16/01/2009

Cache-cache

2 troncs verticaux 8646- 11

 

Reporter d’une heure, un jour

La discussion vaine

l’heure de la confrontation

Appelée autrefois conversation

 

Se rétracter derrière la carte de l’indisponibilité

Se déclarer engoncé dans des besognes

harassantes, imminentes, obligées

 

Oublier la présence lointaine, à peine perceptible

Partir en quête de nouvelles égéries

Renouveler sans cesse le plaisir subtil

de la découverte

 

Et recommencer ailleurs

Une autre illusion

Les mots doux

Les promesses faciles

Pourvu que l’autre

Se tienne coi

Pourvu qu’il ne se manifeste pas

Pourvu qu’il ait déjà intégré l’absence

D’ailleurs fut-il un jour

Autre qu’une parenthèse,

une émotion fugace, évanescente…

 

Fin de partie de cache-cache

Château de sable écroulé

Rideau baissé

Fin du spectacle

Nouvelle représentation bientôt

Ailleurs, demain, plus tard

Autres partenaires

Autre scénario pourtant si semblable

Remake !

17:26 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

10/01/2009

Fissures

billes or rouge  3 - 528

 

Les fissures sont là, ancrées. Le temps qui passe ne les émousse pas, ne les nivelle pas, il laisse éclore encore davantage la fleur de la douleur enfouie.

Rien à l’extérieur ne présage de l’orage latent qui gronde sous la peau, de la révolte sourde qui frémit dans l’esprit. Consensus illusoire, l’esprit a transcendé le corps, le corps a fait comme si tout allait bien, couvert par des apparences trompeuses, façade érigée malgré soi devant la société.

Grandir avec cela, en assumant à chaque instant le poids de son existence, terrible responsabilité pour l’enfant devenu adulte et qui se révolte contre les choix que la vie lui a imposés, les erreurs de programmation génétique, les moyens qu’il estime maladroits pour y remédier : les tortures de la médecine, les chimies de produits toxiques, le rôle de cobaye parce que l’alternative n’existait pas, les opérations mutilantes et pourtant salvatrices dans l’immédiat… simple numéro parmi les adhérents involontaires à la différence.

Personne n’est parfait mais quand chaque jour qui vient le rappelle à travers des rituels tellement lourds et contraignants, culpabilisants… comment arriver à une forme de sérénité ?

Comment ne pas avoir envie de chercher ailleurs : d’autres médecines, d’autres drogues, d’autres regards, d’autres manières de vivre, d’accepter l’inacceptable ?

Je comprends la rancœur de la branche à moitié cassée qui s’accroche et hurle, je comprends son cri qui vient du profond de son âme, il se manifeste tantôt par l’humeur, la mauvaise foi, le mutisme, la colère. Il est légitime, il clame : je veux vivre complètement …

Et moi, ici, loin de cette réalité vécue par l’autre, je pleure de n’y pouvoir rien faire, impuissant, inutile, un poids mort pour celui qui souffre.

20:15 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (10) | Lien permanent

30/12/2008

Transfuges

branches feuilles 268

 

En vain, longtemps, j’ai recherché les mots, ceux qui, tels des vagues souples remontaient à la surface de ma conscience.

Mais rien ! Ils s’étaient dissipés dans une autre dimension, engloutis dans quelque crevasse de la blogosphère.

Avec le recul de la nostalgie, ils avaient revêtu leur plus belle apparence.
Et dans l’écho de ma mémoire, leur chant scintillait de mille feux.

Ont-ils vraiment vibré ?
Ou alors quelque part, dans d’autres couloirs de réalité, perdus entre deux mondes.

Longtemps encore, je garderai leur goût, leur parfum, leur résonance pour conjurer d’ici le vide du silence.

12:02 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (8) | Lien permanent

23/12/2008

Spleen

feuille automne rouge

 

Encore un automne sombre, encore une feuille qui se déposera un instant sur ton jardin embrumé et qui pourrira, transpercée par la pluie.
L’âge mûr, le lieu du non-retour, sinon dans l’esprit, tes sensations s’estompent à la tombée du jour, mais ta douleur soudain attisée, au gré du vent qui en abuse, s’éveille et te tenaille.

