12/07/2008

Musée de la photographie-deuxième tableau

Une petite blondinette est arrivée en retard avec sa maman. Qu’importe qui a retardé l’autre !

Sur la liste des invités « quidams », on n’attendait plus qu’elles pour commencer la visite.

Petite fée turquoise au milieu des clichés noirs, blancs, multicolores.
Sourire déjà poseur de l’enfant qui connaît déjà, à trois ans, l’étendue de son charme.

Les salles ouvertes se succèdent sur des photos disposées selon l’humeur du directeur du musée, sans véritable dessein explicite : privilège que l’art a le droit de s’arroger.

La guide très professionnelle situe le parcours des photographes, répond aux rares questions des invités.

Sylvie, petit bout charmant, seule enfant au milieu des adultes sérieux, occupe l’espace dans l’autre salle, grimpe sur les bancs, saute, court, appuie son joli visage contre une fenêtre.

Mais tout cela, en silence : on a dû lui faire la leçon :  elle porte déjà sur ses frêles épaules la conscience de ses responsabilités. Dieu merci ! Cela ne lui a pas ravi son sourire ravageur !

12:59 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

11/07/2008

Musée de la photographie - premier tableau

 
Dans le musée
La petite Sylvie courait
Photographie vivante
Au milieu des clichés figés
Tandis qu’autour d’elle
Les grandes personnes écoutaient la guide
En lui jetant de tant en temps
Un regard courroucé ou tendre

11:49 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (1) | Lien permanent

07/07/2008

La maison est un buvard

La maison est un buvard
Elle absorbe tout son passage
Elle s’ouvre béante
Pour laisser passer vents et marées

La maison s’abreuve des pluies torrentielles
Des orages tonitruants
Elle écartèle les murs
Dessine de grandes fissures

Elle inonde meubles et papiers
Décolle le plâtre du plafond
Dévoile ses organes cachés
Sans pudeur, sans façon

La maison est au plus mal
Elle crie son désespoir d’avoir été négligée
Délaissée pendant toutes ces années
C’est sa façon de pleurer
De s’ouvrir au ciel ombragé

Elle accueille les feuilles
Dans les gouttières
Elle laisse les herbes l’envahir
De partout

C’est sa manière de crier
Je vis
Aidez-moi à garder la tête haute
A renforcer mes structures
A dérider ma peau flétrie

L’homme l’a entendu soudain
Il a promené ses échelles
Sur ses coteaux escarpés
Il l’a lavée de ses souillures
Il a épongé ses pleurs
Il a gardé la porte ouverte
pour qu’elle sèche
Au soleil futur

L’homme et la maison
Pour l’instant réconciliés
Se sont coalisés
Contre les prochaines moussons

Cette nuit, ciel  étoilé
La maison épuisée
Peut s’endormir
Du bon côté

11:29 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

03/07/2008

Relooking

Ma vieille maison a mis son chapeau du dimanche, il y a bien longtemps qu’il n’apparaissait plus comme tel, déformé par les intempéries, les champignons, les infiltrations. Je ne  reconnais plus ma demeure , ou plus exactement je ne l’ai jamais connue comme cela dans ses beaux apprêts.

Malheureusement son couvre-chef jure avec ses autres atours :  sa longue robe briquetée s’effiloche, se fendille, se grise ; ses bijoux portes et ses bijoux fenêtres ne sont plus que des joyaux fatigués, ternes, la brillance les a désertés, le vent les a fissurés.

La belle toiture nouvellement installée attire l’attention, mais aussi témoigne, par opposition,  du dénuement du reste de l’ensemble.

Vais-je laisser ma maison sur sa faim de retrouver sa séduction ? Vais-je accepter les quolibets des passants qui ne manqueront pas de rire de ces contrastes ?
Vais-je surtout pouvoir supporter le coût de ces caprices vestimentaires ?

Maintenant que ma maison a subi un premier lifting, serai-je entraînée dans la spirale de la chirurgie esthétique domestique ?

