17/04/2010

Elle est partie

 

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Elle est partie, elle aussi, a claqué la porte, simplement laissé quelques traces.

La fatigue de l’obligation d’être une vache laitière distillant au jour le jour ses billets appétissants.

Produire, produire sans relâche pour une clientèle friande qui n’en a jamais assez.

 

Devoir justifier ses silences, devoir dévoiler ses humeurs, répondre gentiment ou ironiquement aux commentaires quels qu’ils soient…un apostolat, me direz-vous !

On entre en blog comme on entre en religion ?

Et rendre les visites, politesse oblige, sinon reproches ou représailles.

 

Tiens, il ne vient plus me voir ! Pourquoi ? Il ne m’aime plus ? Et elle, non plus. Fâchée parce que je lui ai dit ce que je pensais de ce qu’elle avait écrit un jour sans imagination ?

 

Mais elle, des commentaires, elle en recevait par grappes pas toujours touffues cependant.

Des petits rires étouffés, des clins d’œil, des jeux de mots…on se serait cru à la maternelle, des fois.

Elle semblait aimer ça, elle répondait avec fougue, toujours individuellement ou presque. Quand elle était fatiguée, un petit salut collectif devait bien leur suffire quoique un peu déçus, je pense !

 

Elle a raison d’arrêter quelque chose qui ne l’amuse plus. Dans la vie, quand on fait quelque chose de pas obligé, ça doit être avec plaisir. On a déjà tellement de contraintes ailleurs.

 

Ici c’est l’espace ludique, convivial, le plaisir de séduire à travers ses mots, de partager des souvenirs, des sensations, parfois d’exprimer sa peine pour ne pas la garder esseulée dans son coin !

 

Oui, elle a eu le mérite de partir, s’arrogeant d’autres projets, pour elle seule, cette fois.

Un peu triste de quitter ses complices de tous les instants d’évasion, mais aussi au regret de ne pas l’avoir fait plus tôt, d’avoir attendu que la lassitude s’installe, que l’obligation devienne à ce point pesante…

 

Pas de regret à avoir, chacun cherche son bonheur et le bonheur n’est pas quelque chose de linéaire, il fluctue avec l’âge, le temps, les lieux, les états d’âme.

 

Si je l’avais mieux connue, (j’ai bien essayé parfois de lui parler, mais elle semblait imperméable à mon langage) je lui aurais rendu ici un hommage pour sa fulgurance, sa vivacité, la légèreté de sa plume, sa sincérité, aussi, cette manière de se mettre à nu avec élégance.

Bonne route, à toi, écrivaine !

 

Ce texte est une variante de "L'écrivaine" posté en février 2010

 

03/03/2009

Casser le carcan

Peut-être, bientôt, je n'irai plus voir mes messages, je refermerai ce livre jamais ouvert, je ne chercherai plus de trace de quoi que ce soit, de qui que ce soit.

Je ne sais si je continuerai cette démarche d’écrire, tellement contraignante et libéralisante.
Je ne peux pas clamer ce que je veux, on m’attribue les pensées des mots écrits. On me juge, si mes textes semblent tristes, on me dit déprimée, si je parle de futilités, on me le reproche.
Envie de prendre un autre masque pour être davantage moi-même, pour n’avoir de compte à rendre à personne, pour imaginer sans contrainte, des vies que je ne mène pas et qu’on a tendance à m’attribuer systématiquement.
Je ne veux pas vivre dans un carcan, je veux laisser mes pensées voguer au loin dans des horizons qui ne sont pas les miens, je veux élargir les contours de mes paysages, les peindre à ma façon sans craindre le regard des autres. Je veux pouvoir dire ce que je pense ou ne pense pas, ne pas devoir calculer si cela sera bien ou pas bien perçu, je veux ressentir des émotions même si elles ne sont que des créations de mon esprit, je veux accepter ma fragilité quand quelque chose ou quelqu’un me touche, je veux récupérer de l’énergie des rencontres qui sont sur mon chemin et je l’espère pouvoir en donner aussi, à mon tour…

Je ne sais si cet endroit est l’endroit adéquat, je me pose cent questions qui restent sans réponse comme je pose aussi ailleurs des questions qui restent aussi sans réponse.
Je suis au carrefour d’immenses ponts d’interrogation qui s’étalent autour de moi en ombres gigantesques.

Je suis fatiguée de marcher sur un chemin qu’on voudrait tracé pour moi, il y a des routes alternatives que je voudrais peut-être emprunter ou du moins essayer, des personnes à qui je voudrais parler sans arrière-pensée sans me poser la question de leur disponibilité ou de leur sentiments. Des photos que je voudrais garder en mémoire, des textes que je voudrais écrire, des rêves que je voudrais croire possibles, des illusions que je voudrais encore bercer pendant qu’il est encore temps.

Ou simplement me retirer dans une montagne imaginaire d’où je verrais alentour le plus beau belvédère, la plus belle rivière, la plus verte des vallées, partir sans laisser d’adresse, sans donner de nouvelles, sans perspective réelle d’un retour annoncé, suivre le vol des oiseaux vers l’inconnu.

Mais avant il va falloir affronter le regard des autres, mes juges que je voudrais objectifs, sans rancune, mes juges qui n’ont pourtant aucun droit de me juger, mais ne s’en privent pas, à mon grand préjudice, à ma grande humeur, à ma grande colère… Je sens qu’ils sont là, derrière la porte, prêts à entrer dans mon univers.
Laissez moi respirer à ma guise !

20:34 Écrit par Saravati | Commentaires (11) | Tags : ecrire, liberte, contraintes, carcan | Lien permanent