21/03/2009

Mots à mots

Un jour, alors que je ne m’y attendais pas, des mots qui ne ressemblaient à nul autre sont arrivés dans ma boite aux lettres.

Ces mots, au demeurant peu nombreux, sonnaient clairement, sagement alignés dans un ordre charmant. Ils étaient une invitation au voyage et je m’en suis approchée dans une attente bienveillante.

Je ne savais ni d’où ils venaient ni comment ils avaient pu atterrir dans mon jardin. Sous leur musique, mon jardin a frissonné et a compris que cette douce brise était comme un tournant dans ma vie.

Ces mots attiraient irrésistiblement les miens. Et c’est, confiante, que je leur ai répondu sans me poser les habituelles questions sur leur implication.

Mes mots, à leur tour, ont coulé de source et l’eau en était limpide, rafraîchissante, vivifiante.

Et d’autres mots qui ne venaient de nul endroit précis ont suivi, très beaux, courtois, nouvelle invitation au partage, à l’échange, à la rêverie.

Parfois, dans des moments de lucidité, je n’arrivais pas à croire à la matérialité de ces mots, venus pour moi, d’une autre dimension, façonnés par quelque artiste en veine d’inspiration, d’égéries…

Et pourtant, ils étaient bien là, incontestablement, écrits sur l’écran magique. Je les regardais maintes fois, les relisais, je les tournais dans tous les sens, essayais de les interpréter entre les lignes. L’équivoque n’était pas possible, ils étaient là, ciselés de main de maître, posés délicatement sur la toile, ils me parlaient avec tendresse.

Et c’est comme cela que j’ai appris à les aimer, sans fard, sans arrière-pensée, dans leur nudité première. Ce furent des moments délicieux d’échanges particulaires entre les mots.

Et puis, sans savoir pourquoi, ils se sont raréfiés, leur façonneur est soudain devenu parcimonieux. Ils sont retombés dans une sorte d’anonymat.

Les mots semblaient partis vers d’autres destinations. Je les ai cherchés partout, ils avaient, sans que je m’en rende compte, tissé en moi, un besoin inéluctable.

J’ai retrouvé dans des endroits moins secrets, moins personnels, des bribes de ces mots. J’ai reconnu leur style, leur souplesse innée, leur rythme soutenu, la profondeur de leur pensée, tout ce qui m’avait tellement séduite.

Mais les autres mots, leurs frères, ceux qui m’étaient destinés, les autres avaient désormais disparu. Effacés ou en fin d’émission.

Il sont partis comme ils sont venus, sur la pointe des pieds, sans tambour ni trompette.
Leur souvenir se love dans le précieux velours de ma mémoire.

21:29 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Tags : rencontre, memoire, disparition, mots, echange | Lien permanent