17/05/2010

Un banc, deux pieds

 

pieds enfant banc_rec Def MG_7688

 

 

Dansent les petits souliers gris perle
Sur le blanc délavé
Valsent les godets marron
Au rythme de la voix
Comptine d’enfant
Au bord de l’eau
Près de la mare
Au canard boiteux
Nasille en cadence
coin coin
qui accompagne
En dodelinant de la tête
La petite ballerine d’un jour.

 

 

Modeste clin d'oeil à Aléna !

14:33 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (17) | Tags : danse, banc, ballerine | Lien permanent

15/05/2010

Rendez-vous en cascade (fin)

homme sur banc 2 red
Dans les journaux, il cherchait les faits-divers : avait-elle eu un accident, avait-elle été la victime d’un crime passionnel, elle qui collectionnait les amants comme on effeuille une marguerite ?

 

Il lisait des romans d’amour, il se projetait dans les personnages obstinés, il aimait La plage d’Ostende :  il aurait pu être cette fillette qui s’était battue pour son amour et qui avait tout estompé autour de lui ; mais chez lui, c’était elle l’enfant et elle n’aimait que son plaisir.

Et puis, il écrivait à la manière des Vagues, de longues conversations qu’il lui dédiait en l’imaginant enfin réceptive.

Les jeudis passaient, les feuilles étaient tombées, le givre avait recouvert les cadavres de plantes, la neige les avait dissimulés, les bourgeons étaient apparus, les boutons aussi, le banc gardait tout au long de ce fil du temps la chaleur qu’il lui transmettait chaque semaine pendant ces deux heures qu’il passait avec son souvenir.

 

Il n’avait pas eu envie de la revoir ailleurs, il n’avait plus fréquenté les endroits où il était presque sûr de la rencontrer.  C’était là, dans ce parc désoeuvré, à l’entrée du musée qu’il aurait voulu l’initier, à sa culture, à sa façon d’être, de penser, d’envisager l’avenir.

Les autres femmes qu’il avait connues, avec qui il avait vécu n’étaient plus rien, n’avaient jamais existé que dans un monde parallèle où il ne se retrouvait plus.

Elle, elle l’avait initié à l’inconstance, à l’indifférence moqueuse, à la versatilité.

Pour la rencontrer, elle qui n’existait plus que dans son imagination attisée par un souvenir pâlissant, il avait creusé autour de lui des fossés infranchissables, ne parlait plus, ne regardait plus autour de lui, ne rêvait plus qu’éveillé.

 

Par la fenêtre du musée, la belle conservatrice observait cet homme pétrifié chaque semaine durant deux heures et puis lentement sorti de sa léthargie en dépliant son grand corps ankylosé dans un rituel tout empreint de dignité.

Elle ne connaissait que la rondeur de son dos et de temps en temps, une esquisse de profil qui allait et partait aussitôt se remettre dans l’axe.

Elle s’était attachée à lui, distraite de son travail minutieux, essayait d’imaginer son histoire, la rendait chaque fois différente.

 

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Puis un jour il ne vint plus à ces rendez-vous manqués à double échelle, elle sut qu’il était mort ou malade, elle savait à quel point il était fidèle au fantasme qu’il avait laissé fleurir et refleurir sur le banc décoloré.

Ce soir, le soir de la dernière station dans le parc, après la fermeture du musée, pour la première fois, elle alla s’asseoir sur le banc et les larmes aux yeux en l’entourant de ses bras, elle laissa libre court à son manque !

11:51 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (13) | Tags : banc, rendez-vous, amour | Lien permanent