16:48 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

30/06/2008

Un intérêt réciproque

Qui a un jour décrété que les vaches étaient des animaux stupides ?
Est-ce leur allure molle et imperturbable, leur œil plus qu’évasif, leur ruminement flegmatique ou leur plumet chasseur de mouches qui les a reléguées au simple rang de pourvoyeuses amorphes d’hectolitres de lait ?
Est-ce le machisme ambiant qui voit en elles une extension d’une maturité paissante ?

Oui, si les vaches produisent du lait, c’est à partir de leur première mise à bas et de traite en traite, on alimente leur fonction de vache à lait. En fin de journée, leurs pis lourds leur donnent des allures de grosses mémères, confortant leur image d’intelligence limitée.

Ce soir, en allant me promener sur les chemins de terre, j’ai rencontré quelques spécimens vaches, la plupart indifférents. Au milieu du troupeau apathique, l’un d’elles, finement vêtue d’une belle robe blanche et noire, s’est détachée, intriguée par ma présence. Un observateur extérieur aurait pu s’amuser de l’étrange chorégraphie muette que nous avons inventée ensemble. Derrière les fils barbelés, la vache s’approche de moi, j’avance vers elle, je tends la main, elle recule d’un mètre, je recule à mon tour, elle avance de nouveau, me regarde dans le blanc de l’œil, me jauge de son regard subitement devenu attentif…et rebelote.


vache 5

 

Ce manège a dû inquiéter la fermière voisine qui, sortie de sa maison, nous observe de loin. S’imagine-t-elle que je puisse avoir de mauvaises intentions ? Ça fait des années que je passe par cette route, c’est la première fois que je la rencontre (je me demandais même si c’était une ferme fantôme : aucun être vivant aux alentours) Est-elle inquiète du comportement de la vache ou plus vraisemblablement du mien ? « Elle est particulièrement sauvage, celle-là » , me dit-elle. Etrange : c’est la seule qui a réagi à ma présence en me saluant à sa manière discrète, la seule qui ne soit pas indifférente aux aller et venue des promeneurs. La sauvagerie de la vache ne serait-elle pas le fantasme de sa propriétaire  qui préfère sans doute que l’animal ne fraye pas avec des étrangers ? On ne sait jamais !

Devant le visage fermé de la femme, j’ai pourtant le dernier mot : « Elle n’a pas l’habitude de faire l’objet de tant d’admiration. » La fermière acquiesce d’un mouvement de tête, mais sans sourire. Cela clôt définitivement cet incident champêtre. Je m’éloigne sans saluer.

15:22 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent

18/06/2008

Des fraises et un bain

Notre région est réputée pour ses pépinières et, à la fin du printemps, pour ses belles fraises parfumées.
Quelques jardiniers particuliers rejoignent les professionnels et proposent eux aussi les produits de leur culture. Les écriteaux géants représentant une grosse fraise épanouie fleurissent alors le long de nos routes de campagne.

Parfois des groupes de cyclistes avertis traversent en trombe les villages, parfois ce sont des cyclistes du dimanche qui s’acharnent sur les pédales peu rodées en combinant (manque d’entraînement oblige) rythme ralenti , irrégulier et haltes intempestives supplémentaires.

Un groupe de huit personnes de la deuxième catégorie arpente les rues. Calmes, relax, pas de défi à relever, de record à battre, seulement le désir de profiter du beau temps et de leur cordiale compagnie.

Les deux retardataires du groupe ont repéré la pancarte « fraises » devant une petite maison adjacente à un jardin fleuri. Tant pis pour le retard, la gourmandise impose une pause. Une vieille dame dans le jardin accourt ; « Elles sont petites mais naturelles, fraîchement cueillies. J’attends de les vendre toutes pour aller prendre mon bain ». Il est 17h30 ! Le couple à l’arrêt n’a pas vraiment le choix : « On prend les deux derniers raviers ». Soulagée, la vieille dame dévoile quelques pans de sa vie privée, comme pour s’excuser : « Mon mari m’aidait au jardin avant de tomber malade, aujourd’hui, le moindre geste lui coûte temps et effort.». Le couple compatit, regarde vers la route où le reste du groupe a déjà disparu. « Il était actif lui aussi, mais pour le jardin, pas de vélo comme vous, ça demande une dépense d’énergie bien supérieure ».

