03/10/2009

Guerre souterraine

Une déclaration commune d’impôts n’était pourtant pas déclaration de guerre.

Mais tout entre eux, décimés par l’ennui, prenait des airs de conflits, divergences, intransigeance.

Sans trêve ni répit, inlassablement.

Présage d’une imposition lourde et cruelle !

 


11:20 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (7) | Tags : declaration, impot, guerre | Lien permanent

15/09/2009

Les Puces

Le festival des arts de la rue Les Unes fois d’un soir de Lessines a accueilli ce 12 septembre le spectacle Les Puces, créé par la Compagnie Lune et l’autre que je suis depuis ses débuts et dont je me dois ici de souligner une fois de plus l’originalité.

les puces

 

Pour commencer, un rituel, fait de discipline militaire : les uniformes d’abord, sexués mais tout de blanc et de beige aux lignes diversifiées et élégantes.

Une jeune femme distribue les tickets au compte-gouttes par paquets de huit.

Pour passer le relais à un sourire Colgate auréolé de rouge incarnat, speed comme un jouet à ressorts qu’on remonte indéfiniment sans s’en apercevoir. Miss Colgate nous pousse dans la roulette avec son bâton de magicienne et nous explique le « règlement », toujours très important, le règlement !

Nous voilà à notre point de départ, chacun dans son couloir prêt à envahir l’arène.
L’arène est un grand marché aux fromages, chacun des spectateurs,  scotché à son carreau avant de passer au suivant, va faire de multiples rencontres, toutes plus folles les unes que les autres, chacune imprégnée d’habitudes exacerbées, celles que selon leur degré, la psychologie appelle tic ou tocs.

Interactivité, dialogues déjantés, sourires, éclats de rire, situations cocasses, personnalités borderline, grand échassier sur roulettes,  cireur de chaussures-bagagiste, savant fou en chaise roulante, femme fatale à renard à deux têtes, confidences près du berceau, baratineuse commerçante sortant la tête d'un caddy déglingué…et bien d’autres qu’il ne sera pas possible de rencontrer durant ces vingt minutes qui en paraissent trois !

Les petits travers de la vie mis à nu nous habillent de leurs mots cinglants ou tendres ou fous. Ces petits travers, ce sont elles, les puces, animaux parasites si doués qui pénètrent insidieusement dans nos vies et nous emberlificotent, nous transforment en gardiens du bien-être, du bien propre, du bien-consommer, du bien-parler.

Avec pour finalité, notre narcissisme et notre volonté d’en faire une religion pour tous.
Un regard acerbe sur la société, avec le rire pour support, que demander de plus ?

On en sort ravi, étonné ou perplexe.
Mais chacun garde dans son sillage un petit parfum de puce dans le cœ
ur.

 

Le spectacle sera présenté à Bruxelles en janvier 2010 et effectuera une tournée en France l'année prochaine, après avoir rencontré un succès au festival de théâtre des arts de la rue de Châlon-sur-Saône.

23:13 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (16) | Tags : theatre de rue, puces, tics, tocs, folie | Lien permanent

14/09/2009

Musée à usage privé

reflets colo CF 13 sept 2009 147

J’ai fabriqué un musée de rêves pour garder intacts mes souvenirs de lui.
Il se situe quelque part dans un coin éloigné de la blogosphère, là où les distances sont fluctuantes en fonction des désirs secrets.

Tout dans ces  lieux a gardé apparence d’une authenticité émue, d’une émotion authentique.
La vérité historique revêtue à la lumière de mes pas, ces pas qui ne furent pas toujours solitaires.

J’y ai aligné sagement ses textes, ceux que j’ai pu sauver de sa bourrasque intérieure.
Ou des bris d’émotions que je reconstitue au fur et à mesure de mes pérégrinations.
Certaines sculptures sont bancales et attestent déjà d’interprétations contradictoires, d’incompréhensions irrésolues, de divergences profondes.
Certaines déclarations parmi les plus anciennes flamboient et pavoisent en grands tableaux de tendresse.

