17/03/2014

Entr'actes

Demi-face rieuse IMG_9375.jpg

Surprise entre deux scènes

La comédienne

Dans l’embrasure

Sourit

À ceux qui ne la voient qu’à moitié.

Qui a dit que la face cachée

Était toujours la plus belle ?

08:57 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Lien permanent

13/03/2014

Une compagnie programmée

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Planter le décor

S’enfoncer dans la forêt profonde là où les troncs serrés cachent la visibilité

Prendre un animal de compagnie, celui qui parfois rue dans les brancards

Pas l’autre à la robe pâle dont la douceur égale l’obéissance

Prendre celui qui a du tempérament parce qu’il nous ressemble

Et parce qu’on aime être aimé par quelqu’un de déterminé

Tirer sur la longe tant de fois pour l’empêcher de s’arrêter

Et de brouter sans vergogne alors qu’il vient juste de manger tout son soûl

S’arrêter dans une clairière pas vraiment claire

Lui parler à l’oreille

Entendre son long souffle frémir

Écouter sa voix silencieuse

Ses braiements inaudibles

Le temps d’une trêve

Sérénité partagée

Tendresse

Laisser couler le temps

Comme une goutte d’eau sur la feuille assoiffée …

11:59 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Lien permanent

11/03/2014

Tendresse

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06/03/2014

Satellite

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Je pourrais dire

On se connaît

Mais je ne le dirai pas

Cela suppose une intimité

Que nous n’avons pas.

Toi tu ne me connais pas

Je n’erre pas dans les couloirs de la célébrité

Je n’ai pas mon nom sur les affiches

Je ne signe pas d’autographes

Je n’amuse pas la galerie

 

Dans la foule qui t’adule

Je suis si près que je pourrais presque te toucher

Fantasmer sur mon approche de toi.

Des murailles pourtant m’encerclent.

Hors de ton monde

Ton rayonnement ne m’atteint pas

Les satellites suivent leur trajectoire

Loin de l’objet de leur désir

 

Que n’ai-je connu l’idolâtrie

De l’adolescence

Pour m’en sauvegarder à jamais ?

Trop tard pour dévier le cours du temps.

Tu as crié:

On a toujours le choix

Tu ne sais pas de quoi tu parles

Hormis pour toi

 

Je vais rentrer chez moi

Seule

Avec ce poids qui grince

Je vais prendre ces bonbons blancs

Qui me feront voir

Des ombres pastel

Et qui le matin estomperont la pseudo légèreté du corps.

 

Et tout le jour

Qui suit

Traîner

Ce plomb gluant...


13:08 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (10) | Lien permanent

28/02/2014

Un jardin à l’autre bout du monde

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J’avais traversé plusieurs provinces pour retrouver l’endroit. La dernière lettre que j’avais reçue parlait d’une fin imminente, je n’ai pas pu l’atteindre, ni communiquer avec lui. C’était à l’image de ce qu’avait été notre vie commune, si on peut appeler ça comme cela. Je ne sais pas pourquoi il avait tenu à me faire ses adieux, lui qui ne cessait de répéter qu’il détestait dire au-revoir, qu’il préférait partir sur la pointe des pieds en sachant se faire oublier. Il ne laissait aucune trace, changeait de téléphone, devenait un sans domicile fixe, un sans attaches fixes aussi. En avait-il eues ? D’après lui, oui, il avait fondé une famille, il avait eu une femme, des enfants dont il refusait de parler. Il avait eu une vie, un travail passionnant dans le domaine de la recherche, il n’en parlait pas non plus. Je me suis parfois demandé s’il n’était pas espion ou s’il se livrait à des activités peu recommandables.

Un jour il était venu vers moi, je ne l’aurais pas remarqué s’il n’avait pas fait le premier pas. Il parlait merveilleusement bien, avait énormément d’humour, pratiquait la critique de la société et même la poésie, je me disais que c’était un homme complet : sensible, travailleur, cultivé, révolté pour ce qui le méritait. Les moments en sa présence coulaient comme une source intarissable.

Il lui arrivait cependant de se murer dans un silence inexplicable. Était-il bipolaire ? Souffrait-il d’un mal mystérieux qu’aucune présence n’aurait pu soulager ?