12:16 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent

18/12/2008

Le regard des enfants

Redimensionnement de petite suedoise 1 rev

Chaque être humain possède un capital plus ou moins important de sympathie. Il semble que j’ai inconsciemment investi le mien dans les enfants.

Je ne sais pourquoi, au hasard de mes promenades, j’attire irrésistiblement leur regard. Un regard qui manifeste tantôt un intérêt sérieux tantôt une hilarité communicative.

Sans doute suis-je doté d’un visage aux muscles zygomatiques particulièrement actifs (à moins que ce soit des tics ou des tocs !).
Dans la foule, les gentilles petites frimousses me prennent régulièrement pour cible. Leurs grands yeux me dévisagent, les commissures de leurs lèvres s’écartent et ébauchent un sourire triomphant : ils ont trouvé en moi un écho à leur quête de la bonne humeur.

Et je fonds sous leur regard inquisiteur en m’appliquant naturellement à esquisser mes plus belles grimaces. Sourire ou rictus : les bambins font preuve d’une tendre indulgence envers les variations nombreuses de l’expression de mon faciès. Et pour couronner le tout, quand je joins la parole à l’expression, leur bonheur de m’entendre émettre des sons semble à son comble !
Mais je pense que ma réputation de clown est surfaite. D’ailleurs, dans la vie de tous les jours, il y a plus de clowns blancs que de joyeux lurons.

Devant le regard intéressé des enfants qui m’est pour un instant dédié, je suis capable de toutes les pitreries pour ajouter à leur allégresse.

Cependant, je suis parent, moi aussi, autre facette de ma personne.

Mes enfants, quant à eux, ne me témoignent pas autant de sollicitude. Lorsque je déploie mon théâtre gestuel auprès des enfants des autres, ils me manifestent une froide indifférence ou un certain mépris. J’illustre à ma façon l’expression : « Le cordonnier est le plus mal chaussé » : mes enfants n’apprécient pas mon succès auprès des enfants des autres, ils trouvent que je sors de mon devoir de réserve, que je représente pour eux l’autorité sans humour et que je montre ailleurs mon profil rieur.
Ils n’ont probablement pas tout à fait tort

Dur, dur d’être à la fois parent, adulte et spontané !

08:43 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

12/12/2008

le poète que j'aimais

ciel rouge arbre lune red 1

 

Je me souviens des bribes de poésies que le poète que j’aimais me susurrait à l’oreille.

Sans avoir de connaissance particulière en la matière, je pressentais la rythmique des mots, la fluidité des sons, la profondeur des pensées exprimées.

C’était, il est vrai, une époque de rencontres hors de la matérialité du temps, hors du poids démesuré des habitudes.

La vie dans sa banalité a ensuite repris le dessus.
D’avoir perdu la maîtrise du temps, d’être engloutie par les contraintes d’un milieu professionnel prosaïque, je suis devenue peu à peu imperméable aux connotations poétiques. J’ai oublié les doux émois de la créativité.

Aujourd’hui, loin de tout ce qui constitua ma vie pendant des années et sans doute plus lucide, je me souviens des paroles d’un poète que j’aimais. Quelques phrases éparses par ci, par là chantent au fond de ma mémoire.
Aujourd’hui peut-être vais-je enfin redécouvrir la musique des mots.

Il était une fois un poète que j’aimais…

11:04 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (7) | Lien permanent

09/12/2008

La jeune fille et le fleuve

Les choristes s’en donnent à cœur joie, leurs voix légères ou profondes, hautes ou basses s’élèvent au-delà des berges du fleuve ou se heurtent aux murs crépis de la placette écrasée de soleil.

Mais tandis que les sourires fusent sur les visages des spectateurs, j’observe le fleuve.
Une ombre s’y dessine, si proche du parapet. Une jeune fille noire, inquiète regarde à gauche, à droite, se retourne, l’air fuyant.

Attend-t-elle quelqu’un ou le fuit-elle ? Imperméable aux chants joyeux, indifférente aux mouvements de la ville.

Elle est là depuis plus d’une heure comme un animal aux aguets.
J’ai peur. J’essaie d’entrer dans son monde intérieur.
Je m’approche, essaie de lui parler.

