24/09/2012

Mort d'un amour

 

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La mort d’un amour

C’est encore un commencement à revers

Reprendre une liberté illusoire

Se satisfaire du peu qui reste

Lui permettre de grandir

Lui donner l’attrait d’un choix raisonnable

 

Les quelques épines qui restent à l’affût

Ne peuvent nier la beauté des instants

Gommer les malentendus naissants

Les clins d’œil complices

Les fous rires à l’arraché

 

La mort d’un amour

C’est encore une caresse

Revue et corrigée

Vestiges scintillants

Des souvenirs soyeux

 

La mort d’un amour

C’est l’espoir d’un demain

Sans flétrissures apparentes

Un demain

Qui peut encore s’habiller

De voiles transparents

Pour cacher la rugueur

Des corps égratignés

 

La mort d’un amour

Tu ne l’as pas vu arriver

Je ne t’en ai pas parlé

A quoi bon raviver

Les braises endormies ?


13:16 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (15) | Tags : amour, malentendu, braises | Lien permanent

21/07/2012

Fonte en bulle

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Au fur et à mesure que nous descendions dans la bulle, tu t’es peu à peu liquéfié.

C’était encore à l’époque où je croyais en la pérennité de l’amour, dans l’ivresse fleurie des sentiments.

Quand j’ai atteint le fond, il n’y avait nulle trace de toi.

De mauvais esprits, sans doute jaloux, ont prétendu que depuis le début j’étais seule m’entretenant sans vergogne avec un être qui n’existait qu’à l’état d’embryon dans mon esprit malade et avide de partage …

 

14:29 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (15) | Tags : liquéfié, amour, embryon | Lien permanent

08/09/2010

Comme les feuilles mortes

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Les amours de l’automne

Elle le savait

Ne dureraient même pas le temps

D’une saison.

 

Elle aurait pu

S’accrocher comme la feuille

Mourante

S’accroche à l’arbre

Qui la plie.

 

Cet amour

Contre-nature

À peine éclos

Dans les frimas

Resterait frissonnant

Ne verrait ni

La fin de l’hiver

Ni le printemps

Ni l’été.

 

Aucun amour

N’aurait pu résister

Aux ciels sombres

Aux nuages bas

Aux fruits morts

Écrasés sur la terre gelée.

23:47 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (18) | Tags : amour, automne, feuille, frimas | Lien permanent

15/05/2010

Rendez-vous en cascade (fin)

homme sur banc 2 red
Dans les journaux, il cherchait les faits-divers : avait-elle eu un accident, avait-elle été la victime d’un crime passionnel, elle qui collectionnait les amants comme on effeuille une marguerite ?

 

Il lisait des romans d’amour, il se projetait dans les personnages obstinés, il aimait La plage d’Ostende :  il aurait pu être cette fillette qui s’était battue pour son amour et qui avait tout estompé autour de lui ; mais chez lui, c’était elle l’enfant et elle n’aimait que son plaisir.

Et puis, il écrivait à la manière des Vagues, de longues conversations qu’il lui dédiait en l’imaginant enfin réceptive.

Les jeudis passaient, les feuilles étaient tombées, le givre avait recouvert les cadavres de plantes, la neige les avait dissimulés, les bourgeons étaient apparus, les boutons aussi, le banc gardait tout au long de ce fil du temps la chaleur qu’il lui transmettait chaque semaine pendant ces deux heures qu’il passait avec son souvenir.

 

Il n’avait pas eu envie de la revoir ailleurs, il n’avait plus fréquenté les endroits où il était presque sûr de la rencontrer.  C’était là, dans ce parc désoeuvré, à l’entrée du musée qu’il aurait voulu l’initier, à sa culture, à sa façon d’être, de penser, d’envisager l’avenir.

Les autres femmes qu’il avait connues, avec qui il avait vécu n’étaient plus rien, n’avaient jamais existé que dans un monde parallèle où il ne se retrouvait plus.

Elle, elle l’avait initié à l’inconstance, à l’indifférence moqueuse, à la versatilité.

