17/04/2009

Réveil

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Tout est noir dans ce couloir interminable, j’ai les yeux ouverts et je ne vois rien. J’entends des bruits, des voix, mais que sont des bruits, des voix et je ne comprends rien...

Je suis seul et pourtant j’ai l’impression que tout s’agite autour de moi, qu’une grande effervescence m’entoure. Mais je n’en fais pas partie, je suis absent. Tout est effiloché dans ma tête.

Je bouge les lèvres, elles sont sèches et craquelées, j’ai le souvenir évanescent d’avoir émis des sons autrefois, mais rien ne sort.

Parfois des sons me parviennent à travers ce brouillard acoustique. Ce sont des sons étranges, une langue inconnue, barbare, effrayante, des sons gutturaux ou suaves. Que sont-ils ?

Pourquoi a-t-on fermé les rideaux, la nuit succède à la nuit et cela dure encore et encore.

Une douleur aigüe me tenaille, je veux crier, rien ne vient, je sens une pression légère sur mon bras, la douleur s’évapore, je m’endors.

Je ne sais combien de temps a duré cette traversée noire du désert. Je suis suspendu dans le temps, sans passé, sans présent.

Quand l’aube floue s’est levée, un visage imprécis s’est dessiné au-dessus de moi, je n’arrive ni à distinguer ses traits ni son expression, je sens la pression de deux yeux qui me fixent. Moi je ne ressens rien d’autre qu’une extrême lassitude, ces yeux me défient, me fatiguent, je détourne le visage.

Et maintenant, c’est la voix qui me cerne, ni chaude, ni froide, ni connue, ni étrangère. Des mots se forment dans l’espace et se cognent à mon cerveau. Ils ne signifient rien, ils sont vides. Où suis-je ?

Des bribes de souvenir s’affolent dans ma tête, montage filmique incohérent :  un train qui file à toute allure ;  un avion qui vrombit et dessine son fil d’Ariane dans un ciel délavé ; un bébé contrarié vagit, s’énerve, suffoque ;  une femme aux lèvres rouge incarnat embrasse, la guerre en noir et blanc, un brouhaha qui finit dans un torrent, la sensation des chutes d’eau sur un corps cassé, zapping mental, trou noir et tout recommence dans le désordre…il fait chaud, il fait noir, je crie, je hurle…

Un visage suspendu au-dessus de moi, dressé sur un buste blanc, un geste avenant ou indifférent, je sens la chaleur de la peau sur mon front et toujours ces sons bizarres saccadés, disque rayé.

Je ferme les yeux, m’endors, repars zapper, film interminable et grinçant, odeur de l’éther, odeur de la soupe aux tomates ou d’autre chose, on se penche pour me faire boire la tasse, je me contente de laper un peu de liquide, je m’étrangle. Panique à bord, on me secoue, on parle, je ne comprends pas, je m’affaisse sur l’oreiller, ma tête est lourde, la tasse s’est éloignée, a disparu de mon champ visuel. J’ai ce goût aigre-doux dans ma bouche, désagréable, incongru. Il pénètre dans les cavités de mon corps. Je voudrais souffler pour l’évacuer.

Mais l’information reste branlante, n’atteint pas mon centre de décisions. En ai-je seulement un ? Tout ce ralenti fait-il partie de la réalité ou suis-je seulement dans un entre-deux indéfini ?

Comment le savoir quand les questions restent enfouies au fond de la gorge, quand les mots pensés n’arrivent pas à sortir de leur cocon, quand le corps ressemble à un pantin désarticulé, sans volonté, sans force, sans détermination ?

J’ai perdu la mémoire de l’articulation des mots, des gestes machinaux, de l’agitation du monde, des personnes que, peut-être à une époque, j’ai aimées.

J’ai peur de n’être rien, d’être ailleurs, de n’être nulle part, cette sensation de finitude m’effraie, me glace, me paralyse.

Parfaite sensation de non-être ?

12:43 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (5) | Tags : reve, accident, inconscience, reveil | Lien permanent