Elle se mure dans son silence, refuse même de croiser mon regard.
Inconsciemment elle me communique sa peur.
A ses pieds gît un cartable, son cartable abandonné, comme elle l’est ce samedi après-midi.
Voilà 24 heures que l’étudiante aurait dû rentrer chez elle.
Elle est si jeune. Quinze ans peut-être. Elle tremble de rentrer. De qui a-t-elle peur ?

J’appelle du renfort à la rescousse.
A force de discuter à sens unique, on a découvert une adresse sur l’étiquette de son cartable

Une représentante des services sociaux l’a prise en charge.
Cette nuit elle sera hébergée dans un milieu sécurisant.
Demain, après-demain, après avoir prévenu la famille qui doit s’inquiéter, on avisera.

Je garde longtemps en mémoire l’expression de ses yeux apeurés.

Quelques jours plus tard, au hasard d’un trajet en ville, je l’aperçois dansant sur le trottoir.

Si j’ouvrais ma portière, je pourrais peut-être même l’entendre chanter. Elle sourit.
Elle a retrouvé l’allégresse et l’insouciance qui doivent être celles de son âge

Belle faculté d’oubli de la jeunesse.

09:34 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (4) | Lien permanent

05/12/2008

Au fil du jardin(2) - UN AMOUR DE CHIEN

Avec la mort de sa grand-mère, Sylvie avait perdu son refuge à la campagne. Comme elle regrettait le superbe jardin qui était devenu le sien et qu’elle ne reverrait plus ! « Un jour, moi aussi, j’aurai mon jardin avec mes cactus, je l’installerai dans une région ensoleillée et j’y planterai toutes les fleurs que j’aime, j’y inviterai mes amis, j’aurai des animaux qui me tiendront compagnie. »

Devant la tristesse de Sylvie qui regrettait les beaux week-ends à la campagne, les parents étaient désarmés. Christophe, lui, avait bien sa bande de copains d’école. En grandissant on préfère souvent l’ambiance de la ville.
C’est alors que papa eut une idée, pour sortir Sylvie de sa mélancolie, il fallait lui donner un compagnon, il savait qu’elle aimait les animaux et il revint un jour avec un adorable petit cocker qui fut aussitôt adopté. Bien sûr, Belle n’était pas la propriété exclusive de Sylvie, les jours de chasse, il l’emmenait avec lui.

Mais la chienne eut tôt fait de manifester sa préférence pour la petite fille. Sylvie aurait bien voulu la garder près d’elle jour et nuit mais il faut quand même respecter un minimum de règles. Donc, chaque soir avant de monter se coucher, il y avait entre eux le rituel du gros câlin  …

Ce soir-là semblait un soir comme tous les autres : Sylvie était assise par terre près de la chienne, c’était l’heure des adieux, demain, l’école. Un peu vivement,  Sylvie se pencha vers la chienne.  Que s’est-il passé alors ? La bête était-elle dans son univers, elle s’effraya et mordit la fillette au visage. Sylvie abasourdie porta la main au visage, sentit la chaleur du sang sur sa peau, un filet rouge dégoulinait sur son beau pull blanc, descendait  sur sa jupe plissée. Que faire ? Avant de penser à elle, Sylvie pensa à la chienne qui serait forcément punie si ses parents apprenaient son coup de folie. « Il faut que j’aille jusqu’à l’évier sans que mes parents me voient »  Maman se rendit compte de son silence, l’appela : «  Que fais-tu Sylvie, tu n’es pas encore partie coucher ? Viens ici ». Sylvie ne bougeait pas, papa prit sa grosse voix en insistant, alors Sylvie se leva et vint les trouver. Maman  faillit se trouver mal en voyant le visage sanguinolent et la blessure près de l’œil droit . « Tu as l’œil crevé » cria-t-elle. Papa pragmatique parla de se débarrasser de Belle.
« Si elle a mordu une fois, elle recommencera, on ne peut plus avoir confiance… ». Sylvie, désespérée et prête à tout pardonner à la chienne qu’elle aimait tant , pleurait, suppliait papa de changer d’avis. Cette nuit là, elle dormit très mal, elle se voyait abandonnée de Belle et l’imaginait, aboyant, enchaînée dans la cour d’une grande ferme carrée.

