02/06/2015

Où se perdent tous ces regards ?

...Suite au billet précédent

Avant on photographiait des gens qui regardaient autour d’eux, il arrivait même qu’ils vous prêtent une attention fugace ou vous sourient pour vous remercier d’avoir capter leur regard, maintenant on photographie des visages penchés avec attention...plus personne ne fixe l’objectif, riveté à son écran...

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 Dans les premiers portraits que j’ai réalisés, j’avais l’impression qu’il fallait saisir la personne dans un moment d’inattention, retrouvant ainsi les gestes de mes parents qui nous photographiaient enfants, essayant de nous prendre à la dérobée. Ils étaient persuadés que s’ils nous demandaient de les fixer, nous perdrions notre « naturel ». Fouad Elkoury.

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L’heure n’est plus à l’échange de regards entre le photographe et son sujet, le sujet d’aujourd’hui est imperméable au monde qui l'entoure et se retranche dans une bulle technologique dont il est le nombril et qu’il partage momentanément avec cette ribambelle de connaissances qu’il a baptisés ses « amis », amis qu’il rencontre rarement dans la réalité matérielle.

Le film « Denise au téléphone » que j’ai déjà évoqué ici était un exemple visionnaire

 

17:23 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (17) | Tags : regard, photographie, écran, communiquer, téléphone | Lien permanent

06/03/2014

Satellite

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Je pourrais dire

On se connaît

Mais je ne le dirai pas

Cela suppose une intimité

Que nous n’avons pas.

Toi tu ne me connais pas

Je n’erre pas dans les couloirs de la célébrité

Je n’ai pas mon nom sur les affiches

Je ne signe pas d’autographes

Je n’amuse pas la galerie

 

Dans la foule qui t’adule

Je suis si près que je pourrais presque te toucher

Fantasmer sur mon approche de toi.

Des murailles pourtant m’encerclent.

Hors de ton monde

Ton rayonnement ne m’atteint pas

Les satellites suivent leur trajectoire

Loin de l’objet de leur désir

 

Que n’ai-je connu l’idolâtrie

De l’adolescence

Pour m’en sauvegarder à jamais ?

Trop tard pour dévier le cours du temps.

Tu as crié:

On a toujours le choix

Tu ne sais pas de quoi tu parles

Hormis pour toi

 

Je vais rentrer chez moi

Seule

Avec ce poids qui grince

Je vais prendre ces bonbons blancs

Qui me feront voir

Des ombres pastel

Et qui le matin estomperont la pseudo légèreté du corps.

 

Et tout le jour

Qui suit

Traîner

Ce plomb gluant...


13:08 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (10) | Lien permanent

18/06/2012

Fenêtre allouée

 

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Que veux-tu que je vois à travers

mes lunettes 3 D hors dimension d’écran ?

Le monde et sa grisaille qui pète à tous les coups

La suie qui ruine la vision narguée par la poussière du temps qui passe

Les longues trainées tristes qui s’étalent en pleurant

La porte déglinguée parade d’un monde à venir qui n’est pas venu

Les sillons abandonnés à leur triste essor


Un arbre qui crie encore sa soif de vivre

Malgré ses bras décharnés

Déjà dépossédé des fruits qu’il donnera peut-être

De vieilles pierres assoiffées

Qui ne boient que la pluie

Un oiseau éperdu de soleil

Perdu pour ses amis ?

 

Que veux-tu que je fasse face aux calamités ?

Me faire apprenti-peintre aux palettes lustrées

Ajouter la verdure

Faire renaître les champs

Ajouter la clarté

Voir miroiter le ciel

Raboter les vieux bois pour calfeutrer l’usure

Ajouter des rayons pour aviver les cœurs ?


 

12:04 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (11) | Lien permanent

28/03/2012

Couper l'horizon

 

ombre,projecteur,horizon

Au milieu de la salle échauffée par l’artiste, l’homme s’était levé et avancé vers le parapet sans penser à ceux qui étaient derrière lui.

Moi, installée au dernier rang, je ne voyais que lui, son ombre noire se détachant des projecteurs roses.

