22/02/2013

Verte est la forêt

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Sérieux comme un homme d’affaires à la retraite, certes, il l’était.

Il avait ce sourire discret et soigné qui attire la confiance

Mais quand le petit bonhomme  aussi vert que la forêt avoisinante s’approcha subrepticement de lui, son sourire prit des allures de rictus.

Pour une fois, il ne se sentait pas à l’aise, pas à égalité avec ce partenaire improvisé.

D’habitude, il menait le débat, alignant avec intelligence ses cartes sur le comptoir.

Le terrain sur lequel il s’aventurait ce jour-là appartenait aux elfes de la forêt.

Il y était toléré, sans plus.
Cela, il le pressentait, son expérience des rapports de force ne pouvait le tromper.
Ces paroles qui n’étaient pas des mots, ces bruits qui n’étaient pas des sons, ces craquements qui n’étaient pas des jérémiades, ces regards troubles qui se perdaient dans les essences de bois jusqu’aux encornures …

Il n’était plus l’acteur, la cheville ouvrière de son propre destin.

De l’orifice béant qui servait apparemment de bouche à l’homme verdâtre ne sortaient que des pensées délétères en forme d’éventails, pas de quoi élaborer un précis de philosophie.
Alors pour la première, peut-être la seule depuis qu’il avait décidé de tisser uniformément sa vie – c’était un homme redoutable, c’était un homme respectable – il dût s’avouer vaincu. Vaincu par les éléments, par la nature et des caprices presque palpables.

Du rictus qui émargeait ses traits fatigués, il se composa un sourire de circonstance.


19:44 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Tags : forêt, sourire, e | Lien permanent

12/11/2012

Hôpital étranger

 

Dans cette chambre d’hôpital où j’accompagnais un proche, les règles, dominaient les préceptes d’humanité. Du moins, cette impression primait à l’arrivée dans ce pays dont je ne connaissais pas encore le milieu sanitaire. Une impression de molle effervescence affectait les couloirs, s’immisçait dans les chambres où couvait le désarroi des familles.

Les visages des infirmiers évitaient le regard, les gestes robotisés se succédaient dans une rationalité rabotée.

Chaque matin, des lits-civières emportaient des dépouilles ; sous les draps blancs, on pouvait deviner les montagnes creusées par les pieds raidis.

Le métronome de la chef aux allures de catcheuse, que j’avais baptisée la dragonne, scandait sans chaleur les interdictions à la moindre occasion. Pas question de s’asseoir dans les couloirs, pas question de séjourner à plus de deux près des lits souffrants, pas question de croiser le personnel dans le corridor lors de la distribution des repas. Des êtres asexués recouverts de charlottes ridicules semblaient devenus les maîtres absolus des lieux – mesures d’hygiène obligent.

Dans cette chambre à deux lits, je passais mon temps à sortir et rentrer, pourchassée par un personnel soignant affairé et presque irrationnel dans la division poussée à l’extrême du travail.

Tout me semblait manquer de la plus élémentaire compassion.

Peut-être la fatigue du voyage occultait-elle ma lucidité. Peut-être étais-je arrivée au plus mauvais moment : le dimanche où le personnel tourne au ralenti. Peut-être ne supportais-je pas l’arrogance affectée des stagiaires qui briguaient leurs parcelles de pouvoir sur ceux qui souffrent et ceux qui les accompagnent.

L’infirmier qui prenait la tension sans mot dire à la malade profondément endormie n’avait cure de la réveiller en sursaut et de laisser le cauchemar s’exprimer dans la fièvre. Il m’apparaissait comme un monstre d’indifférence voire de cruauté.

Et puis, peu à peu, au fil du temps, quand cet environnement cessa de m’être étranger, quand les fréquentes visites firent partie d’un rituel enfin accepté, les visages finirent par se dérider, les lèvres par ébaucher un bonjour discret, les tentatives de communiquer avec quelqu’un qu’ils croyaient ne pas parler leur langue, je finis au milieu de ce noir climat par apercevoir des voiles de sympathie, même de la chef dragonne qui cessa de me boxer les yeux …

Dans les rues de cette petite ville élégante toute enrobée de jaune et d’ocre, entre deux tours de garde, je sortais et je recommençais à voir le soleil, les terrasses paresseuses, les cyclistes tranquilles, les façades élégantes, les vitrines aguichantes.

Pour calmer la faim – par respect pour les malades, je ne mangeais rien à l’hôpital – je rentrai dans une gelateria. La serveuse aux cheveux de jais, à la casquette rouge pétant, me gratifia d’un sourire, croyant que j’étais touriste (j’avais mon appareil photo autour du cou) Je lui expliquai la raison de ces vacances forcées et pour marquer l'instant la prenait en photo malgré ses réticences …Dans les pires moments de la vie, il y a toujours un sourire pour adoucir le chagrin…Oui, cette glace surplombée d’un sourire avait le parfum de la vie !

 

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12:11 Écrit par Saravati dans Personnel extensif | Commentaires (6) | Tags : hôpital, infirmier, sourire | Lien permanent

20/05/2010

Evasion

 

 

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Je t’ai souri
Virtuellement
Dès le premier mot
Il était habillé de rire
Recouvert d’une fine
pellicule de tendresse
J’ai regardé dehors
Le ciel, le bleu,
le vert, les fleurs
Puis j’ai fermé les yeux en soupirant …
Il n’y a pas d’évasion définitive !

10:08 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (11) | Tags : sourire, evasion, virtuel | Lien permanent