs écritures ?

Le monde, à l’inverse des hommes, était pourtant harmonie. L’harmonie n’est pas l’apanage du pouvoir qui se nourrit aussi bien des guerres extérieures que des dissensions intestines.

 

Je suis morte en paix avec mes convictions profondes au milieu des remous des hommes qui me diabolisaient, moi, qui n’étais qu’une infime poussière d’étoile descendue pour éclairer ce petit lambeau de terre et faire grandir sa connaissance.

Photo :Amphitrite, Nancy



20:39 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (5) | Lien permanent

31/01/2011

L’élégance du hérisson

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C’est un livre étrange qui me laisse un sentiment mitigé.

A certains moments, il s’enlise dans les profondeurs d’une philosophie fouillée, pas toujours compréhensible à tout un chacun. Ampoulée voire pédante, étalage de culture.

Cette concierge comme déconnectée du réel matérialiste pour survivre dans un monde qu’elle s’est créé pour se protéger se lance dans les profondeurs de l’anthropologie ou les délices de l’approche de l’art

 Cette fillette drôlement intello qui tient des raisonnements confus mais aussi fait preuve d’une lucidité inquiétante et pessimiste pour un enfant de son âge

 Et puis deux rayons de transparence qui apportent leur quota de soleil au milieu de la monotonie, en toute simplicité, contrairement aux deux narrateurs : le gentilhomme japonais spontané et digne et l’amie portugaise, femme de ménage au grand cœur et aux multiples talents.

En dehors de passages (assez nombreux) que j’ai trouvés passablement intellectualisants, le livre est empreint d’une profonde sensibilité et analyse avec finesse la société qu’il décrit.

La fin tragique évite cependant l’écueil du sentimentalisme.

La mort est une autre composante du livre. Tout au long, elle apparaît en filigrane.

Elle explique par son histoire le repli du personnage principal. Elle se présente comme une solution à l’enfant qui refuse de devenir semblable à son milieu oppressant.

La mort aussi comme un dénouement facile face à une belle relation naissante mais qui serait forcément conflictuelle. La bonne société ne permet pas ces écarts de milieux. Pour ne pas tomber dans le conte de fée new wave !

Pour démontrer que certaines personnes n’ont pas droit au bonheur ?

 

L'élégance du Hérisson - Muriel Barbery

19:45 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (17) | Lien permanent

18/11/2008

Contes inuit du Groenland

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C’est dans un univers tout à fait différent  de celui que nous répertorions comme le monde des contes que ce livre nous transporte.

Au pays des glaces, des neiges, des phoques et des hommes qui entretiennent avec la nature et les animaux un rapport particulier. Où l’on parle de mariage entre hommes et bêtes, entre espèces d’animaux différentes.

Où l’équilibre repose sur la faculté de pouvoir manger à sa faim malgré les rigueurs d’un environnement parcimonieux et d’un hiver infinissable.

Où la subsistance est plus importante que l’amour et les sentiments, où la vengeance rime avec une souffrance contenue trop longtemps, où l’hospitalité n’est pas nécessairement gage de sécurité, où le poids de la vie est léger comme une plume, où l’ombre des chamanes transperce le quotidien, où il suffit simplement d’être, de manger, de dormir et de se reproduire.

Ces contes vont droit au but, sans fioritures de langage, sans habillage de sentiment, sans description poétique, leur langage est direct comme de petites touches d’existence.

Ces contes sont burinés comme les visages de ceux qui affrontent le froid polaire pour survivre.

Contes du Groenland, simples et vrais, parfois monotones, à l’image de ces jours blancs et gris qui se suivent inlassablement. L’évolution n’est ici pas construite par l’homme, elle dépend des méandres de la nature, inchangée depuis des siècles.

Histoires étranges venues d’ailleurs ou plutôt venues d’une dimension temporelle intacte, non contaminée par le progrès, pure dans son authenticité primitive.

 

Contes inuit du Groenland par Knud Rasmussen

13:57 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (2) | Lien permanent

13/10/2008

3 Nouvelles contemporaines

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Je n’ai vraiment pénétré dans ce livre de nouvelles qu’au travers de la lecture critique qui l’accompagne.
Mais la littérature ne devrait-elle pas se suffire à elle-même ? A-t-elle besoin d’être systématiquement décortiquée voire autopsiée pour nous révéler la vérité d’entre les lignes ?

Un critique littéraire est aussi un réécrivain, un interprète, un traducteur.
Pourquoi certains auteurs sont-ils si complexes, si touffus, voire si confus que leurs textes doivent être déshabillés pour être accessibles au commun des lecteurs ?