Si elle savait combien ce genre d’exercices est l’exception pour ces cyclistes du dimanche ! Un peu de chaleur humaine : « Quand je passe, je vous en rachèterai ». « Ça ne durera plus que huit jours, après je vends mes framboises ». Décidément, elle n’a pas perdu son sens commercial, ni son courage.

Peut-être que ces rencontres de bord de route sont-elles une des rares activités sociales qu’elle se permet encore face à un mari qui demande une attention constante...
Nul doute : au moment de déguster les fraises, nos deux cyclistes égarés auront une pensée émue pour la marchande improvisée.

14:08 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent

12/06/2008

Visite guidée : activités parallèles !

Une petite pelote déformée dormait dans le fond du terroir de Mammy, depuis combien de temps, certainement un bail.

Alice a découvert à 8 ans les joies du tricotin, une vieille technique héritée du temps où les femmes utilisaient des bobines de fil en bois. Sur la bobine vide, on clouait 4 clous à tête et on nouait un fil de laine que l’on tournait autour des clous, avec la laine dans le creux de la bobine une belle chaînette ronde se formait peu à peu, ruban spongieux destiné à divers usages, belle décoration de catogan.

Aujourd’hui le modèle a évolué, les clous sont remplacés par des espèces de trombones …et la bobine a un design qui n'a plus rien d'une bobine.

Alice qui doit accompagner sa grand-mère à une activité « adultes » (visite d’un site archéologique) voudrait emporter sa "quenouille".

Dans la voiture, sur la route, elle a commencé son ouvrage… Plusieurs enfants sont présents sur le site, ça gigote pas mal, les garçons s’échangent des monstres en plastique : un dragon contre un dinosaure. Mais l'activisme aidant, le dragon a perdu un membre,vite retrouvé par la maman, puis la tête, de nouveau retrouvée par la maman, après avoir mis quelques personnes à contribution dont Alice et les autres enfants.

Dans le feu de l’action, la pelote s’est emmêlée les pinceaux et s’est enrichie d’une myriade de nœuds plus ou moins serrés. Mammy se propose de démêler la situation mais les nœuds sont récalcitrants ; Sara, une amie de Mammy, qui connaît Alice se propose de prendre le relais.

Au lieu de suivre la guide dans la villa romaine reconstituée, elle s’installe sur un muret entre deux colonnes et travaille d’arrache-pied. Sans compter son temps, elle s’obstine, Alice l’aide un peu mais s’agite surtout : elle voudrait reprendre son travail, elle tiraille par ci par là.

Pierre, un autre membre du groupe s’approche, propose son aide et avec ses gros doigts masculins commence la guerre des nœuds : il a plus de patience et de détermination que les femmes et c’est un vrai travail d’équipe entre les deux adultes, je dénoue, tu passes la boule… tu tournes, je dénoue plus loin, peu à peu la toile d’araignée touffue se détend, s’affine, disparaît ; petit à petit la petite boule s’arrondit, enfle, prend une véritable consistance. Pierre a travaillé dans le fil, le textile, il retrouve des réflexes archaïques. Les nœuds ont déclaré forfait, une boule proprette a remplacé la pelote difforme. Alice est heureuse et continue son ruban.

Quant aux deux collaborateurs sous ses ordres, ils ont perdu le fil du guidage, mais le merci  de la petite fille et son grand sourire valent tous les commentaires du monde !