Il me parlait d’une rupture imminente, de couper les ponts avec sa vie passée, de balayer les scories qui entravaient sa marge de liberté, de construire une nouvelle vie. Jamais il ne m’intégrait dans ses projets bien qu’il ait fait preuve souvent d’une attention délicate dans ses rares moments de partage, ses rares moments de douceur.

Un jour après quelques jours d'absence, il disparut définitivement. J’ai essayé de le contacter à maintes reprises, mais comment contacter quelqu’un qui n’est plus là pour vous ? Il m’a envoyé un message laconique : son style fleuri avait été remplacé par un style télégraphique. Les quelques questions que je lui ai posées n’ont eu que des réponses évasives. Il voulait être seul pour digérer son histoire, se reconstruire avec les valeurs qui lui restaient encore.

J’ai appris bien plus tard qu’il était heureux et n’avait pas envie de revenir sur ses pas, il avait rencontré un être qui comblait tous ses désirs. Je savais pourtant que la constance n’était pas une de ses qualités. Il savait y faire quand il parlait d’authenticité, de sincérité …moi aussi, j’ai été dupe de ses mots trompeurs et j’ai essayé d’oublier.

Et puis, j’ai reçu cette lettre du Canada, une femme que je n’identifiais pas m’a écrit me disant qu’il était malade et qu’il se souvenait de sa confidente des jours noirs. Il voulait me revoir, me parler ; me dire ce qu’il n’avait jamais pu me dire dans l’appréhension des adieux. Il me connaissait bien, il savait à quel point j’étais sensible, à quel point j’avais éprouvé de la tendresse pour lui, il savait qu’il avait été bien cruel de ne pas me dévoiler les remous de son âme ; il comptait sur mon amitié pour lui pardonner je ne sais quoi ; plus des paroles non dites que des actes de fuite.

J’ai pris l’avion, une voiture de location ; à l’autre bout du monde, mon ami, celui que j’avais toujours considéré comme tel, m’attendait ! Que je ne sois pas son type de femme ne lui importait plus, seule mon amitié comptait, cette amitié qu’il avait refusé de reconnaître par peur de mettre un péril une sécurité affective bien précaire. Il n’avait plus reconnu que notre belle connivence des esprits avait été réelle et porteuse d’espoir. Je suis arrivée trop tard, l’adresse n’était pas précise et j’ai dû beaucoup chercher dans ce pays que je ne connaissais pas un homme que je ne connaitrais plus jamais.

Il faisait déjà une nuit nappée d’une légère brume mais le jardin n’était pas fermé, ici on ne craint pas les profanateurs de tombes.

Au loin un calvaire classique appelait au recueillement pour ceux qui croient à une vie ultérieure. A l’époque bien qu’ayant été élevé dans la religion catholique, il avait perdu la foi, ne l’avait-il jamais eue ou n’était-elle qu’un héritage ? Il prétendait avoir foi dans la justice des hommes même si elle était bien souvent sabordée…il pensait que le monde pourrait changer, devenir meilleur …

Je suis restée près de ce qui restait de lui dans la nuit qui s’enfonçait dans une obscurité pacifiée. Pour la première fois depuis des années, j’ai retrouvé la chaleur de la connivence et j’ai pu enfin lui parler comme à un autre moi-même…


 

21/02/2014

Longtemps

Longtemps

 

Nous avons marché

Côte à côte

Dans nos mondes qui ne pouvaient interférer.

Plus que la logique des mondes

Il y avait nos volontés coordonnées.

Elles étaient toutes puissantes

Agissaient sur le fil du temps

Sur les cassis de l’espace...

 

Au fond de nous

Nous savions

Ce qu’un tel sursis a

D’exceptionnel.

Nous savions

Mais nous ne voulions pas admettre

Qu’un fil ténu nous reliait

Et qu’il devrait subir les assauts du vent.

 

Nous marchions tête baissée

Vers les tornades qu’habilement

Nous évincions

Nous étions capables des pires folies

Et notre force en était décuplée...
 

 

16:37 Écrit par Saravati | Commentaires (4) | Lien permanent

15/02/2014

Un monde à part

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Tu vivais dans un monde à part

Virtuel

Ponctué de quelques parenthèses de réalité

Je savais que tu passais les ¾ de ta vie devant ton écran

Que tu te levais de bonne heure

Te couchais tard

Et que parfois tu te décollais quelques heures obligées pour vaquer aux besognes

Du commun des mortels.