Il est resté là un moment imperméable à l’ambiance de la foule, comme prostré dans cet univers artificiel. Avec le peu de lumière que j’avais, je l’ai maintes fois encerclé dans mon viseur. Il ne s’est rendu compte de rien ..

A lui seul, il avait donné un autre éclairage au spectacle ! 

 

 

 

 

17:39 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (9) | Tags : ombre, projecteur, horizon | Lien permanent

20/02/2012

Instantané

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Parfois on est pressé

On aperçoit un moment rare

Et on a à peine le temps de sortir son appareil

Alors on se dépêche

Le flou artistique n’est pas voulu

Mais provoqué par l’urgence.

 

Si tous les logiciels ne parviennent pas à rendre à la scène sa netteté d’origine

Notre esprit garde une petite place privilégiée dans notre mémoire

Il estompe l’imprécision des contours

Et se convainc qu’il a parfaitement dénoncé l’ambiance initiale.

 

Oui dans l’art de la photographie

Il y a des complices inavoués

Qui se dénomment chance ou hasard

Quand ce n’est pas la même chose.

 

Le droit à l’erreur

Au flou

Au mélange fondu des couleurs

Devient un élément du récit visuel

Accentue le côté pictural

Et révèle des choses invisibles à l’oeil aiguisé.


 

20:56 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (17) | Tags : photographie, flou, netteté | Lien permanent

01/03/2011

Jour de furie

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C’était jour de furie

Pour le ciel qui s’était

Marbré de noir

Bien avant

Le couvre-feu.

 

Perchée sur la terrasse

À cinq pieds du sol

Je voyais surgir en file

Les maisons orangées

 

Elles avaient revêtu

Leurs oripeaux d’orage

Et paraissaient sortir d’un conte

Des mille et une nuits.

 

et une autre inspiration :


10:29 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (19) | Tags : furie, ciel, orage | Lien permanent

11/02/2011

Un chien aboie

Derrière les volets

Tous les matins un chien aboie

Là tout près

Ou plus loin

Selon une partition par lui élaborée

J’essaie de pénétrer sa psychologie canine

Il s’arrête et reprend de plus belle

Il n’a toujours pas compris la vanité de ses plaintes

Ou il a compris l’importance que cela donne à son quotidien.

 

Tiens un oiseau lui répond

Une tourterelle ou quelque chose comme ça

Le chien se tait

Écoute

Prête l’oreille.

 

Par son chant répétitif

L’oiseau à réussi à dominer les angoisses existentielles du chien

Solidarité animale

 

A moins que lassé de ses insistances

Le maître du chien revenu on ne sait d’où

Lui ait enfin ouvert la porte

Ou lui ait donné sa pitance

Ou les deux.

 

Moi sans l’orientation de son langage

Je ne sais même pas qui il est

Où il crèche

Peut-être l’ai-je rencontré sans le reconnaître

Un jour de discrétion …

10:46 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (12) | Tags : chien, oiseau | Lien permanent

15/09/2010

Fleurs de marais

 

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Fleurs de marais

Dans quel océan de brumes 

Vous êtes-vous noyées 

A la tombée de l’été ?

23:29 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

10/07/2010

Inspiration

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C’est une blague ?
Pas d’inspiration, toi ?

Je te lis et te redécouvre
Chaque fois.

Tes mots tombent souples et effilés
Tes pensées s’enchevêtrent
Dans un labyrinthe mordoré.

Que n’ai-je hérité de la hardiesse de ton style
De la palette de tes idées
De ce brouhaha de paroles qui jaillissent en se multipliant

Ah, j’aime tes mots qui s’évertuent en phrases de construire
De si belles demeures

Tu vois, c’est contagieux
Le brouhaha m’a atteint en plein dans le  mille.
De cette blessure vivifiante
Des gouttes de mots ont déversé
La présente complainte.

Accorde-moi simplement un peu d’indulgence
Pour cette immaturité qui ne demande qu’à exploser

 

à une amie qui se reconnaitra !



20:44 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (9) | Tags : inspiration | Lien permanent

16/06/2010

Mythomania

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La circulation de l’information, la mise en exergue de faits-divers particuliers a développé l’imagination débridée des personnes ayant une tendance à la mythomanie.