Pour la rencontrer, elle qui n’existait plus que dans son imagination attisée par un souvenir pâlissant, il avait creusé autour de lui des fossés infranchissables, ne parlait plus, ne regardait plus autour de lui, ne rêvait plus qu’éveillé.

 

Par la fenêtre du musée, la belle conservatrice observait cet homme pétrifié chaque semaine durant deux heures et puis lentement sorti de sa léthargie en dépliant son grand corps ankylosé dans un rituel tout empreint de dignité.

Elle ne connaissait que la rondeur de son dos et de temps en temps, une esquisse de profil qui allait et partait aussitôt se remettre dans l’axe.

Elle s’était attachée à lui, distraite de son travail minutieux, essayait d’imaginer son histoire, la rendait chaque fois différente.

 

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Puis un jour il ne vint plus à ces rendez-vous manqués à double échelle, elle sut qu’il était mort ou malade, elle savait à quel point il était fidèle au fantasme qu’il avait laissé fleurir et refleurir sur le banc décoloré.

Ce soir, le soir de la dernière station dans le parc, après la fermeture du musée, pour la première fois, elle alla s’asseoir sur le banc et les larmes aux yeux en l’entourant de ses bras, elle laissa libre court à son manque !

11:51 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (13) | Tags : banc, rendez-vous, amour | Lien permanent

13/05/2010

Rendez-vous en cascade (1)

homme banc

 

Il lui avait fixé rendez-vous sur un banc derrière le musée des Beaux-Arts, elle avait ri, beaucoup, en disant qu’elle ne viendrait pas, que cette histoire était finie avant de commencer, que son amour était un poids qu’elle ne pouvait assumer, qu’elle était jeune et qu’elle voulait profiter de la vie, que les restaurants et les visites culturelles ne l’intéressaient pas, du moins, avait-elle ajouté, pas encore … qu’elle préférait l’ambiance chaude des discothèques où l’on ne s’entend pas parler, où l’on se colle à son partenaire et où l’on n’a pas d’autre ressort que de l’embrasser, qu’elle préférait aller voir un navet au cinéma en buvant du coca et en mangeant des pop-corn avec un voisin au physique plus avenant que les images qui passaient sur l’écran.

Et lui, énamouré, lui qui avait fait d’elle sa muse, continuait pourtant d’espérer qu’elle change, qu’elle grandisse, qu’elle mûrisse, qu’elle devienne une femme.
Il se contentait de la regarder, il savait que ses paroles ne pouvaient pas l’atteindre, mais il espérait que le temps serait son complice, qu’elle finirait par comprendre qu’il était différent de ces minets qu’elle collectionnait sans passion autre que celle du corps qui grince.

Alors il était venu à ce rendez-vous manqué d’avance, en espérant que son amour finirait par toucher la belle. Il penserait tellement à elle que sans s’en apercevoir, il guiderait ses pas vers lui.
Il s’était assis sur le banc et il avait attendu, longtemps, une heure voire deux, sans penser à rien d’autre qu’à l’éclat de son sourire éclairé par ses dents blanches et parfaites.

Il lui avait laissé un message : « Je t’attendrai tous les jeudis au même endroit à la même heure, jusqu’à ce que tu viennes … ».
Comme d’habitude, elle n’avait pas daigné répondre. D’ailleurs, elle perdait son portable aussi souvent qu’elle changeait de t-shirt, elle se disait que celui qui voulait la contacter devait être motivé.

Il était revenu chaque jeudi quelle que soit la rigueur du climat. Parfois, il prenait un bloc à croquis, parfois un journal, parfois un livre et il attendait justifiant la perte de temps par le fait d’avoir devant lui ces objets vides de sens.
Il la croquait de mémoire, toujours quand elle riait, il pensait qu’elle était encore plus belle quand elle riait de lui, que son rire venait du fond du cœur, elle qui disait ne pas en avoir, du moins, pas encore ; il élargissait ses fossettes, démaquillait ses yeux, lissait ses cheveux ébouriffés.
Il dessinait aussi ses mains qu’elle avait fort belles, des mains de pianistes, fines et longues, elle qui n’aimait que la techno, il les imaginait pleines des caresses qu’à un moment elle lui avait prodiguées, masseuse infatigable et dévoyée.

