11/01/2011

C'eût été ...Noël ...

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Noël c’eût été une fête

Si tu n’étais parti bien avant les illuminations

Ébloui par je ne sais quelle égérie

Pour moi glas-sirène

Eclats de rire

brisés

Etincelles d’humour

en désuétude

Que des grognements croassant

Ta soudaine mauvaise humeur

 

Noël

à un moment détaché de nos temps subjectifs

de nos convergences secrètes

C’était tous les jours

Présents et à venir

A l’époque où je rêvais en couleurs

De toi

avec toi

Sans nécessité de poser des certitudes

 

Les fêtes vraies ou fausses

aussi se diluent dans le brouillard des illusions

 

Noël

c’est fini depuis si longtemps

Après un automne doré et tourmenté

Et d’autres saisons que je ne calcule pas

cette fête redevenue étrangère

Au loin me rappelle

Dans les bourrasques saisonnières

Combien j’aimais

Prononcer ton nom.

16:31 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (12) | Tags : noël, illusions, fête, couleurs | Lien permanent

14/12/2010

Claude

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J’avais rencontré Claude dans un café.

Nous étions anciens collègues de travail.

Pendant que je chantais, il n’arrêtait pas de me regarder.

Après toutes ces années il m’avait reconnue.

D’aucuns prétendent que je n’ai pas changé , hum !

Après notre tour de chant, il est venu me rejoindre, m’a offert un verre.

Un homme au teint sombre et yeux noirs vendait des roses, emballées individuellement.

Claude m’en acheta une, puis deux, puis tout le bouquet.

Il était heureux de me voir.

Il parlait par énigmes de complot, qu’il n’avait pas voulu cette situation...

Qu’il s’en voulait de n’avoir rien dit lors de cette assemblée guillotine.

J’essayai de reconstituer le puzzle, il y avait si longtemps, les morceaux étaient tout éparpillés dans ma tête.

Claude et moi, on était voisins de bureau, on n’avait pas le même patron, lui était plus indépendant par rapport aux décisions prises par mon organisation Il venait souvent me trouver, me parler des problèmes qu’il avait avec les délégués. Il avait encore l’enthousiasme de la jeunesse, il y croyait.

Et moi aussi. On se faisait de petites blagues de potaches, on travaillait dans la bonne humeur.

Et puis, on m’a proposé un autre poste dans une autre succursale et moi comme une conne j’ai accepté ; le contenu du travail était beaucoup plus concrert et requérait des connaissances pointues. J’ai fait l’autodidacte et peu à peu perdu le contact avec Claude.

Puis la vie a continué, autrement, j’avais l’intention de former une famille.

Quand mon enfant est né, je suis retournée au boulot mais ma place était prise, on m’a envoyée sur une voie de garage, puis sur un autre secteur avec un travail moins intéressant.

Claude qui faisait partie des « instances », comme les autres n’a pas réagi, pas bougé.

J’étais seule à me battre, j’ai survécu pendant quelques années. Je faisais équipe avec un chouette gars qui lui-même avait eu des déboires. On se serrait les coudes. Plusieurs fois, on lui a demandé si je travaillais bien, ils espéraient qu’il dise non et il ne l’a pas fait. Il me l’a dit plus tard quand lui aussi fut dans le collimateur.

Les autres, tous les autres se taisaient, c’était comme une chasse aux sorcières et tant que j’étais la cible, ils se sentaient protégés.

Et puis, voilà que je me retrouve avec Claude dix ans après, il a gobé pas mal de pintes, il a l’alcool bavard, il a l’alcool culpabilisateur.

Il me parle de cette époque où l’on m’a démolie, il me dit son impuissance devant ce procès injuste, sa lâcheté aussi parce qu’il ne comprenait pas, parce qu’il était outré et seul contre tous les autres, il me dit ses regrets. Mais pour moi, c’est si loin, cette histoire qui m’a permis de peaufiner mon jugement sur les hommes et leur soi disant force tranquille. Cette blessure s’est refermée. Elle a laissé des traces matérielles : un concours à l’occasion de la fête des mères : lettre à ma fille où j’ai expliqué la valeur que le monde du travail accordait à la maternité, ma lettre a été sélectionnée et publiée dans un grand quotidien et puis, un jour où je repassais avec la télé allumée, une comédienne a lu ma lettre avec trois autres. Ma révolte n’avait donc pas été inutile, avait ému. Pas les responsables, bien sûr qui cautionnaient une décision injuste prise par l’apparatchic mais irréversible !