Et puis la suite des nébuleuses paroles vient greffer son long cortège au compte-gouttes, à travers des silences opaques.

Je voudrais, mais je n’ose, l’inviter à l’inauguration de ce musée chimérique tantôt  rutilant tantôt sombre.
Je sais pourtant qu’à mon invitation, il répondra d’un geste pressé, s’excusant de ses obligations, verrouillant encore davantage une porte déjà cadenassée.
Sa réaction sera ma dernière acquisition, celle qui matérialisera l’inanité de mes efforts.

Je resterai seule entre ces murs virtuels, dans cet espace perdu qui, finalement, n’aura jamais existé que pour moi.
Je te salue, Illusion. Bonjour, Amertume !

09:16 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (15) | Tags : musee, silence, illusion | Lien permanent

12/08/2009

Extra-terrestres

lune mod 3- 5 aout 2009 024

 

Quand nous serons devenus extraterrestres,  il suffira de connecter nos pensées pour ressentir ensemble ce que chacun imagine aujourd’hui ressentir de son côté,

Quand nous serons devenus extraterrestres, enfin détachés de notre enveloppe corporelle, peut-être pourrons-nous, finalement, ailleurs, nous rencontrer !

10:00 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (15) | Tags : extra-terrestres, rencontre | Lien permanent

06/08/2009

Amour clandestin

Vous m’avez plu dès le premier jour. C’était un matin de septembre et je retrouvai la foule après de longs moments d’accalmie.

Elégant dans votre sobriété toute de noir vêtue, vous étiez nouveau en ces lieux. Curieuse, j’ai longé avec vous les canalisations apparentes du chauffage central  jusqu’à cette grande salle où vous avez pénétré au milieu du brouhaha.

Je suis restée là, pantoise, à vous écouter sans rien dire. Votre voix si profonde résonnait dans cet espace embelli par votre présence. Les petites terreurs si bruyantes l’instant d’avant semblaient elles aussi séduites par votre charme naturel.

Impressionnée, j’ai gardé mes distances, essayant malgré tout de deviner la couleur de vos yeux. J’ai mis plusieurs semaines interminables à vous approcher. J’étais consciente de l’attrait que vous exerciez sur votre auditoire. Moi, j’aurais voulu vous suivre sans me faire remarquer. J’avais perdu un peu de ma sauvagerie naturelle.

Je n’osais pas franchir les limites de mon territoire où l’inconnu se dressait en ennemi constant.
Peu à peu, je me suis affranchie ; j’ai parcouru discrètement les derniers mètres qui nous séparaient. Je me suis accrochée à votre chaise, j’ai escaladé délicatement votre dos. J’aimais l’odeur boisée de votre parfum. Je suis restée longtemps hésitante avant de me permettre d’effleurer votre peau. Sous mon contact, vous avez frémi, levé la main pour chasser cette sensation intruse. J’ai essayé de me faire oublier me calfeutrant dans le col de votre veste. Je n’osais bouger de peur de rompre le charme. De temps en temps, je tentais une percée pour déposer un petit bisou. Vous sursautiez mais je pense que peu à peu vous vous êtes habitué à ces caresses imprécises. La chaleur de votre peau me grisait, les vibrations de votre voix si proche me faisaient trembler.

Ma présence vous est devenue familière, et je pense qu’au contact de ma douce fourrure, vous éprouviez quelque plaisir. Mais je n’ai jamais osé quitter le petit nid douillet que je m’étais construit après nos tête-à-tête lointains.
Chaque soir, je vous voyais passer le grand porche vert et je passai ma nuit à aspirer votre retour.

Un matin de juin, vous êtes parti, votre gros cartable sous le bras. J’ai vécu dans l’espoir de vous retrouver à la rentrée.
Mais votre rentrée n’a pas eu lieu. Un colosse à la barbe carrée vous avait succédé ; je n’ai jamais pu supporter sa voix gutturale et son odeur de bouc.