Quoi de plus facile de s’identifier à des personnages témoins ou acteurs de grands événements ou de petits faits marquants de la vie quotidienne ?

Des inondations dans ma région : « J’ai passé toute la nuit à racler dans ma maison à cause de la pluie qui chassait  sous la porte »0
Un feu chez des voisins : « Ma mère qui perd parfois l’esprit s’est levée cette nuit, elle avait froid, elle a pris les papiers qui se trouvaient sur la table pour allumer un feu : c’étaient des factures à payer et les cours de ma fille… ».
« Je me trouvais dans la gare de Bologne juste à l’endroit où une bombe a éclaté un quart d’heure plus tard, j’étais sortie pour aller prendre un café quand j’ai entendu l’explosion »
« Dans l’aéroport de …où nous étions en transit, il y a eu alerte à la bombe, nous sommes restés en transit, on a passé la nuit dans les fauteuils soyeux du grand directeur de l’aéroport. »
« J’étais au Heysel quand la tribune s’est écroulée, mon père avait triché sur mon âge pour que je puisse faire partie des secouristes »
« J’ai eu un grave accident quand j’étais enfant, j’ai dû subir plusieurs chirurgies du visage. Au début les gens du village se moquaient de moi, au fur et à mesure des opérations, cela s’est amélioré et aujourd’hui, je n’ai plus aucune trace, à tel point que le chirurgien qui m’a opéré avait pris des photos de moi à chaque fois et les a publiées dans une revue médicale, je suis donc célèbre dans certains milieux. »
« Si je n’ai pas une bonne orthographe, c’est à cause d’un accident qui m’a rendu aphasique pendant plusieurs années, j’ai dû réapprendre à écrire et à parler, je n’ai jamais récupéré tout à fait. »

Chaque fait pris isolément a toutes les apparences de la réalité parfois avec quelques détails extravagants, certes, la vie l’est parfois, mais l’accumulation de toutes ces péripéties chez une même personne éveille un sentiment de suspicion. Au départ, on se dit, le pauvre, il n’a vraiment pas de chances, c’est toujours à lui qu’il arrive des choses bizarres. Et de jour en jour au fur et à mesure des contacts avec cette personne, de nouvelles histoires viennent se greffer, on commence à se poser des questions, on n’a aucun élément pour vérifier les dires.

Il y a , j’en suis sûr, une part de vérité dans chacun de ces faits, sans doute certains sont-ils réels dans les moindres détails, mais la personne qui les raconte s’identifie systématiquement aux personnes qui les ont vécus. Des erreurs de chronologie sont parfois corrigées avec une petite entourloupe, un interlocuteur peu attentif peut s’y laisser prendre.

Le degré de conscience du mythomane n’est pas nécessairement constant, il semble de bonne foi.
Il a tendance à minimiser les conséquences négatives de ses déboires (forcément s’il ne les a pas subis !), à se donner des excuses pour ne pas avoir respecté ses engagements (la malchance l’a bloqué)

Les belles promesses qu’il vous a faites en toute honnêteté, il ne pourra pas les tenir, elles appartiennent à une autre dimension de sa réalité, cette réalité qui pour lui change constamment de visage au fil des circonstances sans qu’il puisse agir sur son destin : la mythomanie gère sa vie, sélectionne pour lui l’essentiel immédiat et l’accessoire rejeté. Vous ne devez pas lui en vouloir, il n’a sous doute même pas conscience de ses contradictions.

Le mythomane n’est pas un vicieux, il essaie d’embellir les contours de sa vie ou de la rendre plus intéressante que ce soit dans le positif ou le négatif, il a l’immense besoin d’être reconnu comme quelqu’un d’exceptionnel à qui il arrive toutes sortes d’aventures.

Dans le monde qu’il se créé, il ose ce que la plupart des hommes aimeraient faire et être, alors que la pression sociale est forte et les cantonne dans une petite vie programmée et monotone.

Le mythomane est un rêveur qui vit son rêve, du moins dans sa tête !
Et chaque réveil n’est qu’un intermède entre deux rêves !

11:32 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (13) | Lien permanent