Et puis, ce jour-là, plus de dix ans après, Claude qui se souvient et qui regrette.

Ce soir-là, le fleuriste itinérant improvisé a pu rentrer très tôt chez lui, il avait vendu tout son stock à un homme qui voulait se faire pardonner.

Mais je n’avais rien à pardonner que de la faiblesse, j’ai accepté les fleurs et au milieu du brouhaha dans le café enfumé j’ai souri.

Affaire vraiment classée.

08/09/2010

Comme les feuilles mortes

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Les amours de l’automne

Elle le savait

Ne dureraient même pas le temps

D’une saison.

 

Elle aurait pu

S’accrocher comme la feuille

Mourante

S’accroche à l’arbre

Qui la plie.

 

Cet amour

Contre-nature

À peine éclos

Dans les frimas

Resterait frissonnant

Ne verrait ni

La fin de l’hiver

Ni le printemps

Ni l’été.

 

Aucun amour

N’aurait pu résister

Aux ciels sombres

Aux nuages bas

Aux fruits morts

Écrasés sur la terre gelée.

23:47 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (18) | Tags : amour, automne, feuille, frimas | Lien permanent

17/08/2010

Graffiti

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Toi tu n’étais finalement

Qu’un graffiti de plus

Dans ma vie raturée

 

Un graffiti orgueilleux

Aux contours bien marqués

 

Un graffiti quand même

Prêt à être effacé

 

Tu irais alors gratifier

quelqu’un d’autre

Dans un autre salon à ciel ouvert

Et tes barbouillages intempestifs

Feraient à nouveau sourire au début

Grincer par la suite

Et chavirer un autre édifice psychologique

 

Tiens je te biffe

Et t’oublie

 

10:57 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (9) | Tags : graffiti | Lien permanent

28/07/2010

Anniversaire

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Cet anniversaire, le mien, ici, à l’autre bout du monde, écrasée par la beauté majestueuse d‘une nature encore vierge, cet anniversaire, peut-être le dernier, j’aurais tellement voulu que tu me le souhaitas, toi seul, toi seulement, la première et la dernière fois, avant que tu disparaisses à jamais dans les méandres de ma mémoire, rendant à notre histoire son caractère initial de non-existence.

Et de cela aussi, tu ne sauras rien, de cela et de tous ces petits riens qui me reliaient à toi à travers les filets fragiles de mon imaginaire.

Cet anniversaire, je l’ai vécu comme tant d’autres, comme tant d’autres jours passés ou à venir, dans la plus froide indifférence.

15/05/2010

Rendez-vous en cascade (fin)

homme sur banc 2 red
Dans les journaux, il cherchait les faits-divers : avait-elle eu un accident, avait-elle été la victime d’un crime passionnel, elle qui collectionnait les amants comme on effeuille une marguerite ?

 

Il lisait des romans d’amour, il se projetait dans les personnages obstinés, il aimait La plage d’Ostende :  il aurait pu être cette fillette qui s’était battue pour son amour et qui avait tout estompé autour de lui ; mais chez lui, c’était elle l’enfant et elle n’aimait que son plaisir.

Et puis, il écrivait à la manière des Vagues, de longues conversations qu’il lui dédiait en l’imaginant enfin réceptive.

Les jeudis passaient, les feuilles étaient tombées, le givre avait recouvert les cadavres de plantes, la neige les avait dissimulés, les bourgeons étaient apparus, les boutons aussi, le banc gardait tout au long de ce fil du temps la chaleur qu’il lui transmettait chaque semaine pendant ces deux heures qu’il passait avec son souvenir.

 

Il n’avait pas eu envie de la revoir ailleurs, il n’avait plus fréquenté les endroits où il était presque sûr de la rencontrer.  C’était là, dans ce parc désoeuvré, à l’entrée du musée qu’il aurait voulu l’initier, à sa culture, à sa façon d’être, de penser, d’envisager l’avenir.