Maintenant que vous avez disparu, je n’ai même plus peur de tomber entre les pattes de quelque prédateur félin.
Peut-être dans une autre vie cesserai-je d’être souris…à moins que vous…

22:57 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (11) | Lien permanent

31/07/2009

Pirate d’écriture



Vous êtes dangereux

Vos armes sont les mots
Plus ils sont tendres, plus ils sont redoutables

Plus ils sont cinglants
Plus ils me dérivent

Que faire ?
J’ai laissé mon armure au vestiaire

13:30 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Tags : pouvoir des mots, ecriture, danger | Lien permanent

01/07/2009

Nils Udo

En écho avec le dernier post d'Helena, je veux vous présenter un artiste qui relève du même mouvement Le Land Art.

Nils Udo, artiste allemand né en 1937, a parcouru le monde et les sites naturels pour y poser ses pinceaux virtuels et composer des oeuvres qui vivent le temps d'une saison, le temps d'une fleur, le temps d'une neige...

Nouvelle exposition udo_flowerwater

 

Nils Udo fait de la nature une peinture vivante et fragile, fugace, quelques instants figée, choisit le fond de sa toile : un tronc d’arbre, une étendue d’herbe, un plan d’eau, y pose son chevalet virtuel, cueille sa palette de couleurs au milieu des fleurs.


udo fleurs neige red 2

 

J’ai éprouvé beaucoup d’émotion devant la beauté de ses compositions éphémères, immortalisées par la photo, une harmonie parfaite avec la nature avec ses composantes orchestrées d’une manière originale
Ses compositions évoquent la finesse des toiles japonaises

Entre ses mains, la poésie humanisée de l’objet de nature prend forme sous l’influence d’un dessein divinisé par l’homme.


udo palmiers CF 28 mai 2009 326 -5


Les dunes ici s’étendent, basses au seuil du paysage.
Les tiges de bambou peignent leur reflet sur les ondes limpides, les palmes couchent leurs éventails sous le souffle du vent.
Et des autruches invisibles déposent délicatement leurs œufs tels des champignons sur des échasses.

Il empoigne l’énergie vitale de la nature, la façonne à sa manière dans ce qu’elle a de plus beau, de plus proche du vrai : ses couleurs aux nuances enviées par les peintres, ses éléments minéraux aux formes subtiles, ses végétaux à la composition raffinée.

Et par la photo, il surprend l’instant de l’éphémère beauté de la nature, lui conférant une forme d’immortalité artistique.


nils udo eau 305 CF 28 mai 2009 red 2

 

Pour Nils Udo, l’œuvre d’art a une vie qui naît, se développe, vieillit et meurt.

Cette fragilité de l’œuvre née dans la nature et de la nature est la symbiose entre la nature comme réservoir de « matière » et l’homme comme sculpteur respectueux de cette matière dans son cadre naturel.

Pas d’agression, de destruction, de pillage. Cette fragilité et son caractère fugace ajoutent encore à la poésie du résultat.

Un souffle de vent, une averse orageuse, le passage subit d’une saison à une autre vont modifier ce délicat équilibre, peut-être le faire disparaître complètement.


udo fleurs mauves


Pour l’immortaliser, il faut fixer cet instant avant la décrépitude qui est le lot de ces paysages remaniés par l’artiste.

Cette recherche de la beauté absolue est la quête de Nils Udo en tant que peintre d’abord et ensuite en tant que sculpteur de nature.
De plus, il réussit à donner à l’explication de ses compositions un singulier sens poétique.

Artiste du pinceau, artiste des éléments de nature (Land art), artiste des mots, quel beau parcours pour un seul homme !

nid udo 2

 

 

 

14:24 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Tags : land art, nils udo, nature, ephemere | Lien permanent

14/06/2009

Vous me faites penser à lui

Une variante du texte : Un tour de girouette.
Il m’arrive souvent d’écrire plusieurs textes sur le même sujet dans l’élan de l’imagination du moment.
Peut-être, au fond, écrit-on, toujours la même chose, les thèmes ne sont pas extensibles, et on reste prisonnier des mots, écrire c’est simplement les aligner et les colorer à sa façon. Le reste, l’originalité du propos est plus délicat : d’aucuns n’ont-ils pas dit qu’on avait déjà tout écrit ?


