29/10/2010

Le goéland

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Sur le pont si long qui mène encore plus haut

J’ai retrouvé le goéland

Exactement à la même place

Pour rien au monde il n’aurait manqué notre rendez-vous

Un an déjà …

La mémoire des goélands est considérable.

09:15 Écrit par Saravati | Commentaires (11) | Tags : mémoire, goéland | Lien permanent

09/10/2010

Epitaphes

 

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Avant de partir,

faire ses bagages,

mettre de l’ordre dans ses tiroirs physiques et mentaux.

Balayer les dernières épluchures de trolls,

soulever les tapis secrets pour en détecter les restes de poussière.

Examiner une dernière fois le paysage par la fenêtre grise,

Essayer de se souvenir de la dernière lumière jaune d’après l’orage, des dernières feuilles d’érable dorées et rouges qui ont jonché le sol du dernier automne.

Et puis, s’asseoir sur le bord du sofa, pas trop confortablement pour ne pas avoir envie de s’y enfoncer complètement

Feuilleter le grand livre des rencontres

Avoir envie qu’il reste quelque chose de ces personnages entrevus entre deux strates de vie,

Avoir envie de leur rendre un dernier hommage pour qu’ils sachent qu’à un instant ils ont beaucoup compté.

 

Ce sont des épitaphes tombées sur le papier mais tellement vivantes que les mots les reconstituent au fur et à mesure qu’elles paraissent au seuil de la mémoire.

Faire place au présent du moment, au futur d’êtres pas encore aperçus sur la route.

 

Pour chacun d’eux, présents et passés, ranger les mots dans leurs boites précieuses.

Refermer le livre,

S’extraire difficilement du sofa,

Ramasser la valise bosselée

Jeter un dernier coup d’œil à ce coin

ébauche de vie réelle

Ouvrir la porte,

Laisser la main plus que de raison

Sur la poignée, caresse soutenue

 

Dehors

rien qu’une lumière aveuglante …

un silence léger

à couper au couteau !

 


22:33 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Tags : bagages, trolls, épitaphes, mémoire | Lien permanent

21/03/2009

Mots à mots

Un jour, alors que je ne m’y attendais pas, des mots qui ne ressemblaient à nul autre sont arrivés dans ma boite aux lettres.

Ces mots, au demeurant peu nombreux, sonnaient clairement, sagement alignés dans un ordre charmant. Ils étaient une invitation au voyage et je m’en suis approchée dans une attente bienveillante.

Je ne savais ni d’où ils venaient ni comment ils avaient pu atterrir dans mon jardin. Sous leur musique, mon jardin a frissonné et a compris que cette douce brise était comme un tournant dans ma vie.

Ces mots attiraient irrésistiblement les miens. Et c’est, confiante, que je leur ai répondu sans me poser les habituelles questions sur leur implication.

Mes mots, à leur tour, ont coulé de source et l’eau en était limpide, rafraîchissante, vivifiante.

Et d’autres mots qui ne venaient de nul endroit précis ont suivi, très beaux, courtois, nouvelle invitation au partage, à l’échange, à la rêverie.

Parfois, dans des moments de lucidité, je n’arrivais pas à croire à la matérialité de ces mots, venus pour moi, d’une autre dimension, façonnés par quelque artiste en veine d’inspiration, d’égéries…

Et pourtant, ils étaient bien là, incontestablement, écrits sur l’écran magique. Je les regardais maintes fois, les relisais, je les tournais dans tous les sens, essayais de les interpréter entre les lignes. L’équivoque n’était pas possible, ils étaient là, ciselés de main de maître, posés délicatement sur la toile, ils me parlaient avec tendresse.

Et c’est comme cela que j’ai appris à les aimer, sans fard, sans arrière-pensée, dans leur nudité première. Ce furent des moments délicieux d’échanges particulaires entre les mots.

Et puis, sans savoir pourquoi, ils se sont raréfiés, leur façonneur est soudain devenu parcimonieux. Ils sont retombés dans une sorte d’anonymat.

Les mots semblaient partis vers d’autres destinations. Je les ai cherchés partout, ils avaient, sans que je m’en rende compte, tissé en moi, un besoin inéluctable.

J’ai retrouvé dans des endroits moins secrets, moins personnels, des bribes de ces mots. J’ai reconnu leur style, leur souplesse innée, leur rythme soutenu, la profondeur de leur pensée, tout ce qui m’avait tellement séduite.

Mais les autres mots, leurs frères, ceux qui m’étaient destinés, les autres avaient désormais disparu. Effacés ou en fin d’émission.

Il sont partis comme ils sont venus, sur la pointe des pieds, sans tambour ni trompette.
Leur souvenir se love dans le précieux velours de ma mémoire.

21:29 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Tags : rencontre, memoire, disparition, mots, echange | Lien permanent