 3 Nouvelles contemporaines, paru chez Gallimard en 2006, présente trois auteurs qui pour l’opinion littéraire ont déjà fait leurs preuves puisqu’ils ont chacun reçu un prix :
Patrick Modiano : Prix Goncourt, 1978
Marie Ndiaye : Prix Fémina 2001
Alain Spiess : Prix Renaissance de la nouvelle 1998.

L’éditeur n’a donc pas pris beaucoup de risques en publiant des auteurs déjà consacrés.
Mais ce choix me laisse perplexe : est-ce dans l’air du temps de se cantonner dans un pessimisme noir ?

Le livre qui comprend une analyse littéraire encense les différents textes en relevant les éléments positifs, allant même jusqu’à y découvrir des pointes d’humour (que personnellement je n’ai pas ressenties !)

Il  y a quelques similitudes dans le fonds des histoires, notamment la relation à l’argent, la famille, le milieu social occupé par le narrateur par rapport aux autres protagonistes.

Les thèmes de l’abandon, de la solitude, de l’anorexie physique ou mentale, de la souffrance intériorisée sont certes pourvoyeurs de portraits intimistes forts, mais j’aurais espérer trouver dans ces trois textes plus de « légèreté » dans le style, de perspective d’avenir ou d’espoir et pourquoi pas de sentiments partagés.
Je suis restée sur ma faim.

00:04 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (1) | Lien permanent

14/09/2008

L'environnement de Henning Mankell


L’univers de Mankell, c’est aussi l’univers à la fois réaliste et pessimiste de Kurt Wallander, le héros  de ses romans policiers
Mais un héros humanisé, intelligent, sensible…et désespérément seul, malgré la camaraderie qui règne dans son équipe.

mankell livre

Sous le ciel de Suède, j’ai terminé « La cinquième femme », j’ai pu m’imprégner de l’atmosphère de mon environnement proche pour pénétrer dans le roman.

Je connaissais les livres de Mankell, son univers littéraire. J’ai découvert son univers physique :  le pays où se déroulent ses intrigues si bien structurées. Je suis passée non loin d’Ystad, la petite ville de Scanie où se déroulent ses histoires, sans doute pas très différente des villes de la province de Blekinge comme Karlshamn ou Karlskrona.

Parallèle entre la lecture d’un livre policier où l’on présente l’univers intimiste et réaliste d’un inspecteur à l’antithèse du héros classique et mes promenades dans ce beau pays.

Au milieu de cette campagne sublime, de ces villes proprettes aux belles couleurs pastel ou brique, peut-on imaginer les horreurs et les cruautés décrites par Mankell ? Ses descriptions précises de sites (certes, avec quelque liberté parfois, comme il l’avoue), ses ambiances feutrées, le poids du climat et des saisons, ses portraits de société sont autant de repères pour découvrir la Suède et sa géographie physique et humaine.

En me promenant dans les bois où dominent tantôt feuillus, tantôt conifères, longeant les lacs majestueux, à la fois sereins et inquiétants, selon la couleur du ciel, je ne peux m’empêcher de penser aux personnages à la fois monstrueux et humains (l’âme est toujours bivalente) que je pourrais y rencontrer si la barrière de nos univers parallèles venait à fondre.

Ces nuits au ciel jamais vraiment sombre seraient-telles propices au réveil de nos plus profonds instincts ?

10:59 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (6) | Lien permanent

02/09/2008

Le Monde de Sophie

Ces quelques jours de vacances m'ont permis de lire  « Le monde de Sophie », un livre norvégien datant de 1991 qui tente de vulgariser la philosophie, un monde qui ne finit pas et va s’aventurer dans la dimension des univers parallèles. Mais paradoxe des paradoxes, un parallélisme de la convergence.

Pour sortir des sentiers battus des cours ex-cathedra, Jostein Gaarder, professeur de philosophie, nous entraîne dans un conte moderne : la rencontre entre Sophie, jeune lycéenne de quatorze ans, et Alberto, professeur de philosophie pour le moins original. Deux personnages inédits interfèrent dans leur relation professeur/élève : Albert et sa fille Hilde, sortes de miroirs de nos deux personnages principaux.
Les quatre personnages ne se côtoient pas physiquement au travers des éléments matériels de leur vie mais Albert et Hilde envoient des espèces d’impulsion à partir de mondes que l’on pourrait définir de mondes fantastiques ou parallèles.

La rencontre entre les intervenants aura-t-elle lieu et à quel prix ?

Ce cours de philosophie très insolite, construit à la manière d'un thriller, présente de manière ludique les grands courants de l’histoire et de la philosophie dans l’histoire mais il pêche parfois par sa longueur : les interminables monologues savants d’Alberto, seulement ponctués par des phrases passe-partout de Sophie, même s’ils sont abondamment illustrés par des exemples pertinents, peuvent fatiguer le lecteur par moments. Et la petite Sophie nous étonne au fur et à mesure du roman par sa maturité naissante.