Les autres femmes qu’il avait connues, avec qui il avait vécu n’étaient plus rien, n’avaient jamais existé que dans un monde parallèle où il ne se retrouvait plus.

Elle, elle l’avait initié à l’inconstance, à l’indifférence moqueuse, à la versatilité.

Pour la rencontrer, elle qui n’existait plus que dans son imagination attisée par un souvenir pâlissant, il avait creusé autour de lui des fossés infranchissables, ne parlait plus, ne regardait plus autour de lui, ne rêvait plus qu’éveillé.

 

Par la fenêtre du musée, la belle conservatrice observait cet homme pétrifié chaque semaine durant deux heures et puis lentement sorti de sa léthargie en dépliant son grand corps ankylosé dans un rituel tout empreint de dignité.

Elle ne connaissait que la rondeur de son dos et de temps en temps, une esquisse de profil qui allait et partait aussitôt se remettre dans l’axe.

Elle s’était attachée à lui, distraite de son travail minutieux, essayait d’imaginer son histoire, la rendait chaque fois différente.

 

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Puis un jour il ne vint plus à ces rendez-vous manqués à double échelle, elle sut qu’il était mort ou malade, elle savait à quel point il était fidèle au fantasme qu’il avait laissé fleurir et refleurir sur le banc décoloré.

Ce soir, le soir de la dernière station dans le parc, après la fermeture du musée, pour la première fois, elle alla s’asseoir sur le banc et les larmes aux yeux en l’entourant de ses bras, elle laissa libre court à son manque !

11:51 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (13) | Tags : banc, rendez-vous, amour | Lien permanent

13/05/2010

Rendez-vous en cascade (1)

homme banc

 

Il lui avait fixé rendez-vous sur un banc derrière le musée des Beaux-Arts, elle avait ri, beaucoup, en disant qu’elle ne viendrait pas, que cette histoire était finie avant de commencer, que son amour était un poids qu’elle ne pouvait assumer, qu’elle était jeune et qu’elle voulait profiter de la vie, que les restaurants et les visites culturelles ne l’intéressaient pas, du moins, avait-elle ajouté, pas encore … qu’elle préférait l’ambiance chaude des discothèques où l’on ne s’entend pas parler, où l’on se colle à son partenaire et où l’on n’a pas d’autre ressort que de l’embrasser, qu’elle préférait aller voir un navet au cinéma en buvant du coca et en mangeant des pop-corn avec un voisin au physique plus avenant que les images qui passaient sur l’écran.

Et lui, énamouré, lui qui avait fait d’elle sa muse, continuait pourtant d’espérer qu’elle change, qu’elle grandisse, qu’elle mûrisse, qu’elle devienne une femme.
Il se contentait de la regarder, il savait que ses paroles ne pouvaient pas l’atteindre, mais il espérait que le temps serait son complice, qu’elle finirait par comprendre qu’il était différent de ces minets qu’elle collectionnait sans passion autre que celle du corps qui grince.

Alors il était venu à ce rendez-vous manqué d’avance, en espérant que son amour finirait par toucher la belle. Il penserait tellement à elle que sans s’en apercevoir, il guiderait ses pas vers lui.
Il s’était assis sur le banc et il avait attendu, longtemps, une heure voire deux, sans penser à rien d’autre qu’à l’éclat de son sourire éclairé par ses dents blanches et parfaites.

Il lui avait laissé un message : « Je t’attendrai tous les jeudis au même endroit à la même heure, jusqu’à ce que tu viennes … ».
Comme d’habitude, elle n’avait pas daigné répondre. D’ailleurs, elle perdait son portable aussi souvent qu’elle changeait de t-shirt, elle se disait que celui qui voulait la contacter devait être motivé.

Il était revenu chaque jeudi quelle que soit la rigueur du climat. Parfois, il prenait un bloc à croquis, parfois un journal, parfois un livre et il attendait justifiant la perte de temps par le fait d’avoir devant lui ces objets vides de sens.
Il la croquait de mémoire, toujours quand elle riait, il pensait qu’elle était encore plus belle quand elle riait de lui, que son rire venait du fond du cœur, elle qui disait ne pas en avoir, du moins, pas encore ; il élargissait ses fossettes, démaquillait ses yeux, lissait ses cheveux ébouriffés.
Il dessinait aussi ses mains qu’elle avait fort belles, des mains de pianistes, fines et longues, elle qui n’aimait que la techno, il les imaginait pleines des caresses qu’à un moment elle lui avait prodiguées, masseuse infatigable et dévoyée.