A l’école, Sylvie, si timide, fut le lendemain le centre de tous les regards, les filles l’encerclaient, lui posaient des tas de questions. Sylvie, toute rouge, n’osait pas répondre de peur de dénoncer la chienne et de la faire détester de tous. Les élèves rentrèrent en classe, la maîtresse appela Sylvie à son bureau pour un interrogatoire serré …on ne sait jamais, les parents…des sévices…de la cruauté…

Alors pour sauver la face,  pour ne pas accuser son amie, Sylvie mentit pour la première fois de sa vie : elle raconta qu’elle était tombée sur sa chienne, qu’elle avait eu très mal et que sous l’effet de la douleur, celle-ci l’avait mordue. Que maintenant papa voulait donner la chienne, alors Sylvie ne put plus contenir ses larmes, la maîtresse la prit dans les bras, lui expliqua que ses parents avaient eu très peur pour elle. Les autres enfants dans la classe voyaient  les bras de la maîtresse autour des épaules de Sylvie qui pleurait. Sylvie se sentait très mal à l’aise, cet affreux moment semblait durer longtemps, longtemps !

Ce soir-là quand Sylvie rentra chez elle, elle chercha Belle et ne la trouva pas. Elle courut vers sa mère qui lui annonça que papa avait emmené la chienne chez le vétérinaire, il voulait comprendre ce qui avait bien pu se passer, Sylvie imaginait que le vétérinaire avait dû étudier la psychologie des chiens et pourrait ainsi lui répondre.

Une heure après, qui parut une éternité, papa revint avec Belle : le diagnostic était posé : Sylvie en s’approchant de la chienne avait touché son oreille douloureuse : Belle avait une otite et ce geste avait réveillé la douleur chez la chienne qui, par réflexe, l’avait mordue.
« Cela n’excuse pas son geste », dit papa, « mais cette fois-ci, je veux bien que tu la gardes à condition que tu ne traînes plus par terre avec elle, tu n’es pas une petite bête, tu es une petite fille ». Voilà Sylvie face à des obligations d’adulte : bien se tenir ! Pour l’amour de Belle
Sylvie était prête à tout promettre, même la lune. Elle savait qu’elle ne tiendrait pas ses promesses…mais qu’importe Belle resterait dans la famille !

Avant d’aller se coucher, Sylvie se regarda longuement dans la glace, elle était défigurée, la paupière, juste en dessous de l’oeil, le nez et une partie de la bouche allaient garder les traces de cet incident !

De toute façon, se dit Sylvie, devenue philosophe, c’est arrivé et punir Belle ne m’aidera pas à retrouver une jolie frimousse !
Ah l’amour, comme il fait souffrir parfois !

09:52 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Lien permanent

02/12/2008

Mirage hivernal

red arbres pointillés

 

Ce soir, escapade glaciale sur la neige hésitant entre le blanc et le transparent.
Mes doigts engourdis n’arrivent plus à fixer la féérie du paysage. Il va falloir remettre l’appareil dans son fourreau et glisser les mains glacées dans les poches.

L’allée interminable des arbres dénudés m’offre en perspective la vision de votre silhouette.
Là-bas à cinquante mètres, à vingt mètres, à dix, je pourrais presque vous toucher. Dans cette obscurité naissante, tous les rêves sont concevables.

Un ciel sans nuages, chape de nuages, sans relief, désespérément uniforme, laisse glisser ses larmes blanches ou diaphanes, au compte-gouttes maintenant.
La neige se craquèle, se coule ou disparaît sous les pas clairsemés des rares promeneurs

Je touche le fond de l’allée. Il fait presque noir. Le ciel gris prend des nuances de bleu, des nuances de nuit.

Vous êtes déjà retourné dans vos rêves, loin si loin des miens…

08:45 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent

26/11/2008

Au fil du jardin (1)

Dans l’esprit de la petite Sylvie, il y a avait deux types de grand-mères : les grands-mères aux cheveux blancs qui parlaient beaucoup et faisaient plein de calinous…et les grand-mères aux cheveux jaunes, beaucoup plus réservées.

