02/03/2009

Un sketch avant le sketch

Comme je vous l’ai déjà dit, il y a quelques temps, je suis allée voir le spectacle de Bruno Coppens à Mouscron.
Mais les préliminaires au spectacle sont tout aussi insolites que le spectacle lui-même, à condition, bien sûr de ne pas avoir l’esprit chagrin.

Il fait déjà noir, le centre culturel éclairé laisse voir dans son hall un amas de silhouettes plus ou moins entassées : est-ce le bouchon à l’entrée de la salle (le spectacle ne doit commencer que dans un quart d’heure, parfois des spectateurs impatients piaffent devant la porte pour essayer de se procurer les meilleures places) ?
Mais rien ne bouge, les silhouettes restent sur place. Inquiète, j’interpelle mes voisins (je suppose qu’ils doivent être sociables et de bonne humeur puisqu’ils viennent voir un spectacle humoristique …) Vous attendez pour entrer ou vous faites la file pour obtenir des places ? D’ailleurs est-ce bien une file : aucun alignement, les gens comme déposés en vrac sur le carrelage.
Oui, c’est bien une file, nous avons commandé nos places, nous venons les chercher.
15 minutes, 20 minutes, 25 minutes, un léger mouvement d’avancée semble enfin se dessiner, j’avance de quelques dizaines de centimètres, je vois poindre le guichet (si on peut dire) : une cage vitrée avec une fenêtre : seule ouverture au public et trois filles à l’intérieur qui s’acharnent sur un seul ordinateur, le visage anxieux, à la recherche de listes de noms qui ne daignent apparaître qu’au compte-gouttes. L’opératrice est assise devant le clavier, elle semble épuisée par tant de demandes tardives, elle doit attendre patiemment que la bête crache ses secrets, la deuxième introduit des billets dans une machine rotative d’un autre âge et récupère des billets prêts à l’emploi, la troisième donne les billets et reçoit l’argent en échange. Quelle belle division du travail digne du taylorisme à son heure de gloire !

Ce doit être un commodore 64 ou un amiga, plaisante un tout jeune homme sans aucun doute cultivé et qui s’intéresse à l’histoire : comment pourrait-il connaître un ordinateur qui date d’avant sa naissance ?
Un groupe de femmes ont trouvé une stratégie pour être servies plus vite : comme elles ont réservé, elles prennent dans leur sac à main un papier quelconque pour écrire leur nom et coller le dit papier sur la vitre à la vue d’une des préposées. Quand elles ont de la chance d’attirer leur regard avec en prime quelques mouvements de bras, la préposée en question recherche leurs noms et préparent leurs billets, il ne leur reste plus qu’à se faufiler gentiment entre la foule en montrant que leurs billets sont immédiatement disponibles pour que les gens civilisés s’écartent.
L’une des femmes n’a trouvé dans son reliquat de papiers qu’une photo de ses enfants et demandent autour d’elle si personne n’a un crayon (la photo est encore en service et un stylo pourrait créer des sillons au verso dans les traits de ses rejetons!)

Une dame mentionne un nom, qu’on ne trouve pas, un deuxième nom également inconnu au bataillon et finit par renoncer en disant qu’elle a déjà vu le spectacle et qu’elle ira en coulisses (ça doit être quelqu’un d’important !)

Est-ce que le spectacle est commencé ? Voilà 30 minutes que je suis dans la file, je me demande si on est pas en train d’être testé pour un futur sketch qui se passerait dans la file d’attente d’un théâtre, ce serait bien le genre de Bruno Coppens : situation cocasse et absurde.

J’imagine aussi que le comédien est en train d’improviser chaque fois qu’un spectateur parvient à entrer dans la salle…
Il paraît que cet imbroglio serait dû au fait que le spectacle de la veille a dû être annulé ! Explication insatisfaisante.

Est-ce que l’organisation dans ce centre culturel est toujours aussi surréaliste ? Je le demande, mais personne ne peut me répondre : ce ne sont pas des habitués qui se sont déplacés ce soir.

En tout cas, il faut faire preuve d’une solide motivation pour s’accrocher, un de mes voisins de file a renoncé en grognant, sans doute n’a-t-il pas compris l’enjeu et n’accepte t-il pas d’être un cobaye.

Le comble c’est que lorsque la salle est enfin remplie, un présentateur cool vient plaisanter comme si de rien n’était, de manière selon moi déplacée, il ne faut pas prendre le public pour des idiots voire plus !

Heureusement Bruno Coppens arrive enfin et nous fera oublier nos éventuels ressentiments.

Pourtant moi, je reste convaincue que nous avons vécu dans la première partie de la soirée un sketch avant le sketch ! J’attends sa sortie prochaine !     

22:15 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (1) | Tags : spectacle, gag, attente, file | Lien permanent