Un cours de philo qui mêle la fiction et l’essai. Un roman qui n’en est pas vraiment un. Une intrigue hors pair, originale et inachevée.
Si pas expert, à lire par chapitres en prenant des notes.

Excellente base pour donner le goût de mieux connaître les philosophes et leurs doctrines et pour ainsi s’interroger sur les vraies problématiques de notre société moderne.

17:17 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (4) | Lien permanent

18/07/2008

La pierre et le sabre

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Eiji Yoshikawi – La pierre et le sabre
Edition originale 1971

Bien avant l’alchimiste, un roman initiatique au cœur du Japon du 17e siècle. L’histoire d’un petit voyou, fils de samouraï qui rencontre, dans un moment où tout se ligue contre lui, un prêtre au caractère bien trempé. Celui-ci va, d’une manière rude, le sauver de sa bassesse, lui donner le goût de la recherche métaphysique et lui apprendre à vouloir devenir « un être humain ».

 

Ce roman tel une épopée nous décrit la vie d’un samouraï fameux durant cinq années déterminantes de sa jeunesse (de 17 à 22 ans), son cheminement spirituel, son apprentissage du maniement du sabre guidé en cela, non par des maîtres, mais par son instinct de survie, son amour plus que réservé pour une jeune fille qu’il repousse parce qu’elle représente un obstacle à son épanouissement personnel de samouraï.

Ici la vie humaine a si peu de valeur par rapport au devoir et au sens de l’honneur, les têtes tombent par dizaines sans provoquer d’émotion profonde, c’est une société très dure, on y présente quelques classes sociales avec réalisme et dans leur cadre historique d’époque, avec leurs qualités et surtout leurs défauts : les nobles, les guerriers, les marchands, les paysans, les ronins, les artistes…C’est aussi une page authentique de l’histoire du Japon.

Les personnages se forgent une réalité qui leur est propre pour justifier leurs actes souvent mus par une vengeance tenace ; des intrigants sèment des embûches sur le chemin ombrageux du héros Musashi Miyamoto qui, prenant de l’assurance grâce à ses convictions, sa maîtrise de soi  et son autodiscipline, devient capable de déjouer les pièges.

De longues descriptions sensibles d’états d’âme en connivence avec une nature auréolée de poésie. Tout en respectant une précision descriptive quasi-scientifique, cette nature est en parfaite intimité avec les personnages principaux, même dans les désordres les plus obscurs de ce climat guerrier.

Le symbole du livre est que la renaissance —le héros suite à sa prise de conscience change son nom, devient autre— peut poindre à travers un épais bouillard, peut modifier le parcours d’une vie au départ strictement matérielle, et lui donner ainsi une intense spiritualité.

 

Demande : J'ai toujours des problèmes de textes lorsque j'insère des photos dans mes posts. Le texte (parfois il s'agit d'un seul  mot vient toujours s'agglutiner sur le côté de la photo : quelqu'un peut-il me dire comment procéder pour avoir une mise en page plus correcte c.à.d. avoir le texte complètement séparé de la photo ? Merci

10:34 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (8) | Lien permanent

02/07/2008

Suspense garanti


Comment expliquer l’engouement pour les livres policiers ou nouvelle dénomination plus moderne les thrillers ?

Est-ce la curiosité vis-à-vis de la face cachée de l’être humain, un voyeurisme par rapport aux Mister Hyde de la littérature ou du cinéma ? Une inquiétude face à la perversité d’un monde manichéen qui développe plus son côté négatif ? Une projection inconsciente par rapport à des mauvaises actions que notre morale ou  notre éducation désapprouvent ? Une identification malsaine et inavouée de notre part d’ombre ? Un besoin de grand frisson, de vies de brouillard, de mystères inexpliqués ?

Même ceux qui se targuent d’aimer la « vraie » littérature peuvent éprouver une fascination pour le roman policier, par ce qu’il a de cérébral dans la manière de jongler avec les énigmes.
Une littérature qui ne se prend pas la tête ? Pas sûr, aujourd’hui psychanalyse, psychothérapie, phénomènes paranormaux, analyses génétiques…s’intègrent parfaitement dans une structure policière qui se scientifise d’une part mais aussi qui laisse une part créative à des manifestations paranormales.
On peut ainsi expliquer ou feindre d’expliquer des comportements anormaux, schizophrènes, meurtriers même.