La grand-mère de Sylvie appartenait à cette deuxième catégorie. Sylvie se souvenait des matins où Grand-mère peignait ses longs cheveux jaunes, les tressait et les assemblait en chignon, juste avant le petit déjeûner à la bonne odeur du pain grillé. Sylvie aurait bien voulu lui poser plein de questions sur son jardin mais Grand-mère était peu bavarde. Grand-mère aurait souhaité avoir une petite fille qui lui ressemblât, mais Sylvie ressemblait, disait-elle, beaucoup trop à son père. C’était comme si cette ressemblance avec quelqu’un –qui, somme toute, était un étranger dans la famille– avait érigé un mur entre Sylvie et sa grand-mère.

Et pourtant, Sylvie adorait les week-ends : la famille allait chez les grands-parents à la campagne, une belle maison avec six chambres et un grand jardin, un rêve pour des enfants confinés en ville ! Sylvie s’était construit un chez soi dans cette maison; pendant que les adultes discutaient, elle aimait fouiller partout. Elle s’approchait du buffet de la salle à manger : il était magnifique quoique très sombre (cela faisait un peu peur) avec ses personnages sculptés dans la matière qui semblaient la regarder. D’une main tremblante, Sylvie ouvrait les portes qui grinçaient, s’attendant à découvrir de nouveaux trésors : eh non, le beau service de grand-mère était toujours le même mais parfois, il y a avait des surprises. Au moment de Pâques, par exemple, des coupes contenaient une multitude de petits œufs à la liqueur, Grand-mère les réservait aux enfants du quartier qui passaient avec leur crécelle. Grand-mère devait être gentille et généreuse.

Et puis, il y avait le grenier de Sylvie. Sylvie n’aimait pas que son grand frère l’accompagne : il faisait plein de bruit et la taquinait constamment. Pendant que Christophe filait à l’anglaise pour profiter de sa liberté champêtre avec ses nouveaux copains, Sylvie se faufilait dans le grenier et revivait vingt ans après l’enfance dorée de sa maman :  tous les jouets étaient là, intacts, bien rangés : les poupées à tête de porcelaine aux yeux si doux, les meubles de poupée, magnifiques miniatures colorées, les petits services à café dont la dorure commençait à s’estomper. Sylvie passait des heures magiques au milieu de ces jouets d’un autre âge.

La cuisine débouchait sur une grande véranda qui s’ouvrait sur le jardin bordé de deux allées.
Pour y accéder, il fallait monter quelques marches. L’allée majestueuse était surmontée de treilles fleuries. Plus loin, un grand garage avec grenier, à côté du poulailler où vivaient des poules naines que Christophe aimait pourchasser en riant.

Sylvie adorait passer son temps à regarder les fourmis vaquer à leur travail incessant, à les suivre jusqu’à leur nid.

Elle ramassait avec une infinie patience les pétales de roses tombés sur le sol, les disposait dans une soucoupe pour les laisser macérer dans l’eau en espérant obtenir ainsi un mystérieux parfum qui n’eut jamais le succès escompté.

Oui, comme le disait sa maman, Sylvie avait bien hérité de l’amour de Grand-mère pour la nature et les animaux. Dans le jardin, Sylvie était heureuse, curieuse de tout. Elle observait chaque plante en essayant de l’identifier. Elle était subjuguée par les oponces avec leurs raquettes qui ressemblainet aux raquettes de ping-pong. Elle adorait les cactus.

Le commun des mortels imagine que les cactus sont des plantes agressives, pleines de picots, sans charme, intouchables ! Ils ignorent qu’une fois installés dans un milieu qui leur est adapté, les cactus sont créateurs de grande beauté : ils sculptent, cisèlent des fleurs magnifiques aux couleurs rares, aux pétales raffinés.

Sylvie s’asseyait au milieu des fleurs et rêvait qu’un jour elle aussi, aurait un jardin comme celui-là.

Mais quelques temps plus tard, Grand-mère mourut alors que Sylvie n’avait que six ans.
Sylvie ne revit jamais plus ces oponces et rangea ses rêves de nature dans un coin de sa mémoire d’enfant.

09:05 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (3) | Lien permanent