15/07/2010

Anny Balde

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Anny Balde, avec son chignonlaid dressé sur le haut de la tête, comme un nid attendant la prochaine couvée, parlait l’anglais avec un accent alamand ou un cousin germain.


Elle nous imposait the first men in the moon. Chacune semaine, chacun son tour devait réciter une page entière sans improvisation aucune, de ce récit aux termes barbares. Anglais scientifique de notre ami  H.G. qui cessa très vite pour cette même raison d’être notre ami.

Chaque intervention était chronométrée au millième de seconde.
Hannibal (rebaptisée ainsi pour la postérité, bien qu’elle n’eut aucune affinité avec les éléphants) tapotait nerveusement le cul de son crayon sur le bureau quand l’heure du gong final arrivait

Nous suions à grosses gouttes dans l’attente du déshabillage verbal.
Elle appelait les élèves dans un ordre secret connu d’elle seule
Et nous cotait sur notre faculté de retranscrire sans aucune imagination les paroles de l’auteur. Les bafouillages étaient fréquents, les trous de mémoire aussi… elle corrigeait et soupirait d'un air agacé !

Ah, j’en ai rêvé des Sélénites, de leurs yeux globuleux et de leurs grandes antennes …

Mais comme elle fut pas mon premier contact avec la langue de Shakespeaure, elle n’arriva pas à me dégoûter de l’anglais. Je dois dire que j’avais une excellente mémoire (de perroquet) et que je faisais l’effort surhumain de chercher dans le dictionnaire le vocabulaire que je ne connaissais pas, histoire de ne pas mourir idiot et ignorant !

J’ai revu Anny Balde longtemps après.
A 16 ans, je la trouvai si vieille, tout être qui a dépassé la quarantaine (même moins)  a atteint les sommets du grand âge.
Elle n’avait pas changé d’un pouce, le chignonlaid était toujours dressé sur sa tête, comme un coq au milieu d’une basse-cour.

Avait-elle intégré le secret des Sélénites et découvert le sérum de jouvence tardive ?

21:29 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (14) | Tags : chignon, anglais, h.g.wells | Lien permanent