21:22 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (8) | Tags : musee, amour, rendez-vous | Lien permanent

11/05/2010

Thé citron

crédit photo thecitron def

Crédit : Thé Citron


Je n’étais pas pressée, mais mon citron l’était !
Je l’aurais voulu bio
Pour l’enrober d’un zeste élégant
Mais que sait-on du traçage des citrons
Sans pesticides après la cuillette
Ah et avant  alors
Mystère !
Tout dans la tête, il suffit de s’imaginer qu’il n’a pas été (mal) traité

Lui dirais-je la vérité
Moi qui lui ai promis
De manger et boire sainement
D’arrêter l’alcool et la cigarette
Et les petites poudres blanches
Qui colorent les illusions

Me conformer aux us d’ici
Et faire du thé citron ma boisson adulée
Du thé, mais
pas du chinois
qui n’en sont pas à une once de pesticides près
Ils sont si nombreux

Que lui écrirai-je
À force de boire du thé citron moi qui ne l’aimais pas
Ni le thé ni le citron
Alors moins plus moins en algèbre ça donne plus
Donc : thé + citron  = +
Mais citron vert (ma couleur préférée moi qui honnis le jaune)
Acide
Sans ajout
Pour conjurer mon estomac capricieux à se couper
De son addiction pour le doucereux

Mon estomac feint la soumission,
Il se fait oublier
Boire beaucoup de thé citron
Et manger léger
Ça durera sans doute peu de temps, mon estomac est mon
baromètre incontournable  d’instabilité

A moins que ce régime de terrasse ensoleillée, presque qu’à l’ombre des citronniers
M’apporte un réconfort auquel je ne croyais plus

Oui, il est loin, je lui envoie les senteurs de mon thé citronné
Quand il me reverra, il ne me reconnaîtra pas
Mes dents blanches et mon parfum aux agrumes le surprendront
Comme m’a surpris son besoin de m’éloigner de lui

L’encre du stylo a séché au soleil
Ma lettre pas encore commencée est restée en rade
Entre deux thés devenus tièdes
Reste la solution de l’encre sympathique
J’ai tous les ingrédients à portée de la main …


En visite chez Colombine

j'ai découvert ce petit exercice d'écriture proposé par le blog à mille mains.

A partir d'une jolie photo proposée, libre cours à l'imagination ...

Ceci est ma première participation. Avis aux amateurs !

14:35 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (19) | Tags : the, citron, pesticides | Lien permanent

29/04/2010

Un trésor dans la poche

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Dans ce big bazar

Il avait feuilleté des livres

Acheté un livre

L’avait mis dans la poche de sa veste

Verte

 

Il achetait des livres aux

Dimensions de ses poches.

 

 
Je l’ai suivi

Il parlait beaucoup

De tout

De rien

Pour moi de tout

Pour lui de rien

 

Je n’entendais pas ses paroles

Que sa voix

Soudain devenue familière

 

Il s’est arrêté au pied d’un lampadaire

Qui tenait lieu de perchoir

Sur la petite place aux pigeons

Grassouillets

 

Il a souri

Et tel un magicien

A sorti un livre de sa poche

Un livre vert comme sa veste

Me l’a donné

 

Ce livre était différent

Il portait sur son dos

Son nom en lettres vertes

Lui l’avait emporté

Pour l’offrir

A une rencontre fortuite

Qui était devenue moi

 

Je l’ai remercié

Et je suis partie

Dans ma tête

En jouant à la marelle

Pour savoir si

J’étais prête

A atteindre

Le paradis.

10:26 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (7) | Tags : poche, livre, rencontre | Lien permanent

23/04/2010

Pour une poignée de tulipes

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Ne sait s’il reviendra

Les tulipes lui laissera

Leur relation aura duré

Le temps pour les pétales de tomber…

Ah si la vie

Était aussi

Bigarrée

Que ces fleurs avant

Qu’elles ne soient définitivement

Fanées …

13:31 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles, Regards | Commentaires (6) | Tags : tulipes, solitude | Lien permanent