Vous me faites penser à lui. Tellement. Parfois. Vous écrivez comme lui aurait pu le faire. Presque.

Quand il déployait d’un geste vif sa grande cape pour y faire tournoyer les mots pour qu’ils s’envolent alentour dans une danse majestueuse et se déposent, repus, tendrement sur la délicate paroi des pages.

En vous lisant et en fermant les yeux, je pourrais presque décrypter le mouvement de ses lèvres quand il récitait ses poèmes en prose. Je pourrais presque entendre sa voix qu’il me fut donné si peu d’entendre et dont j’ai gardé intact souvenir de tessiture.

Vos mots présents ont avec ses mots passés une étrange similitude. L’avez-vous connu dans ce monde de rencontres fugaces ? Avez-vous pu le lire, lui parler, l’apprécier ?
Le connaissez-vous seulement ou cette analogie n’est-elle que le fruit du hasard, ce qu’on appelle banalement une simple coïncidence ?

De l’avoir croisé sur ma route, de l’avoir senti si proche m’a donné sorte de conviction d’une connaissance antérieure inconsciente.
De l’avoir vu disparu sans l’avoir vu disparaître m’a donné espoir que le vent tantôt propice, tantôt contraire, finit toujours par ramener la fumée à son âtre.

Et puis, au cœur de ce manque immense, vous, colporteur de mots, atterrissez chez moi comme un autre lui-même, avec des merveilles insoupçonnées dans votre besace et cette musique que je pensais avoir oubliée qui résonne agréablement dans mon espace avide.

Dites-moi, qui êtes-vous vraiment ?

11:20 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (11) | Tags : souvenir, coincidence | Lien permanent

20/05/2009

Réalité (s)

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Il y a dans le monde des choses qui n’appartiennent pas au monde et pourtant sont. Plus fortes, voire plus réelles que la réalité du monde parce que subjectivement présentes dans notre esprit.

Trouver l’équilibre entre ce que la société appelle peut-être à tort la réalité concrète et notre interprétation abstraite d’autres réalités relève d’une prouesse équilibriste.

Entre deux chaises ou sur le fil du funambule sommes-nous sans cesse à nous poser les questions sur la matérialité de là où nous posons le pied, là où notre réalité subjective abstraite pourrait coïncider avec la réalité objective, sinon dans quel gouffre enfermons-nous notre esprit ?

La société dans ses structures matérialistes et militarisées voudrait que nous ne déviions pas des trajectoires qu’elle a pré-établies pour nous. Les déviants seront sanctionnés ou marginalisés, ils pourront dans le monde où ils s’enferment s’échapper par l’esprit de la cruauté du monde standardisé.

Mais l’esprit aussi est régenté par la société dans ses déviances, l’homme pour échapper à ces contraintes a plusieurs solutions : la folie, le rejet de la société, le suicide ou …la créativité.

18:18 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (6) | Lien permanent

27/04/2009

Anges et esprits

ange 21 mar 09 069 bis


Dans mon entourage
On parle beaucoup d’anges
Et aussi d’esprits

Les anges me révèlent
Des perspectives célestes d’espoir
Les esprits néfastes ou gentils
Pompent, paraît-il, mon énergie
Se dispersent dans l’éther
Interfèrent avec mes ondes

Qu’ils soient bons ou méchants
Je me dois de les chasser
Ou plutôt de leur apporter
Une paix convoitée
Depuis longtemps, peut-être

Mais qui suis-je donc
Pour m’arroger ainsi
Le droit de définir le destin
Des anges ou des esprits ?

20:02 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Tags : paix, esprits, anges, destin | Lien permanent