28/07/2009

Beloeil : féerie, musique et business

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A l'approche de la 21e nuit musicale de Beloeil, j'ai ressorti de mes tiroirs ce texte écrit l'année dernière.

 

Une âme charitable m’a offert une place pour la nuit de Beloeil, rendez-vous immanquable des mélomanes classiques.

Une promenade à travers le parc, devant le château qui sert de coulisses pour les musiciens et les différents plans d’eau qui émaillent la propriété.

Le château de facture classique possède sur ses quatre ailes, quatre tours rondes et à pointe en forme de casque allemand. Etrange association de style classique et de relent guerrier !

Cette année, les différents points de ravitaillement paniers pique-nique aux produits raffinés, bars à champagne et à bière de dégustation (on est en Belgique !) et autres lieux de victuailles se sont arrogé des places de choix le long des plans d’eaux : on croirait vu leur facilité d’accès qu’ils sont le clou du spectacle !

Les kiosques et estrades à musiciens sont pour la plupart perdus dans la brousse au milieu des arbres, à l’exception de Vivaldi, de Strauss et de Mozart qui possèdent une place de premier choix.

Vivaldi et Mozart, les chouchoux des amateurs de musique gaie et légère et Strauss, le roi de la valse qui sera ici pratiquée par quatre jeunes en habit et robe de bal évoluant sur une piste étroite au bord de l’eau

Belle prouesse à la fois mathématique et sensori-motrice de virevolter sur un espace restreint en évitant un éventuel plongeon que les spectateurs sadiques ne manqueraient pas de souhaiter.

Le port gracieux de la valse, la main droite de la femme tenant délicatement le jupe de sa robe à arceau : encore une concession à la mode imposée aux femmes. Dans ma tête, j’envisage un procédé pour rendre à cette main prisonnière cette liberté perdue : une ficelle entourant le poignet et rattachée par un anneau au volant de la robe rendrait aux doigts une autonomie légitime !

Un petit chien très mignon du style petit chien de salon à sa mémère a réussi à déjouer une implicite interdiction d’accès aux animaux. Peut-être a-t-il (ou son maître) graissé la patte d’un membre du service de surveillance. Peut-être, télépathe, a-t-il pu faire comprendre que dans une vie antérieure, il fut musicien ou pour le moins mélomane.

Mon coup de cœur de la soirée : Haydn présenté de manière enthousiaste et humoristique par un chef d’orchestre dynamique et pédagogue et rehaussé par un chœur superbement équilibré ainsi qu’une cantatrice à la bonne voix profonde et puissante, comme sa silhouette d’ailleurs !

Majestueuse illusion, la nuit, la lumière arrive à transformer une façade somme toute banale en un joyau d’architecture.

La pluie en rendez-vous intermittents a déployé ça et là quelques parapluies encombrants, leur rendant ainsi leur justification première d’éborgner subrepticement les yeux de leurs voisins. A l’abri sous les feuilles denses des arbres, je regarde mes voisins étaler leurs parapluies, enfiler leur kway ou leur poncho. Au-dessus des têtes camouflées, une chauve-souris musicienne danse inlassablement sur une sonate de Schubert, entre les cimes sombres.

A l’heure du feu d’artifice final, je me suis malheureusement retrouvée du mauvais côté du plan d’eau : des structures haut perchées installées pour la fête s’impriment à l’avant-plan de mon champ visuel, je n’aperçois que des segments de lumière foisonnante, j’ai donc abandonné la fête, rejoint l’allée centrale où des spots rouges et bleus discrètement dissimulés donnent aux feuilles des arbres épais des reflets d’automne et de fantastique. Sur ma gauche, dans l’espace laissé entre deux amas de branches, sous le tumulte estompé des obus de lumière, je peux enfin apercevoir le ciel libéré constellé d’étoiles multicolores et éphémères.

Ah douce nuit de Beloeil qui finit dans la pétarade !