10/02/2014

Chaque millimètre

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J’ai gravi chaque millimètre qui menait jusqu’à toi et quand j’étais à ce fil infime de pouvoir t’atteindre, le sol devenait extensible. Indéfiniment.

Tu faisais bien mine de me voir entre deux rives imaginaires, m’envoyais un signe de la main ou une grappe fruitée de mots d’automne.

Je faisais mine que ces cadeaux existaient en vrai, je faisais mine de les accepter, de les chérir même, de les bercer au pied de mon lit juste avant que tombe le voile du sommeil serein.

Et le matin, ces cadeaux en rêve continuaient de hanter les mailles du conscient.

Ton coup de baguette magique, là, tout le long.

Dans le doré des heures factices.

10:27 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Tags : doré, rêve, sommeil, gravir | Lien permanent

17/03/2010

Insomnie

 

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C’est la nuit que tout s’éveille, quand le vague cortège des besognes fastidieuses vient juste de se dissiper.

Alors, au-delà de mon cœur, je me lève et parcours le fil d’acier entre les rochers de mes rêves

Je rejoins la mer qui égrène ses perles sur mes cheveux dorés

Je rejoins le vent qui palpite à travers l’émoi de mes sensations tronquées

Et je prends l’insomnie, ma douce compagne, par la main

L’implorant de me garder longtemps ainsi, dans cet instant de bienveillant entre-deux.

 

09:42 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (25) | Tags : nuit, reve, insomnie | Lien permanent

09/08/2009

Pensées bradées

Promenade au milieu de la foule. Jour de braderie au village « urbanisé » pour l’occasion. Soleil au rendez-vous.
J’ai mis ma casquette de papier en crochet pour me protéger, la visière à l’envers, dans le cou, mon point sensible, là où je garde indéfiniment des centaines de taches de rousseur prêtes à titiller au moindre rayon. Cela me donne un air mi-gavroche mi-joueur de base-ball… Je n’en ai cure.

Me sens si seule, si vide, si absente.
Avec la chaleur qui plaque les choses au sol dans un halo flouté, le soleil accentue ma peine, concrétisant crûment ma distance au monde.

Je regarde les étals sans m’arrêter ou à peine, je n’ai besoin de rien, ce dont j’ai besoin ne sera jamais ici.
Je déplore de plus en plus cet appel à la consommation diffusé par les commerces, je voudrais vider ma maison, mettre de l’ordre là aussi comme dans mes pensées, ces pensées  inversement proportionnelles à l’intensité de la lumière : sombres.

Je sens ce décalage, les gens me regardent, les hommes surtout, dans les yeux, les hommes me regardent souvent dans les yeux, avec une insistance mystérieuse, comme s’ils comprenaient à quel point je dénote dans cet environnement joyeux. Pourtant, je ris, je plaisante, cela fait partie aussi de ma nature, faire fuir la tristesse en regardant la vie avec le fond d’humour qui cohabite en moi.
Peut-être qu’ils voudraient comprendre pourquoi je ris, le sais-je moi-même ?

J’attends un signe, un signe impossible, une apparition tant désirée qui se matérialiserait enfin près de moi.
Cette apparition, je l’ai cent fois imaginée dans l’impersonnalité de la foule : à l’aéroport lorsque j’ai conduit une voisine pour un de ses derniers voyages, au musée bozar, au milieu de « tri troc » quand tant de silhouettes auraient pu m’offrir le refuge tant attendu, partager un verre, s’intéresser aux mêmes œuvres …dans les salles de cinéma quand le générique de fin donne le signal des lumières et que les spectateurs se lèvent promptement, quand je reste assise à écouter la musique, à lire les noms, tous les noms de ceux qui ont contribué dans leur mesure grande ou minuscule à la finition de cette œuvre. Parfois quelqu’un reste assis aussi plus longtemps comme s’il attendait …quelque chose ou quelqu’un. Pendant un millième de seconde, j’imagine que…

J’ai le manque de l’inexistant, du rêve inventé par moi au moyen de quelques pistes pseudo-réelles, de mots lointains maintenant que j’ai lus qui semblaient m’être destinés et qui me portaient à la tendresse.

Je rencontre une amie veuve depuis quelques mois, accompagnée de ses filles et petits-enfants en bas-âge. Elle me regarde longuement, trouve que j’ai maigri beaucoup, avec une sorte de commisération. Elle pense peut-être à son mari rongé si vite par un cancer qui lui a ôté toutes ses forces. 
C’est vrai que j’ai perdu quelques livres mais sans effort parce que j’ai n’ai plus vraiment faim et que je mange juste ce dont j’ai besoin sans excès, j’ai retrouvé mon poids de jeune fille, celui d’avant le boudinement de mes grossesses répétées, je me sens mieux.
J’ai à l’égard de l’alimentation la même attitude que j’ai à l’égard des objets : distanciation. Utilitarisme pur. Pas de fioritures, le détachement, enfin. 
Je sais que la possession des choses n’est jamais qu’un faux bonheur, un bonheur factice et furtif.
J’aimerai avoir ce même détachement dans mes pensées, mais c’est là que ma volonté s’arrête et que le sentimentalisme obsolète prend le relais.

