11/11/2009

Dialogue décalé

Au milieu du brouhaha, son regard presque vide a accroché le mien.
Un sourire. Réciproque.
Je lui parle dans sa langue qui n’est pas la mienne.
Ai-je baragouiné ? Son sourire s’élargit.
Des sons s’évadent de sa bouche qui rit. Syllabes incohérentes.
Mes yeux interrogent, ma bouche aussi. Elle le sent, répète, s’impatiente.

Et puis, un voile de tristesse obscurcit le gris de ses yeux clairs.
Elle se jette dans mes bras, je la serre, la berce, caresse ses cheveux soyeux aux fins reflets d’or.

Je voudrais, sans rien brusquer, faire tomber les barrières qui séparent nos niveaux de compréhension.
Essayer et essayer encore, formuler, reformuler.

Le visage en face, au-delà du sourire, continue d’imprimer la tristesse.

Je lui dis : « Tu es mon amie ». Elle sourit encore, je lis sur ce visage toutes les nuances des sourires spontanés.

Elle se serre davantage contre moi. Elle me montre des choses qu’avec mon background d’adulte, je n’arrive pas à voir, me dit des mots que je n’arrive pas à structurer.

L’espace d’une rencontre, elle a voulu me faire partager son monde. Je n’y suis pas parvenue.

Elle a quatre ans, je ne connais d’elle que l’ombre de son visage et son infini besoin de tendresse.