09:00 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (1) | Lien permanent

02/06/2008

Miroitement

fissure vitre def

 

Dans la vitre trouble
Une fissure nette reflète les variations du soleil
Et raconte l’humeur changeante des nuages

Brillance et ternitude se succèdent
Derrière le voile grisé.

11:59 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent

30/04/2008

Cameron

Cameron bâille goulûment dans l’herbe
s’enroule, se déroule
peluche ronde et noire
dans le vert du gazon

Invitation à la caresse
Pour la main qui s’approche
Cameron offre son corps
doux et chaud
au soleil de mars

Cameron voudrait bien garder
La chaleur de la main
Sur son poil lustré
mais le géant penché
rappelle la main
Cameron présente ses doux coussinets
mais déjà la main
s’est envolée

Humains peu serviles injustes
avares de gestes calins
Cameron pourtant
est sans doute
le plus sensible  
des félins

chat noir 3


Imperturbable et triste, Cameron
bâille de nouveau dans l’herbe
Continue de s’enrouler, se dérouler
noire peluche ronde
aux yeux verts gazon

Pas de chance :
dans un autre univers peut être
les chats réclamant
des caresses
seraient servis sur un plateau d’argent
avec une pincée de tendresse.

12:11 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (1) | Lien permanent

08/04/2008

Pères du 21e siècle

Deux photos prises aujourd’hui au hasard de mes déplacements :
 
Un jeune père de type méditerranéen, la poussette au bras, le bébé sur l’autre bras, se traîne  dans le centre commercial. Il ne donne pas l’impression d’être dans son rôle traditionnel, un peu inquiet, voire anxieux, en tout cas plutôt embêté.
 
Il ne parle pas à l’enfant, du moins pas à voix haute, un murmure peut-être, le regarde avec un petit air malheureux. Il va et vient dans un périmètre limité à deux ou trois mètres sans aucune intention d’élargir son champ de vision. Il semble ne pas avoir de but précis si ce n’est l’attente.

Attend-t-il sa compagne partie faire une course rapide ? Il fixe le visage de l’enfant curieux de tout ce qu’il voit.
L’enfant fait comprendre qu’il voudrait faire un tour sur la petite voiture électrique qui se trouve au milieu de la galerie. Le père s’exécute peu habitué aux demandes de l’enfant et voici bébé secoué sur le manège !

Ça ne dure pas longtemps, papa reprend bébé et cette fois-ci malgré quelques réticences le remet dans la poussette. Pour une nouvelle attente qui durera le temps qu’il faudra.
Les courses et les enfants sont des vecteurs de notre apprentissage de la patience.
 

Un petit snack dans le vieux quartier. Ambiance conviviale.
Nos voisins : six jeunes hommes, à l’extrémité l’un d’eux un enfant sur les genoux. Ils rient, ils se trouvent bien ensemble. Ils boivent de la bière, l’enfant du coca (déjà !). Le jeune père de famille attentif aux désirs de l’enfant.

Le repas vite fait est terminé, on se lève, le père le dernier prépare l’engin à trois roues qui porte habituellement son bambin. Mais l’espace est compté, il doit bouger quelques chaises pour préparer le passage. Voilà c’est fait, bébé confortablement installé, trône sur sa poussette tricycle. Un dernier regard sur et sous la table : aurait-il oublié ou jeté quelque chose ? Apparemment le seul vestige de leur passage est une boulette en papier chiffonnée, sans doute pour un instant un jouet pour l’enfant !

Le signal du départ est donné avec quelques coups maladroits dans les pieds de chaises trop envahissants et les sourires attendris de quatre femmes installées à une table voisine et se trouvant dans la trajectoire.

Apprentissage de la paternité égal à celui de la maternité, les pères d’aujourd’hui n’ont rien à envier à leur compagne ! Et en plus, ils sont comblés par l’indulgence des regards féminins qui s’attardent sur eux. Pour les femmes, une mère avec un enfant n’est au contraire qu’un banal spectacle quotidien !

10:26 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent