19/09/2009

Beautiful friendship

 

arbuste coloré CF 22 aout t 2009 114

 

Ce matin de tristesse dans l’ombre que déploie déjà l’arrivée de l’automne, même pas le courage de relever les persiennes pour embrasser le jardin qui dépérit.

Rester dans le calme calfeutré de la maison encore endormie
Seules les tourterelles font écho à mon silence
Mon silence pourtant qui me parle à voix basse
Des occasions ratées, des retours sur la pointe des pieds, des malentendus caustiques, des portes qui claquent et qui tardent à se rouvrir …

Sans raison ou avec trop de raisons peut-être, j’ai envie de sortir enfin cette phrase qui m’a longtemps trottiné dans la tête, dernier plan de  Casablanca : I think this is the beginning of a beautiful friendship.

Non, pas cette fois encore, ce n’est ni le moment ni l’heure, un éclair dure moins que le temps d’un orage, mais sa beauté clinquante nous enrobe d’une torpeur aux couleurs d’arc en ciel. Ainsi va la vie d’orages si longs à éclairs fugaces.

Les orages nous enlisent là où les éclairs nous font parfois rêver !

24/08/2009

Cynisme et grandeur

Peut-être y avait-il du cynisme en toi, voire de la cruauté. Mais je n’ai rien vu.
Au rythme de tes mots, je voguais sur un petit nuage blanc loin des vapeurs polluantes du monde.

Et quand des mots tranchants sont tombés en pluie sur moi, j’ai feint de ne pas comprendre…
Je n’ai rien vu de ce jeu subtil dont je n’étais qu’un vulgaire pion.
Le petit nuage blanc s’est dégonflé et je n’avais plus qu’à revenir sur terre.

Mais comme insipide est le sol quand on a frôlé la lisière des étoiles !

Deviendrai-je à mon tour cynique ou cruelle pour me défendre des tourments de la vie ?

Il paraît, mais dit-on cela par pure consolation, que toute épreuve dépassée nous grandit.

Quelles limites démesurées alors nos silhouettes pourraient-elles atteindre ?

13:57 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (18) | Tags : grandeur, cynisme, cruaute | Lien permanent

09/08/2009

Pensées bradées

Promenade au milieu de la foule. Jour de braderie au village « urbanisé » pour l’occasion. Soleil au rendez-vous.
J’ai mis ma casquette de papier en crochet pour me protéger, la visière à l’envers, dans le cou, mon point sensible, là où je garde indéfiniment des centaines de taches de rousseur prêtes à titiller au moindre rayon. Cela me donne un air mi-gavroche mi-joueur de base-ball… Je n’en ai cure.

Me sens si seule, si vide, si absente.
Avec la chaleur qui plaque les choses au sol dans un halo flouté, le soleil accentue ma peine, concrétisant crûment ma distance au monde.

Je regarde les étals sans m’arrêter ou à peine, je n’ai besoin de rien, ce dont j’ai besoin ne sera jamais ici.
Je déplore de plus en plus cet appel à la consommation diffusé par les commerces, je voudrais vider ma maison, mettre de l’ordre là aussi comme dans mes pensées, ces pensées  inversement proportionnelles à l’intensité de la lumière : sombres.

Je sens ce décalage, les gens me regardent, les hommes surtout, dans les yeux, les hommes me regardent souvent dans les yeux, avec une insistance mystérieuse, comme s’ils comprenaient à quel point je dénote dans cet environnement joyeux. Pourtant, je ris, je plaisante, cela fait partie aussi de ma nature, faire fuir la tristesse en regardant la vie avec le fond d’humour qui cohabite en moi.
Peut-être qu’ils voudraient comprendre pourquoi je ris, le sais-je moi-même ?

J’attends un signe, un signe impossible, une apparition tant désirée qui se matérialiserait enfin près de moi.
Cette apparition, je l’ai cent fois imaginée dans l’impersonnalité de la foule : à l’aéroport lorsque j’ai conduit une voisine pour un de ses derniers voyages, au musée bozar, au milieu de « tri troc » quand tant de silhouettes auraient pu m’offrir le refuge tant attendu, partager un verre, s’intéresser aux mêmes œuvres …dans les salles de cinéma quand le générique de fin donne le signal des lumières et que les spectateurs se lèvent promptement, quand je reste assise à écouter la musique, à lire les noms, tous les noms de ceux qui ont contribué dans leur mesure grande ou minuscule à la finition de cette œuvre. Parfois quelqu’un reste assis aussi plus longtemps comme s’il attendait …quelque chose ou quelqu’un. Pendant un millième de seconde, j’imagine que…

J’ai le manque de l’inexistant, du rêve inventé par moi au moyen de quelques pistes pseudo-réelles, de mots lointains maintenant que j’ai lus qui semblaient m’être destinés et qui me portaient à la tendresse.

Je rencontre une amie veuve depuis quelques mois, accompagnée de ses filles et petits-enfants en bas-âge. Elle me regarde longuement, trouve que j’ai maigri beaucoup, avec une sorte de commisération. Elle pense peut-être à son mari rongé si vite par un cancer qui lui a ôté toutes ses forces. 
C’est vrai que j’ai perdu quelques livres mais sans effort parce que j’ai n’ai plus vraiment faim et que je mange juste ce dont j’ai besoin sans excès, j’ai retrouvé mon poids de jeune fille, celui d’avant le boudinement de mes grossesses répétées, je me sens mieux.
J’ai à l’égard de l’alimentation la même attitude que j’ai à l’égard des objets : distanciation. Utilitarisme pur. Pas de fioritures, le détachement, enfin. 
Je sais que la possession des choses n’est jamais qu’un faux bonheur, un bonheur factice et furtif.
J’aimerai avoir ce même détachement dans mes pensées, mais c’est là que ma volonté s’arrête et que le sentimentalisme obsolète prend le relais.

Je me veux pourtant quelqu’un de lucide, capable d’analyser avec acuité les situations y compris celles qui m’impliquent directement.

Mais ici je défaille, je me dis que dans ma dernière ligne droite, là où inévitablement chacun se dirige, je ne voudrais pas passer à côté d’une émotion sincère.

Bah, un jour comme cela, le lendemain, la révolte, le surlendemain, une forme d’indifférence.
Qui suis-je en réalité ? Rien qu’un amalgame confus de pensées contradictoires et qui essaie tant bien que mal de les maîtriser.

Il suffirait d’un signe pour que je saute à pieds joints dans une aventure impossible dans la réalité, mais tellement prenante dans l’esprit … Pendant un millième de seconde ou plus, rêver…

06/07/2009

Âme perdue

J’ai perdu mon âme un matin de septembre
Au lieu de rentrer tranquillement dans les rangs, elle a, sans mon accord, décidé de faire l’école buissonnière.

J’ai eu beau la sonder, la questionner, la houspiller, la forte tête murée dans son silence naissant m’a tourné le dos et a disparu en fumée…happée par le chapeau invisible d’un prestidigitateur virtuel et talentueux !

Depuis, allégée de son poids de plume ou de plomb selon la lourdeur de mes soucis ou la légèreté de mes sourires, je parcours en vain les espaces inconscrits.

Je vous dis sans vous voir des paroles sourdes et vos mots sans timbre résonnent contre mon bouclier dérisoire.

Cela fait plic ploc, parfois, parfois, rien, même pas l’ombrage d’un murmure.
Depuis que mon âme s’est dérobée dans les prémices de l’inconscient, je n’arrive même plus à percevoir le reflet trouble de mon miroir.

J’en déduis que malgré sa vacuité, une âme a parfois quelque utilité.
C’est son vide qui cerne sa quintessence et son essence qui se perd à force de tourner à vide

10:20 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (14) | Lien permanent

24/05/2009

Mon arpent

blés verts 3

Enfant, j’en ignorai presque l’existence, si près de là où je vécus.
J’ai toujours aimé, pourtant cet endroit coupé du monde au cœur du monde.

J’y comptais les passages d’oiseaux de plumes et d’oiseaux d’acier. J’y pansais mes blessures réelles ou imaginaires, mes déceptions passées ou futures, mes regrets valides ou invalides.

D’un souffle, je les projetais au-delà des cimes, loin au-dessus des champs à perte de vue, loin, par-delà la frontière, là où un jour j’aurais pu te rencontrer.

Je fermais les yeux et retrouvai aussitôt un regard apaisé, immobile, presque absent. De ces retraites en solitaire, j’ai appris à découper les détails de l’ensemble, à détacher les nuances tendres des jeunes feuilles parmi les roseaux desséchés au fil de l’écoulement des saisons. Après avoir aspiré pendant tant d’années à la fusion brûlante, je cultivais sagement un certain détachement, pas toujours sincère, mais plutôt bienveillant. Contre mauvaise fortune bon cœur, disait l’adage de la résignation ! La sagesse des ans a dévidé la toile dense pour la reconstruire plus lâche, plus souple, plus aérienne.

Et puis un jour un rêve fou – ne le sont-ils pas tous, à l’heure où jour et nuit se diluent- s’est empêtré dans le filet, déstructurant ma belle architecture pseudo-solide.
Un rêve fort, autoritaire, envahissant – mais ne le sont-ils pas tous quand la vie vous paraît si vulnérable – un rêve cimenté de mots tendres venus d’ailleurs dans un immense train qui s’est penché à ma fenêtre.

