02/02/2010

Renaissance



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Il y a trop de sentiments en moi qui tournent, ils m’éparpillent, ils m’éclaboussent de leurs senteurs mièvres ou sucrées.

Ils m’envahissent, moi qui les ai niés pendant ces années de tourmentes. Je les avais enferrés dans un coin de mon grenier, recouverts d’un voile d’intransparence. Je disais ne pas avoir le temps de les bercer, je savais qu’ils me voulaient du mal, qu’ils voulaient défricher mes faiblesses.

Je pensais qu’en ignorant mes faiblesses, je les ferais disparaître, j’étais une autruche perdue dans un vide affectif. Je me contentais d’une vie alimentaire, standardisée, soi-disant cohérente, rationnelle. Le temps qui coulait fluide et pressé était mon allié fidèle.

Je n’écrivais pas et j’évitais l’écriture des autres, miroir reflétant ma solitude.

Que s’est-il passé ? Qui m’a poussée hors de mes sentiers battus ? Qui m’a guidée ailleurs, là où je n’avais jamais eu l’intention de m’aventurer ? La démesure de mon désarroi ? Le boulet de mon oisiveté contrainte ?

Je n’ai pas vu le courant changer, le ru devenir rivière, la rivière devenir torrent. Par paresse sans doute, je me suis laissée emporter dieu sait où.

L’eau vivifiante a réveillé mes instincts endormis, a ravivé mes neurones engourdis, s’est frayé un passage dans mon inconscient cireux.

Le jour est apparu noir, le ciel angoissant, le soleil blafard, les arbres n’étaient plus que tentacules sombres et menaçants, la gentillesse qui faussait mon contour des choses s’est estompée. Le froid m’a envahie.

J’ai retrouvé le rythme des saisons qui scandent les étapes, j’ai entendu le cri perçant de ma renaissance.

Des mots sont arrivés, m’ont bercée, m’ont frappée, m’ont touchée, m’ont déchiquetée, m’ont jetée pauvre et nue dans la boue de la délivrance.

Je me suis réveillée un matin de novembre, autre sous un ciel restructuré. J’ai enfin ouvert les yeux, aspiré la lumière, regardé autour de moi enfin, sans préjugés, sans arrière-plan, neuve !

Et puis, des chapelets de sentiments ont commencé à défiler dans ma morne plaine, ils ont repeint les couleurs du ciel, ils ont dressé des arcs-en-ciel, ils ont percé les brumes automnales, fait revivre les oiseaux disparus…

Je suis dans la genèse de ma renaissance dans la bourrasque feutrée de mes sentiments, j’ai du mal encore d’accepter leur dictature moi qui croyais les avoir gommés une fois pour toutes pour les empêcher de me torturer.

Aujourd’hui, enfin, je ressens des choses, pour l’instant encore indéfinissables, mais fortes, pleines de promesses, d’espoir peut-être ou peut-être pas. Je suis neuve et au
tre et ça me suffit.

 

Sur proposition du très judicieux JEA, une page très envolée de Haendel

http://www.youtube.com/watch?v=tYwicRBl3vw