Je me veux pourtant quelqu’un de lucide, capable d’analyser avec acuité les situations y compris celles qui m’impliquent directement.

Mais ici je défaille, je me dis que dans ma dernière ligne droite, là où inévitablement chacun se dirige, je ne voudrais pas passer à côté d’une émotion sincère.

Bah, un jour comme cela, le lendemain, la révolte, le surlendemain, une forme d’indifférence.
Qui suis-je en réalité ? Rien qu’un amalgame confus de pensées contradictoires et qui essaie tant bien que mal de les maîtriser.

Il suffirait d’un signe pour que je saute à pieds joints dans une aventure impossible dans la réalité, mais tellement prenante dans l’esprit … Pendant un millième de seconde ou plus, rêver…

17/04/2009

Réveil

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Tout est noir dans ce couloir interminable, j’ai les yeux ouverts et je ne vois rien. J’entends des bruits, des voix, mais que sont des bruits, des voix et je ne comprends rien...

Je suis seul et pourtant j’ai l’impression que tout s’agite autour de moi, qu’une grande effervescence m’entoure. Mais je n’en fais pas partie, je suis absent. Tout est effiloché dans ma tête.

Je bouge les lèvres, elles sont sèches et craquelées, j’ai le souvenir évanescent d’avoir émis des sons autrefois, mais rien ne sort.

Parfois des sons me parviennent à travers ce brouillard acoustique. Ce sont des sons étranges, une langue inconnue, barbare, effrayante, des sons gutturaux ou suaves. Que sont-ils ?

Pourquoi a-t-on fermé les rideaux, la nuit succède à la nuit et cela dure encore et encore.

Une douleur aigüe me tenaille, je veux crier, rien ne vient, je sens une pression légère sur mon bras, la douleur s’évapore, je m’endors.

Je ne sais combien de temps a duré cette traversée noire du désert. Je suis suspendu dans le temps, sans passé, sans présent.

Quand l’aube floue s’est levée, un visage imprécis s’est dessiné au-dessus de moi, je n’arrive ni à distinguer ses traits ni son expression, je sens la pression de deux yeux qui me fixent. Moi je ne ressens rien d’autre qu’une extrême lassitude, ces yeux me défient, me fatiguent, je détourne le visage.

Et maintenant, c’est la voix qui me cerne, ni chaude, ni froide, ni connue, ni étrangère. Des mots se forment dans l’espace et se cognent à mon cerveau. Ils ne signifient rien, ils sont vides. Où suis-je ?

Des bribes de souvenir s’affolent dans ma tête, montage filmique incohérent :  un train qui file à toute allure ;  un avion qui vrombit et dessine son fil d’Ariane dans un ciel délavé ; un bébé contrarié vagit, s’énerve, suffoque ;  une femme aux lèvres rouge incarnat embrasse, la guerre en noir et blanc, un brouhaha qui finit dans un torrent, la sensation des chutes d’eau sur un corps cassé, zapping mental, trou noir et tout recommence dans le désordre…il fait chaud, il fait noir, je crie, je hurle…

Un visage suspendu au-dessus de moi, dressé sur un buste blanc, un geste avenant ou indifférent, je sens la chaleur de la peau sur mon front et toujours ces sons bizarres saccadés, disque rayé.

Je ferme les yeux, m’endors, repars zapper, film interminable et grinçant, odeur de l’éther, odeur de la soupe aux tomates ou d’autre chose, on se penche pour me faire boire la tasse, je me contente de laper un peu de liquide, je m’étrangle. Panique à bord, on me secoue, on parle, je ne comprends pas, je m’affaisse sur l’oreiller, ma tête est lourde, la tasse s’est éloignée, a disparu de mon champ visuel. J’ai ce goût aigre-doux dans ma bouche, désagréable, incongru. Il pénètre dans les cavités de mon corps. Je voudrais souffler pour l’évacuer.

Mais l’information reste branlante, n’atteint pas mon centre de décisions. En ai-je seulement un ? Tout ce ralenti fait-il partie de la réalité ou suis-je seulement dans un entre-deux indéfini ?

Comment le savoir quand les questions restent enfouies au fond de la gorge, quand les mots pensés n’arrivent pas à sortir de leur cocon, quand le corps ressemble à un pantin désarticulé, sans volonté, sans force, sans détermination ?

J’ai perdu la mémoire de l’articulation des mots, des gestes machinaux, de l’agitation du monde, des personnes que, peut-être à une époque, j’ai aimées.

J’ai peur de n’être rien, d’être ailleurs, de n’être nulle part, cette sensation de finitude m’effraie, me glace, me paralyse.

Parfaite sensation de non-être ?

12:43 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (5) | Tags : reve, accident, inconscience, reveil | Lien permanent