Elisabeth George, Hennig Mankell, Donna Leone, Ruth Rendell, Anne Perry, Robin Cook, Andrea Camilleri, Michael Dibgin, et dans un autre style plus classique Agata Christie, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Georges Simenon, Alfred Hitchcock…sont des filons inépuisables pour les éditeurs du genre, relayés en cela par des scénaristes ou réalisateurs en veine d’inspiration.    

Je suis tombée sur un romancier américain atypique, William Irish (1903-1968)dont les histoires sont particulièrement passionnantes, ses héros qui sont des anti-héros pourraient faire partie de notre famille : on les comprend, on les soutient dans leurs difficultés, on tremble avec eux. Arrive un événement fortuit dans leur routine quotidienne, et la machine « policière » se met en route, particulièrement efficace.

Etrange personnalité que William Irish qui écrit sous trois noms de plume : William Irish, Cornell Woolrich et George Hopley. Est-ce dans la tristesse de sa vie (parents divorcés, maladie de jeunesse, mariage raté, solitude, attachement extrême pour sa mère, alcoolisme)  qu’il trouve cette inspiration particulière : des histoires admirablement construites, une psychologie des personnages très fine, des émotions vraies, un style direct, réaliste... ?

Devenu scénariste pour l’usine à rêves hollywoodienne, ses nouvelles intéressent aussi de grands réalisateurs tels que Alfred Hitchcock avec Fenêtre sur cour, et plus près de nous, François Truffaut avec: La sirène du Mississippi adapté de la Valse dans les ténèbres (1947)  et aussi La mariée était en noir. Moins connus sont ses récits fantastiques.

J’ai lu et relu les recueils de nouvelles de ce maître du suspense avec beaucoup de plaisir, il semble que le temps n’ait aucune prise sur son écriture : ses récits me paraissent indémodables.

10:34 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (2) | Lien permanent

26/05/2008

Le goût de Guth


J’aime découvrir des auteurs anciens pour déterminer s’ils ont survécu à l’épreuve du temps.
C’est ainsi qu’au hasard d’un passage butineur dans ma petite bibliothèque de village, je suis tombée sur un roman de 1975 – qui, par je ne sais quel miracle, avait survécu aux élagages - roman de Paul Guth (1910-1997) : Le chat beauté. Tout un programme qui commence avec un premier jeu de mots, un chat narquois aussi qui nous botte dans nos habitudes et notre mode de vie

Amour, tendresse, poésie, souffrance, cruauté, causticité sont au rendez-vous de concert à chaque page.
Critique de la société à travers un couple vieillissant qui s’attache à un chat qui devient en quelque sorte l’objet de tous leurs désirs : source d’inspiration pour l’écrivain en recherche d’écriture, enfant-roi pour la femme qui n’a pas eu d’enfant, adolescent fugueur qu’on essaie de cantonner, amant châtré auquel s’apparente l’auteur qui doit se rendre complice de sa femme « tortionnaire ».

Ce chat intello devient l’âme de la famille, se nourrit de la culture des maîtres, parle leurs langues, partage leur analyse de la société.

On assiste à des scènes savoureuses telles que le  tête-à-tête pseudo guerrier entre le chat Beauté, chat des villes, élancé, gracieux et aristocratique et le vrai chat de campagne, de gouttière, costaud et méprisant, sous l’œil effaré des maîtres impuissants. Scènes tout aussi délirantes du maître qui subit des tests d’allergie en craignant  pour le devenir de la famille s’il s’avérait être allergique aux poils de chats !

Oui, ce chat Beauté est d’une richesse insoupçonnée.

Beaucoup d’érudition dans ce livre, beaucoup d’originalité dans l’approche du couple vieilli et de l’amour fusionnel pour leur animal sacré, leur enfant, leur dieu, leur muse. L’histoire d’une vie d’intellectuels, banale et insolite à la fois avec une ironie suprême : l’auteur se critique lui-même en se créant un voisin arrogant qu’il déteste et qui porte son nom.

La plume acerbe de Paul Guth ne cesse de se déployer, pratiquant à qui mieux mieux l’ironie et l’autodérision. elle tombe tranchante comme un couperet sur ses propres manies et celles de ses contemporains.

Essayiste, auteur pour enfants, historien, philosophe : tous les genres lui permettent de développer ses multiples talents.

Parmi ses romans, si le chat Beauté fait cavalier seul, les aventures de Jeanne la Mince et la kyrielle des Naïfs  devraient, j'imagine, être de la même veine créatrice, écrits avec une telle élégance, un tel humour que la littérature pourrait en produire des tonnes du même gabarit, sans jamais nous lasser.

Même si cela apparaît ringard, j’ai décidément pris goût à Guth !...

00:19 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (1) | Lien permanent