19/05/2008

Des histoires pas comme les autres...

Je voudrais vous faire découvrir un livre qui n’est pas de moi mais dont j’aime beaucoup la force évocatrice.
Il s’agit d’un recueil d’histoires brèves « La planète verte » écrit par Arcangelo Petranto’ et publié par « Les déjeuners sur l’herbe », Herseaux, Belgique.

Je reprends ici (avec l’autorisation de l’auteur) quelques extraits de l’une d’entre elles intitulée « Mes idées ».

J’ai décidé dorénavant de ranger mes idées dans des tiroirs. Pour d’évidentes raisons d’efficacité, de commodité et de sécurité.
(…) Rien de plus agaçant, en effet, lorsque l’on cherche une idée de devoir commencer à fouiller dans un capharnaüm mental.
(…) Les idées sont, par nature, chaotiques et doivent par conséquent, à mon sens, faire l’objet d’un principe d’ordre.
(…) Dans un tiroir, les idées peuvent dormir, grandir, éclore (et puis il suffit de les cueillir au moment adéquat).
(…) Pour les meilleures idées, des tiroirs faciles, confortables, accessibles. Pour les idées récalcitrantes, des tiroirs de seconde main, des tiroirs périphériques, d’accès problématique. Quant aux idées perverses, je prévois des tiroirs-cachots, voire de tiroirs-oubliettes. Et pour les idées suicidaires, des tiroirs au long cours pour leur permettre de guérir.
(…) Grâce à mon grand projet, je vais pouvoir enfin me débarrasser d’un poids encombrant, de mon invisible sac à dos cérébral. N’ayant plus d’idées sur moi, je deviendrai plus léger, plus serein. Vide en un mot. Je ne craindrai plus rien ni personne.


Ce texte savoureux n’est qu’un petit exemple du contenu de ce recueil étonnant où se mêlent le fantastique, l’humour, l’ironie, la science-fiction, l’histoire vraie ou imaginaire, l’absurde…
Un super-concentré des grandes interrogations de la société : avancées technologiques, guerres, pollution, choc des civilisations…et bien d’autres sujets traités d’une manière visionnaire et incisive.

Je pourrais comparer cet extrait de « Mes idées » au poème « Le savon » de Francis Ponge par son côté faussement matérialiste.
Ici l’auteur parle de son contact avec les choses que l’on nomme idées, des idées qui peuvent revêtir des formes bien différentes qu’il faudra traiter à la carte.

Un regard aigu mais aussi empreint de poésie, une poésie qui s’exprime aussi dans le rythme de l’écriture , une  poésie qui réside dans les choses elles-mêmes (ici les idées), si insignifiantes puissent-elles paraître.
L’homme qui essaie de pénétrer dans le monde des pensées se donne l’impression de les diriger, de les classer, d’être maître de la situation. En fait il n’en est rien : débarrassé de son sac à dos cérébral, il n’est rien, il est vide…cela peut signifier aussi prêt à s’enrichir de nouvelles expériences !

14:34 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (2) | Lien permanent