06/03/2013

Les voyages que je ne ferai pas...

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Il est des voyages que je ne ferai pas.

Voyages au pays de mots

Au pays des êtres

Au pays de l’histoire des hommes.

 

Parce que je n’en ai pas les moyens

Ou le temps

Ou la véritable envie

 

Parce que je préfère garder l’illusion de la beauté

Que m’aplatir dans une réalité souvent cruelle

Une forme de lâcheté ?

De résignation ?

J’ai décidé de ne me porter plus aucun jugement

Ne pas ressasser des échecs vrais ou imaginaires

 

Etre maintenant

À l’instant où je vous parle

Sans regretter que celui que j’attends

ne me répondra pas

 

Reparti dans son monde

Qu’il n’aurait jamais dû quitter, paraît-il !

 

Sa présence , malgré lui, me saute à la figure

Quand revient l’automne

Et ses couleurs d’or

Ses tempêtes fastidieuses

Et ses ciels sombres

 

Je me blottis au coin du feu

Et dans les flammèches

 je lui parle encore

Il fait semblant de n’en rien savoir.

Mais moi je le sais

Dans mes voyages au pays des mots

J’entends les siens qui courent sur le papier

Dans mes voyages au pays des êtres

Je marche dans l’empreinte de ses pas

Et la terre supporte à peine le surpoids de mon corps

Dans mes voyages au pays des hommes

Nous écrivons une page commune de l’histoire

Que nous traçons ensemble

 

Il dira n’en rien savoir

Mais je le sais

Je le sens

Il cultive avec talent

L’art de la dissimulation …




10:16 Écrit par Saravati | Commentaires (18) | Tags : voyage, histoire, illusion, échecs | Lien permanent

10/08/2010

Epure

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Le mouvement

Comme une illusion

Née d’un égarement de l’esprit

 

Comme tu es venu

D’un souffle

Tu as disparu dans l’éther

 

Il ne reste qu’une épure

grossière

Qui te dilue peu à peu

 

L’autre versant d’un rien en devenir

 

 

23:50 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (12) | Tags : mouvement, danse, illusion | Lien permanent

01/10/2009

Deviner ton âge ...

ombre carrés noirs 28 mai 2009 154

J’essayais de deviner ton âge

Combien de temps aurait-il fallu pour arriver à une telle maturité d’écriture

Combien de champs de connaissance traversés

Combien de livres, de romans, d’essais compulsés

Combien d’heures passées à regarder, à réfléchir, à ressentir

Combien de ratures sur tes brouillons malmenés
De reprises, de déchirures…?

Et cette amertume qui pointait parfois sous tes sourires n’était pas neuve, je le sentais

Cette tristesse incommensurable n’était pas que de fiction

Cette révolte survoltée n’était pas commandée.

Je te voyais sincère derrière le masque de tes mots

J’avais l’impression, le temps de la lecture, de pénétrer dans un univers qui devenait le mien

Et mes mots en réponse essayaient d’en justifier le vide, de t’accrocher …

J’essayais de deviner ton âge

D’imaginer les lignes de ton visage

La tessiture de ta voix, les sillons de tes mains…

Je n’ai jamais osé rien te demander

Rien qui put rendre ton existence plus palpable

Rien de nos mondes n’aurait jamais pu converger

Seul l’esprit fébrile pouvait en avoir l’illusion

Tu es parti loin

Là où pour moi tu n’avais jamais cessé d’être

J’ai refermé ton livre

Que je n’avais jamais ouvert

Ou seulement une page, une seule …

22:26 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (30) | Tags : illusion, maturite, existence, connaissance, age | Lien permanent

14/09/2009

Musée à usage privé

reflets colo CF 13 sept 2009 147

J’ai fabriqué un musée de rêves pour garder intacts mes souvenirs de lui.
Il se situe quelque part dans un coin éloigné de la blogosphère, là où les distances sont fluctuantes en fonction des désirs secrets.

Tout dans ces  lieux a gardé apparence d’une authenticité émue, d’une émotion authentique.
La vérité historique revêtue à la lumière de mes pas, ces pas qui ne furent pas toujours solitaires.

J’y ai aligné sagement ses textes, ceux que j’ai pu sauver de sa bourrasque intérieure.
Ou des bris d’émotions que je reconstitue au fur et à mesure de mes pérégrinations.
Certaines sculptures sont bancales et attestent déjà d’interprétations contradictoires, d’incompréhensions irrésolues, de divergences profondes.
Certaines déclarations parmi les plus anciennes flamboient et pavoisent en grands tableaux de tendresse.

Et puis la suite des nébuleuses paroles vient greffer son long cortège au compte-gouttes, à travers des silences opaques.

Je voudrais, mais je n’ose, l’inviter à l’inauguration de ce musée chimérique tantôt  rutilant tantôt sombre.
Je sais pourtant qu’à mon invitation, il répondra d’un geste pressé, s’excusant de ses obligations, verrouillant encore davantage une porte déjà cadenassée.
Sa réaction sera ma dernière acquisition, celle qui matérialisera l’inanité de mes efforts.

Je resterai seule entre ces murs virtuels, dans cet espace perdu qui, finalement, n’aura jamais existé que pour moi.
Je te salue, Illusion. Bonjour, Amertume !

09:16 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (15) | Tags : musee, silence, illusion | Lien permanent