26/01/2009

Caos calmo

chaos calmo

Il y a quelques années, j'ai lu des textes de Sandro Veronesi, auteur qui a inspiré ce film. J’ai retrouvé dans Caos calmo le style réaliste et à la fois déjanté de Veronesi, ses personnages loin des héros, leurs réactions paradoxales dans des situations ordinaires et leurs réactions simples dans des situations paradoxales.

Le décor principal est un banc dans un square devant l’école de la fille de Pietro qui vient de perdre sa femme. Pietro décide alors de rester toute la journée assis sur ce banc à attendre la sortie de l’école. A partir d’une situation à la fois insolite (la décision de rester là sans rien faire) et banale (un homme assis sur un banc) , le réalisateur arrive à nous faire entrer dans l’univers mental de Pietro pendant ces semaines d’attente.

Pietro y fera de belles rencontres : une jeune femme qui promène son chien, un enfant handicapé qui salue quand Pietro actionne son verrouillage central, un cafetier avenant, un vieux monsieur qui l’invite à partager son repas.
C’est un long défilé de personnages devant le banc de Pietro : tous les responsables de l’entreprise dont il est cadre, viennent discuter avec lui, lui font des propositions de promotion, lui raconte leurs "petites misères"…

Et les thèmes classiques tels que l’importance du travail dans la vie quotidienne, la manifestation d’un chagrin qui n’arrive pas à s’exprimer, l’amour d’un père pour sa fille, les relations hommes femmes, l’incompréhension de la famille devant un comportement de repli, la solidarité de l’entourage, le refus d’être pris en charge par un groupe pour partager son chagrin sont traités par petites touches avec émotion, dérision voire humour.

Oui, c’est bien l’esprit Veronesi qui transparaît dans cette adaptation où le tragique arrive même à faire rire, où rien n’est jamais complètement désespéré, où la vie revèle parfois son absurdité comme dans le hasard qui fait qu’un homme sauve une inconnue de la noyade pendant que sa femme meurt d’une chute à la maison.

Les petites choses de la vie sont là, intactes même si la souffrance intérieure du mari et de la fille reste silencieuse et invisible.

 

Un petit bémol dans ce film assez pudique : je n’ai toujours pas compris l’intrusion d’une longue scène érotique qui n’ajoute rien à l’intrigue. S’agit-il d’une scène réelle, d’un fantasme ou d’un  rêve ?

Voilà un film hors normes, avec ses particules de folie, avec ses éclats d’émotion, avec des paroles de tous les jours, des réconforts qui semblent vides et pourtant agissent inconsciemment.

Nanni Moretti y est profondément humain entouré par des personnages tels qu’on les rencontre au coin des rues en Italie, vrais, comiques, désabusés, maladroits.

J’ai toujours admiré dans les films italiens le jeu des enfants : Blu Yoshimi, la fille de 10 ans de Pietro est d’un naturel à couper le souffle : comment font les réalisateurs italiens pour dénicher de telles perles comme acteurs (pensons aux Enfants Volés, La vita e bella, Le voleur de bicyclettes ...) ?

Oui Moretti quitte ici son éternel rôle d’intellectuel tourmenté pour être simplement un père qui s’interroge sur le devenir de ce qu’il reste de sa famille…le film ne finit pas, il continue…

 

Caos calmo, un film d'Antonello Grimaldi d'après le roman éponyme de Sandro Veronesi, écrivain à l'écriture insolite et réaliste.

09:53 Écrit par Saravati dans Cinéma | Commentaires (3) | Tags : veuvage, cinema italien, nanni moretti | Lien permanent