Tu n’avais pas le temps de t’attendrir sur quelques pensées émotives

Venues sans crier gare perturber ton calme olympien.

Et s’il t’arrivait de t’arrêter devant un visage troublant

Bien vite tu reprenais le fil de tes rires

Et balançais cette ébauche de sérieux d’un grand revers de coude.

 

Je pensais parfois à celle invisible ici qui partageait ta vie et travaillait avec toi

Constituait ta seule attache, celle dont tu ne prononçais jamais le nom pour la rendre diaphane

Lors de tes échanges de courrier.

 

A ta manière, tu devais l’aimer

Parce que tu l’avais décidé un jour

Et pour toi cela signifiait à jamais

Mais ton esprit dérivatif avait besoin d’autres nourritures

Et le virtuel s’y prêtait à merveille.

 

Je pensais à elle qui ne t’attendait plus

Qui savait depuis longtemps qu’il ne faut pas contrarier la bête

Pour s’assurer sa fidélité

Qu’elle ne devait en aucun cas attirer ta rancune

Car tu ne connaissais pas le pardon.

Je pensais aux trésors d’ingéniosité qu’elle devait s’inventer

Pour accepter son trop peu d’existence.


 

14:34 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (8) | Tags : virtuel, réalité, attache | Lien permanent

10/02/2014

Chaque millimètre

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J’ai gravi chaque millimètre qui menait jusqu’à toi et quand j’étais à ce fil infime de pouvoir t’atteindre, le sol devenait extensible. Indéfiniment.

Tu faisais bien mine de me voir entre deux rives imaginaires, m’envoyais un signe de la main ou une grappe fruitée de mots d’automne.

Je faisais mine que ces cadeaux existaient en vrai, je faisais mine de les accepter, de les chérir même, de les bercer au pied de mon lit juste avant que tombe le voile du sommeil serein.

Et le matin, ces cadeaux en rêve continuaient de hanter les mailles du conscient.

Ton coup de baguette magique, là, tout le long.

Dans le doré des heures factices.

10:27 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Tags : doré, rêve, sommeil, gravir | Lien permanent

03/02/2014

Lignes vertes pour égayer le gris

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Dans ma grise vie

Un matin d’hiver

Tu as sans prétention

tracé de longues lignes

vertes  

Traînées d’espoir

Délicates et tendres

Qui donnaient à ma griseur

Un avant-goût de printemps

Evacuaient la monotonie des jours

Paraient les nuits de lueurs boréales

 

Longtemps après la fin de cette saison dorée

Et ton départ pour des rivages ignorés

Les murs tressaillent encore

De l’émotion perlée

Suivent les volutes frêles

 

Nos rires évanouis …


 

15:09 Écrit par Saravati | Commentaires (9) | Tags : lignes, rires | Lien permanent

24/01/2014

Corridor d’hôtel

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La belle noire promenait son chariot à travers les couloirs étroits.

Des piles de linge immaculé formaient des montagnes de perspective de propreté.

Son matériel de secours discrètement placé sur la planche du bas l’obligeait à chaque étape à se baisser vigoureusement et entretenir un mal de reins en formation.

Je la suivais du regard et j’avais envie de fixer sa belle silhouette ronde et ce beau visage presque lisse qui la surplombait.

Je n’ai pas osé m’arrêter près d’elle, j’avais peur qu’elle se méprenne sur mes intentions, je voulais juste capter l’émouvante beauté de l’effort.

Je ne savais pas encore que ses sœurs de couleur vaquaient elles-aussi aux mêmes occupations aux autres étages d’autres hôtels.

Pour s’élever, avoir une place, un travail, elles devaient passer leur temps à se baisser à nettoyer les crasses des nantis.

Pour offrir des études à leurs fils qui devraient plus tard occulter la couleur de leurs origines pour être acceptés à part égale, elles continuaient à courber l’échine comme elles avaient appris à le faire depuis la nuit des temps...

 

 

11:39 Écrit par Saravati | Commentaires (20) | Tags : couloir, travail | Lien permanent