08/01/2010

Miroir


cadre photo

Elle n’avait jamais pris le temps de se regarder dans la glace, de feuilleter ces magazines au papier glacé que l’on dit féminins.

L’image de soi n’était pas sa préoccupation première, quelques brins de maquillage destinés à cacher son teint anémique, à fondre au premier coup de vent piquant, une coiffure échevelée apprivoisée jusqu’à la sortie, un zeste de parfum vite évaporé si pas grisant.

Miroir, mon beau miroir … n’était pas la cible des contes de fées et les princes charmants ne lui étaient jamais apparus hormis dans des rêves aussi vite dilués, sans doute bribes de films romantiques restés quelque part en persistance rétinienne.

Son prince charmant, pourtant, bien plus tard, elle l’avait rencontré sur la toile, bercée par de belles paroles et comme dans Cendrillon, il avait disparu quelques minuits plus tard, lui laissant quelques volutes éparses de souvenirs, après une tentative de matérialisation ébauchée et avortée
.

22:50 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (16) | Tags : miroir, image, conte de fees, cendrillon | Lien permanent

28/12/2009

Fièvre

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Baisse l’abat-jour chinois

Aux formes dragonnales

 

Petite fièvre fertile

Qui alimente en sillons

Ce beau front lisse

Et brûlant

Ferme le voile opaque

Sur ce soir enluné

 

A la lumière blanche ombrée des montagnes

Pour que les yeux puissent rester ouverts

Sans crainte de surbrillance

Pour que les paupières puissent continuer

Allégées leur battement de persiennes

 

La bouche desséchée

Te regarde avec ses petites

Commissures crevassées

Appelle la gouttelette qui

Distillera sa parcelle de fraîcheur

Dans ce petit corps moite et difforme

 

Attendre le jour

Que la fièvre capitule

Ou ne capitule pas

 

Savoir enfin

Si cette souffrance si longue et si morne

A jamais eu un sens

 

Au petit matin

Savoir enfin

 

S’approcher de cette forme avachie

Sur l’oreiller détrempé

 

Savoir enfin

Petit matin blême

20:07 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (2) | Tags : fievre, enfant, maladie, matin | Lien permanent

22/12/2009

Boucles enfuies

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Elle regardait ses boucles descendre l’escalier

qui de tête aux genoux venait de se former.

 


Sous les cliquetis impatients

Les belles boucles noires tombaient abandonnées

Volutes sombres se déclinant sur marbre blanc.

 

Tant d’amour dans ces fils s’était évertué

à leur donner mille fois

formes d’œuvres d’art tressées.

 

C’était son seul trésor, sa fierté, son orgueil

et ce jour d’aujourd’hui était un jour de deuil.

 

Sur ses joues lisses, coulissait une traînée rose, presque transparente

Le supplice était maintenant fini mais pour elle commençait

Le regard dans le miroir longtemps la hérisserait.

 

Elle referma la porte en serrant dans son poing,

plus un poing d’enfant et pas encore un poing  d’adulte,

un morceau de papier chiffonné,

le prix de la rançon !

 

21:47 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (14) | Lien permanent

16/12/2009

Couperet

Elle épingle les mots sur les ailes flétries du papillon déjà vaincu avant l’ébauche d’un combat aux forces inégales.

Sa langue perfide s’évertue à cacher son profil de vipère.

Elle se dandine entre les pierres des mots

Et ses mots sont autant de maux

qu’elle façonne de son lance-pierres.

12:46 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (14) | Lien permanent

01/11/2009

Disque rayé

Ma fille a dit que j’écrivais toujours la même chose.

Trop de sentiments, à son goût !

Dans la famille, on cultive les sentiments sous serre, pour pas qu’ils dérangent !
Le spectre des traditions sévit toujours !

C’est peut-être vrai que mon disque est rayé, enrayé, déraillé, griffé, dégriffé…

Ma fille est un juge impartial quand il s’agit de déshabiller mes pensées, de décortiquer mes délires.

J’en ai froid dans le dos ! Brrrr …

19:09 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (12) | Lien permanent

28/10/2009

Terre étrangère

Je ne reconnais plus ces visages

Plus sombres, plus noirs

Toisant les femmes d’un regard hautain

 

Ce coin de terre où je me perds parfois

Entre deux voyages dans mon ici-bas

Est en train de changer ses couleurs

 

Je prends leur arrogance

Pour de l’indifférence

Et je passe mon chemin

Au travers de leur transparence visible

 

La nuit, les visages sombres

S’assombrissent encore plus

Sauf les nuits de pleine lune

23:13 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (12) | Lien permanent

05/10/2009

Chat beige


J’ai connu autrefois ce petit chat beige, il vivait dans mon jardin, mi-apprivoisé, mi-sauvage.
Un jour on est venu le chercher, une « vraie » famille voulait l’adopter.
Mais fidèle, il ne l’était pas et à son tour, il a choisi un autre foyer.
Il revient de temps en temps pour nous assurer de sa bonne santé et recevoir quelques caresses furtives.

