14/10/2009

Vides

ciel sombre montagnes - bis 2183

Ce soir comme tant d’autres, comme tant d’autres matins et tant d’autres nuits, je t’attends dans ce grand vide devenu encore plus vide depuis que tu es parti.

Pourtant habituée aux silences et aux absences capricieuses qu’à l’époque j’assimilai erronément à des vides, aujourd’hui, je me rends compte de la gradation dans les formes de vides, des vides pourtant teintés d’espoirs, des vides glaçant de solitude, des vides qui emplissent le flot des pensées errantes et ceux qui vident votre énergie vitale, des vides qui ont faim et de ceux qui donnent soif, des vides qui désaltèrent quand on les asperge d’illusions, des vides qui nourrissent quand ils s’imprègnent d’oxygène.

Aujourd’hui, j’ai balayé d’un coup d’épaule toute cette panoplie de vides inutiles et je me retrouve face au maître : le vide absolu, celui qui enrobe tout sur son passage, qui déteint la couleur du ciel, qui ternit la blancheur des nuages et enfonce ses racines acérées dans le sol.

Et ma volonté qui voudrait refuser cette fatalité du vide se retrouve démunie de ses forces.
Quand je m’accrochais autrefois aux semblants de tes traces, je tissai dans le vide des espaces entre les mailles, vrais ou faux, peu importe puisqu’ils m’aidaient à vivre sans complète désespérance. Même les rares éléments qui auraient dû nous rapprocher devinrent bientôt partie intégrante de mon vide.

Demain quand j’aurai, par maints efforts, apprivoisé le vide absolu, quand je l’aurai transformé en vide relatif, en vide passéiste, historique, mythologique, je reprendrai la route qui serpente entre deux ravins mouvants, je m’évertuerai à éviter leurs abîmes gloutons, je savourerai silencieuse l’ambroisie de mes démons, je me bourrerai le crâne d’un tonneau d’illusions, je m’accrocherai aux lianes des rêves pour me retenir de tomber.

Et je te recréerai, devenu sculpteur à mon tour, je prendrai l’argile qui donnera corps à ton ombre. Sous le feu de mes mains, tes yeux gris s’ouvriront, me contemplant de leur regard brûlant.

Il suffira alors que je ferme les paupières un instant ou plus pour imaginer le sourire lumineux, le tien revenu de si loin, qui engloutira tous les vides de mes mondes !

08:38 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (14) | Tags : silence, vide, illusions, absence | Lien permanent

03/06/2009

Absente

vis sculpt bis 9576
Il y a dans ton regard quelque chose d’irrésolu, une ombre vacillante qui clignote faiblement.
Il y a dans tes yeux la beauté évanouie de ton amour égaré, un fil rare, évanescent.
Une perle de pluie accrochée à ton cil.

Il y a ce reflet flou de celui que tu penses avoir tant aimé, celui pour qui tu t’es laissé couler dans ce monde inextinguible, dans ce mutisme qu’on croyait provisoire, qui est devenu ton langage quotidien.

Tes yeux continuent de se perdre au loin, expriment ta complainte dans le no man’s land dont tu as fait ton refuge, construit chaque jour par la langueur de tes soupirs.

Ces gens qui passent près de toi te parlent et tu ne les vois pas, te regardent et tu ne les entends pas.
Ils prononcent des mots qui ne t’atteignent pas.

Peut-être dans ce fond d’âme qui te reste encore, des mots se forment aussi qui ne vivent que pour toi.
Des mots façonnés pour lui qui jamais ne sera.
Il est des fantômes qui emportent la vie avant même qu’elle ait commencé.

Dors, petite sœur, les yeux ouverts dans les limbes de ta réalité, dans la transparence de tes tourments enfouis.

Je veille sur toi. Je connais la froide densité de ton absence et je berce tes larmes, même si tu ne le sens pas, même si tu ne me vois pas.

20:10 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (16) | Tags : regard, absence | Lien permanent