06/11/2013

Intersection de tranches de réalités

Pour peu, je me serais sentie "bigame".

Même si c’était dans une autre réalité.

Je te parlais, tu répondais, un ballet de mots fous, sérieux, tendres. Tes mots s’infiltraient insidieusement dans les circuits serrés de mes neurones, titillaient mes synapses, anesthésiaient mes résistances. Presque des phéromones de mots, des caresses-amorcées à l’intensité variable. Amoureuse ? Je ne sais.

Dans une autre dimension hors du temps quotidien, les sentiments n’avaient pas même texture. Le bien-être ponctuel était déjà présage de manque. J’en voulais plus et toi aussi.

Je ne me posais pas la question de savoir où ça mènerait, seulement savoir là où j’étais, ces quelques instants partagés à te lire, à t’écrire, c’était là où j’étais. Bien. Incroyablement bien.

J’ai voulu prendre ta photo et tu as refusé. Était-ce superstition, ne pas laisser nos réalités interférer entre elles ?

Dans mes rêves qui maintenant  constituaient une troisième réalité, je t’avais donné rendez-vous. Un hall de gare délaissé.

Dans cette réalité comme dans la deuxième que nous avions construite, il n’y avait que nous.

Je t’avais piégé dans un photomaton et toi, résigné, t’étais prêté, sans véritable état d’âme, à mon caprice.

Nous en étions là, moi devant le rideau froncé, lustré par des atomes de poussière de voyage, toi, derrière, attendant d’être flashé.

Une sonnerie me téléporta dans une autre dimension.

Je tendis la main vers ma table de chevet et j’attrapai une bandelette de papier glacé, encore tiède, divisée en quatre petits rectangles. Dans chacun d’entre eux, une ombre moins blanche dessinait un semblant de cercle surplombant une masse rectangulaire, elle aussi.

Mais rien de transcendant ou repérable. Encore raté pour moi, cette fois.

Une fois de plus, ta volonté avait supplanté la mienne...

photo, gare, photomaton


12:33 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Tags : photo, gare, photomaton | Lien permanent

19/11/2009

Mots cassants

Tout briser avec des mots, sans savoir comment ils sont arrivés, comment ils ont envahi tout l’esprit et sont sortis comme un train sort d’une gare, machinalement sur des rails prédéterminés, peut-être pas au bon moment, peut-être pas pour une bonne destination.

 

Simplement un alignement de wagons pleins de mots houilleux de rage ou transparents d’indifférence.

 

Des mots à la vie autonome mais que l’on a cultivés dans un champ de mines pour qu’ils vous explosent à la figure au premier frottement contradictoire

 

Des mots qui ont étouffé leurs compatriotes aux contours raffinés, délicats, doucereux pour mieux prendre leur place en première classe, rutilants et braillards

16:05 Écrit par Saravati | Commentaires (14) | Tags : mots, gare, destination, mines | Lien permanent