10/11/2010

Distances

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Les distances se creusent

Sans qu’on l’ait voulu

Elles mènent vie autonome

Espace entre des jalons associés d’abord

Puis dissociés

Elles créent de grandes étendues de vide

Où l’on peut bercer des mots déhanchés

Ou s’enrobent d’un sirop gluant silencieux

Où béent les fissures échancrées des souvenirs

 

Les distances sont le lot quotidien

Des amants qui n’aiment plus

Des amis qui ne se parlent plus

Des parents qui se déchirent

 

Elles s’engraissent et se nourrissent des rancoeurs

De la mauvaise foi

Des mensonges

 

Jamais elles ne souffrent de disette

Elles ne posent pas de question sur leur raison d’être

Elles se contentent de picorer au gré des rencontres avortées

 

13:17 Écrit par Saravati | Commentaires (19) | Tags : distances, vide, souvenirs | Lien permanent

14/10/2009

Vides

ciel sombre montagnes - bis 2183

Ce soir comme tant d’autres, comme tant d’autres matins et tant d’autres nuits, je t’attends dans ce grand vide devenu encore plus vide depuis que tu es parti.

Pourtant habituée aux silences et aux absences capricieuses qu’à l’époque j’assimilai erronément à des vides, aujourd’hui, je me rends compte de la gradation dans les formes de vides, des vides pourtant teintés d’espoirs, des vides glaçant de solitude, des vides qui emplissent le flot des pensées errantes et ceux qui vident votre énergie vitale, des vides qui ont faim et de ceux qui donnent soif, des vides qui désaltèrent quand on les asperge d’illusions, des vides qui nourrissent quand ils s’imprègnent d’oxygène.

Aujourd’hui, j’ai balayé d’un coup d’épaule toute cette panoplie de vides inutiles et je me retrouve face au maître : le vide absolu, celui qui enrobe tout sur son passage, qui déteint la couleur du ciel, qui ternit la blancheur des nuages et enfonce ses racines acérées dans le sol.

Et ma volonté qui voudrait refuser cette fatalité du vide se retrouve démunie de ses forces.
Quand je m’accrochais autrefois aux semblants de tes traces, je tissai dans le vide des espaces entre les mailles, vrais ou faux, peu importe puisqu’ils m’aidaient à vivre sans complète désespérance. Même les rares éléments qui auraient dû nous rapprocher devinrent bientôt partie intégrante de mon vide.

Demain quand j’aurai, par maints efforts, apprivoisé le vide absolu, quand je l’aurai transformé en vide relatif, en vide passéiste, historique, mythologique, je reprendrai la route qui serpente entre deux ravins mouvants, je m’évertuerai à éviter leurs abîmes gloutons, je savourerai silencieuse l’ambroisie de mes démons, je me bourrerai le crâne d’un tonneau d’illusions, je m’accrocherai aux lianes des rêves pour me retenir de tomber.

Et je te recréerai, devenu sculpteur à mon tour, je prendrai l’argile qui donnera corps à ton ombre. Sous le feu de mes mains, tes yeux gris s’ouvriront, me contemplant de leur regard brûlant.

Il suffira alors que je ferme les paupières un instant ou plus pour imaginer le sourire lumineux, le tien revenu de si loin, qui engloutira tous les vides de mes mondes !

08:38 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (14) | Tags : silence, vide, illusions, absence | Lien permanent