Aujourd’hui, je ne sais sous la coupe de je ne sais qui, il est devenu ce superbe félin tigré aux yeux jaunes.
Il me regarde de son port noble, daigne m’accorder le droit de le cajoler.
C’est lui qui me fait cet honneur et non l’inverse.
C’est lui le maître, il m’autorise cette fois à le prendre dans mes bras. Il est lourd et somptueux, grassement nourri. Sa fourrure épaisse brille de mille lustres.

Je l’ai connu bébé, petite chose chétive au milieu d’une nombreuse portée.
Il ne m’a jamais accordé la moindre attention !
Celle qu’il m’accorde aujourd’hui est éphémère. Déjà d’un coup de patte, il a sorti ses belles griffes de ses coussinets roses, il me manifeste que la plaisanterie a assez duré.
Je ne sais ni quand ni si je le reverrais.
Je ne suis qu’un banal pion dans l’échiquier d’une de ses multiples vies de chat, un détail insignifiant !

21:41 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (30) | Lien permanent

01/10/2009

Deviner ton âge ...

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J’essayais de deviner ton âge

Combien de temps aurait-il fallu pour arriver à une telle maturité d’écriture

Combien de champs de connaissance traversés

Combien de livres, de romans, d’essais compulsés

Combien d’heures passées à regarder, à réfléchir, à ressentir

Combien de ratures sur tes brouillons malmenés
De reprises, de déchirures…?

Et cette amertume qui pointait parfois sous tes sourires n’était pas neuve, je le sentais

Cette tristesse incommensurable n’était pas que de fiction

Cette révolte survoltée n’était pas commandée.

Je te voyais sincère derrière le masque de tes mots

J’avais l’impression, le temps de la lecture, de pénétrer dans un univers qui devenait le mien

Et mes mots en réponse essayaient d’en justifier le vide, de t’accrocher …

J’essayais de deviner ton âge

D’imaginer les lignes de ton visage

La tessiture de ta voix, les sillons de tes mains…

Je n’ai jamais osé rien te demander

Rien qui put rendre ton existence plus palpable

Rien de nos mondes n’aurait jamais pu converger

Seul l’esprit fébrile pouvait en avoir l’illusion

Tu es parti loin

Là où pour moi tu n’avais jamais cessé d’être

J’ai refermé ton livre

Que je n’avais jamais ouvert

Ou seulement une page, une seule …

22:26 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (30) | Tags : illusion, maturite, existence, connaissance, age | Lien permanent

18/09/2009

Enluminure

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Toi, les paroles glissent sur le filin invisible de ton horizon mouvant, sans effort, un souffle d’inspiration et tu expires les mots aussi brûlants que la lave.

Rien de poussif dans tes sursauts, une harmonie naturelle et vive.

J’ai à peine le temps de te regarder qu’un nouveau bijou vient juste d’être façonné, matières précieuses apparues dans l’orée du jour ciselées à la manière des grands maîtres d’antan.

Je n’ai pas le temps de gérer cette émotion prenante qu’une nouvelle vague de mots déferle déjà dans ta rivière. Ta source est inépuisable comme le vent et le ressac.
Te lire m’apporte repos de l’âme et réconfort des sens.

Oui, écrire, ce don inné fut posé dans l’escarcelle de ton berceau.
Pour toi les mots qui chantent ne seront jamais faux.
Et la page blanche, enluminure que je contemplerai à ne point  m’en lasser.

13:55 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (8) | Tags : inspiration, enluminure, ecriture | Lien permanent

09/09/2009

Balles de ping pong

Les mots lancés ici avec verve giclaient comme des balles de ping pong et plus on les prenait dans la gueule, plus on éprouvait un plaisir maso.

Rien n’avait plus de sens que ce jonglage des syllabes décousues ou habillées, sensées ou insensées.

C’était l’heure du défoulement, l’abandon complet : toutes les réactions en chaîne s’imbriquaient les unes dans les autres à partir de ces petites boules de roulement à billes égarées sur le trottoir des mots ! Tantôt une balle de bowling lancée sur la piste des jeux de quilles et qui frappait plus ou moins fort, touchait plus ou moins d’interlocuteurs, les assommait ou les boostait.

Une connaissance folle, une complicité débridée, irrationnelle naissait alors, pendant les quelques instants d’échanges, de ces je te renvoie la balle en espérant qu’elle ne se perdra pas en route. Presque comme si on était en train de chatter.

D’aucuns profitaient de cette euphorie pour sortir de leur mornitude face à face avec l’ordi, pour oublier quelques minutes, le travail chiant qui attendait sa pâtée.

Oui moment excitant de l’attente, impression d’exister, chacun seul pourtant, assis derrière son clavier nerveux rarement sollicité avec autant de frénésie !

14:45 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (19) | Tags : chat, jongler, ping-pong, clavier | Lien permanent