21:22 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (8) | Tags : musee, amour, rendez-vous | Lien permanent

14/04/2009

Filles en pleurs…

Elle pleurait tout son saoul sur le bord de son lit rose
Vais lui offrir des dizaines de mouchoirs
Avait-il écrit dans un sursaut pseudo-poétique
Elle pleurait sans répit
Sur cet amour déjà impossible
Sur leurs caractères trempés dans l’acier
Prémices de leurs affrontements futurs

Une attirance fiévreuse
Pouvait-elle suffire
Pour tisser leur avenir
La fièvre brûle, consume
Et l’attirance, jalouse de tout
Corrompt l’existence…

La bonne fée si souvent évoquée
À l’époque des jeunes filles romantiques
S’était donc une fois de plus fourvoyée
Erreur de programmation   
Destin perfide, déviation

Des années plus tard
A l’ère des ondes
Qui mettent en communication
Avec le monde
Il existe encore des jeunes filles en pleurs
Elles pleurent depuis si longtemps
Qu’elles ignorent jusqu’à l’origine de leurs tourments
Elles pleurent leur amour impossible, futile ou rageur
Cet amour, ombre gracile de sentiments que l’on prétend forts

Tourmenté par la méfiance et la sécheresse 
Racle leur vitalité
Attise encore la fièvre

Elles pleurent encore et par réflexe
Par habitude ou simplement
Pour se donner raison d’exister pour quelqu’un

La poésie a quitté leur monde
Elle n’est plus qu’un lambeau posé là sur l’étoffe effilochée des mots

19:08 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (6) | Tags : amour, filles, fievre, pleurs | Lien permanent

20/01/2009

Un cri d’amour au centre du monde

un cri d'amour détouré

Le ressenti d’un jeune homme de 16 ans amoureux d’une collègue de classe, traité avec pureté et poésie, l’éveil des sens, le partage de pensées profondes sur le sens de la vie et l’ombre fulgurante de la maladie qui déchire d’un seul trait tous les beaux projets de bonheur à venir.

Prêt à faire toutes les folies du monde y compris enlever sa jeune amie mourante, pour accomplir son désir le plus profond : voir les forêts aborigènes d’Australie.

Et ces pages de magnifique description de nature qui font ressortir des myriades de poésie à travers tous les pores de la peau

Ces dialogues frais, tendres et profonds entre deux jeunes pour qui la vie devrait être une ligne droite vers la félicité et qui ne sera que l’expression d’un manque.

Le secret du grand-père qui veut retrouver au-delà de la mort la communion avec la femme qu’il a aimée et qu’il n’a pas pu épouser et qui demande à son petit-fils une chose insensée.

L’émotion est là, sans suspense, prenante, envahissante, inoubliable, à travers les mots simples et vrais du cœur.

Un cri d’amour est un moment unique dans une vie, faut-il qu’il se perde dans l’éther pour devenir la plus belle histoire d’amour non réalisée. Comme le proclamait Musset, les chants désespérés sont les chants les plus beaux.

Et pourtant chaque pas de Sakutaro est accompagnée de l’ombre d’Aki, sa petite perle fine, si fine et si fragile qu’elle s’est évaporée.

Sakutaro revit son histoire à l’envers, de la mort à la naissance d’une tendresse infinie, mêlant les trames du présent et du passé de manière si habile que le lecteur pense que ce n’est qu’un cauchemar et qu’il va se reveiller avec lui en serrant la belle Aki dans les bras.

Fera-t-il son deuil de sa bien aimée ? Pourra-t-il un jour revivre une émotion d’une telle intensité ? Amour et mort, ici au Japon paraissent reliés à jamais, le troisième élément semble la nature qui tout en semblant indifférente au vécu des personnages est profondément imprégnée de leur sensiblité profonde.

 

Un cri d'amour au centre du monde

de Kyoichi Katayama - publié en 2001

14:48 Écrit par Saravati dans Immersion japonaise | Commentaires (1) | Tags : amour, mort, separation, adolescence | Lien permanent