J’ai matérialisé dans les méandres de ma pensée ce rêve dans cet endroit coupé du monde, et cet endroit est devenu convergence. Les couleurs moins grises, plus vives, le soleil moins blafard ou plus scintillant, les nuages moins lourds, plus vaporeux.
J’aurais pu rester suspendue à me perdre inlassablement au-delà des champ striés ou des mers de verdure. Attendre le signe de la connivence : un vol d’oiseaux à l’équilibre parfaitement dessiné, la course d’un gibier aux abois, le trot presque impatient d’un cheval contrarié, le tracé timide d’un arc-en-ciel ou la douce brise d’un après-midi de printemps.
Et de mon cœur qui depuis longtemps, avait perdu l’attrait de la passion, un tendre filament irradiait peu à peu, insolite et troublant.

Dans cet endroit coupé du monde, au cœur d’un monde dont je perçois l’existence, là ou seule mon ombre reflète l’empreinte du soleil sur la terre, je ne me sens pas solitaire bien que tout porte à croire dans les apparences que je le sois.
Je ne t’appelle pas. Je sens que tu es là, je sens sur ma nuque comme un souffle léger de tendresse et sur mes cheveux, une douce caresse qui part et qui revient…

10:01 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (7) | Lien permanent

08/05/2009

Un tour de girouette ?

Vous, je crois qu’on se connaît.
Cette manière désinvolte de poser les mots sur l’écran, ce style particulier comme des briques posées de guingois sur un mur en construction, ce sourire que vous savez éveiller d’un seul trait.

Oui, je crois vous connaître ou j’aimerais bien que ce fut vous, parti subrepticement et revenu sur la pointe des pieds, chaussé d’un masque pour éviter les fans si nombreux à vos heures de gloire.
En aviez-vous assez de ces ovations répétées, de ces compliments enrobés de miel et qui, je crois étaient pourtant sincères car vous êtes bourré de talents ?

Moi, j’ai toujours aimé ce que vous écriviez mais sans admiration excessive, c’est mon caractère, je n’idolâtre pas, j’essaie de garder la tête froide et les idées claires. Je ne faisais que ressentir des choses, comme si je les avais vécues moi-même et j’avais envie d’aller plus loin dans votre démarche introspective. Sans voyeurisme toutefois ! Puis votre disparition inopinée mais que j’avais pressentie pourtant sans vraiment y croire.

Alors vous êtes revenu ? Sous votre masque de Zorro, vos armes sont toujours dangereuses et atteignent leur cible.
Je suis ravie de vous revoir, de vous entendre, de vous lire…

Comment ? Ce n’est pas vous, me suis-je trompée ? Serais-je atteinte d’une sorte de fixation dont vous seriez l’objet désirable, vous qui dites ne rien connaître de moi, hormis cette visite par hasard sur ma route ?

Mais je vous en prie, ne vous fâchez pas, il s’agit d’une erreur, je vois des fantômes partout surtout si je les appréciais quand ils ne l’étaient pas encore. Vous n’allez pas vous aussi claquer la porte ?

Non, en y regardant de plus près, votre style est différent, mais très accrocheur, intéressant.

Comment je peux dire ça alors que vous ne m’avez écrit que deux lignes ?

Si, croyez-moi, vous avez du talent et il ne faut pas cent mots pour en avoir l’intuition, je suis une découvreuse de talent, ne le savez-vous pas ? Vous riez ? Non, restez encore et revenez souvent. Je suis contente de vous connaître : vous avez un sacré caractère et j’aime ça !

02/05/2009

Créer des histoires

Je voudrais créer, créer des histoires qui ne me ressemblent en rien, semer le trouble dans les esprits qui voient mes paroles comme l’expression de mon âme, qu’ils sachent enfin que je suis capable de m’évader de mon enveloppe physique et mentale et revêtir d’autres habits, respirer d’autres atomes, survoler d’autres continents.


Faire fi une fois pour toutes de sentiments auxquels je ne crois pas vraiment. Relent de romantisme. Oublier les rendez-vous fous que je me suis imaginé presque au seuil de ma réalité.


Me détacher de tout cet attirail qui m’encombre aujourd’hui, envahit mes pensées sans que je puisse l’orienter, casser cet état de dépendance, de vaine sentimentalité.


Assurer d’être seule avec moi-même, sans regrets, sans tristesse, sans frustration.

Ne plus chercher de traces ni ici ni ailleurs, ne plus attendre de signes quels qu’ils soient.


Quiétude absolue.

Seras-tu créativité ou néant ?

12:14 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (10) | Lien permanent