09/03/2010

Piquidées

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Un jour, je piquerai vos idées, vous ces êtres talentueux que j’ai croisés ici.

Je ferai du plagiat mon cheval de bataille.

Quand mon imagination aura complètement épuisé les sentiers de mon incompétence, je prendrai vos masques multicolores pour les repeindre au gré de ma palette grise et de ce mélange inégal, je ferai une gerbe de flammes.

Oui, ce jour-là, on m’ovationnera, on m’aimera, ce jour où je serai moins que tout autre jour, un moi qui n’en est pas un.

Je vous volerai vos rêves, la nuit quand le sommeil vous rend vulnérables
J’extirperai vos mots, les maquillant grossièrement pour leur donner semblant d’originalité.

Je serai plus authentique que tous vos petits relents d’authenticité dispersés.

Vous, vous n’en saurez rien, car de mes boniments, j’endormirai vos consciences.

Ou vous direz Tiens la chenille est devenue papillon ou vous ne direz rien, perdu dans vos ego !

Moi, je m’empêtrerai dans mes mensonges, dans mes divagations, dans ces délires qui trouvèrent leur source dans vos pérégrinations.

La vie est un grand théâtre, je sortirai enfin de ses coulisses poussiéreuses et je jouerai mon ultime one man show devant un public invisible.

Mais je suis conscient que l’on m’attend au tournant : on finit toujours par devoir passer à la caisse quand on a emprunté les chemins de déviance.

Les juges, Euménides new-wave, quelle que soit la couleur de leur robe sont là pour demander le remboursement, pour prononcer la sentence ! L’artifice ne peut être indéfiniment le moteur d’une vie !

13:47 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (24) | Tags : theatre, idees, eumenides, plagiat | Lien permanent

21/02/2010

Les démons intérieurs

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Pourquoi devrait-on supporter les démons intérieurs des autres quand ils sont tellement proches de nous alors que les nôtres sont déjà tellement pénibles ?
Sur les nôtres, nous avons quelque emprise, sur ceux des autres aucune, à part des tentatives d’intimidation purement théoriques.

Les démons en ce siècle de pseudo-communication et pseudo-mondialisation ont pris une extension déraisonnable avec l’avènement de la psychanalyse, psychologie et autres psy à portée de tout le monde.

Prôner l’irresponsabilité comme une valeur essentielle dans la société est loin d’être une sinécure. Pourquoi serait-on en effet responsable de cette surenchère qui nous porte à assouvir nos instincts de tous genres ?

Si j’arrive à endormir quelquefois mes démons intérieurs, ceux de mon entourage viennent alors me torturer, ils me lancent des cruautés, voire des insultes à la figure, ils me reprochent surtout, je pense, d’exister et d’être un frein à l’épanouissement complet de l’Autre.

Je n’aurais plus alors qu’à disparaître pour que l’Autre puisse jouer sa carte blanche sous de meilleurs auspices et avec des partenaires plus attirants.

Mais là encore, dans mes quelques moments de lucidité, j’ai conscience de m’accorder une importance que je n’ai pas. Je ne suis qu’un bouc émissaire de plus.

Je préfèrerais, certes,  être une feuille balancée par le vent, j’aurais la douce illusion d’être le ressort de ma liberté.
On peut toujours rêver les yeux éveillés !
Les démons avoisinants, les miens ou les autres ne manqueront pas de me rappeler à l’ordre…

17/02/2010

Bagarres


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Des bagarres, on en a collectionnées, on ne leur a laissé aucune occasion de s’évaporer, aucune anicroche n’a été évincée, au contraire, pelée comme une orange jusqu’à la moindre raclure sur l’écorce amère.

On était très forts dans la force de l’âge à manipuler les mots comme des armes blanches, se blessant légèrement pour laisser l’autre continuer allègrement le combat. Même avec un  bras en écharpe, pour dissimuler quelque écharde perfide.

On pensait alors que ces pare-à coups, boucliers transparents et sans défense n’étaient que des ornements pour enjoliver le décor, pour donner aux sons, une texture métallique vitreuse.
 
Et puis ce fut le grand fracas, un coup, mortel, celui-là, a évincé tous les espoirs de connivence et râpé la chair vive jusqu’à complète extinction.
 

19:57 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (16) | Tags : bagarre, anicroche, arme, bouclier | Lien permanent

02/02/2010

Renaissance



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Il y a trop de sentiments en moi qui tournent, ils m’éparpillent, ils m’éclaboussent de leurs senteurs mièvres ou sucrées.

Ils m’envahissent, moi qui les ai niés pendant ces années de tourmentes. Je les avais enferrés dans un coin de mon grenier, recouverts d’un voile d’intransparence. Je disais ne pas avoir le temps de les bercer, je savais qu’ils me voulaient du mal, qu’ils voulaient défricher mes faiblesses.

Je pensais qu’en ignorant mes faiblesses, je les ferais disparaître, j’étais une autruche perdue dans un vide affectif. Je me contentais d’une vie alimentaire, standardisée, soi-disant cohérente, rationnelle. Le temps qui coulait fluide et pressé était mon allié fidèle.

Je n’écrivais pas et j’évitais l’écriture des autres, miroir reflétant ma solitude.

Que s’est-il passé ? Qui m’a poussée hors de mes sentiers battus ? Qui m’a guidée ailleurs, là où je n’avais jamais eu l’intention de m’aventurer ? La démesure de mon désarroi ? Le boulet de mon oisiveté contrainte ?

Je n’ai pas vu le courant changer, le ru devenir rivière, la rivière devenir torrent. Par paresse sans doute, je me suis laissée emporter dieu sait où.

L’eau vivifiante a réveillé mes instincts endormis, a ravivé mes neurones engourdis, s’est frayé un passage dans mon inconscient cireux.

Le jour est apparu noir, le ciel angoissant, le soleil blafard, les arbres n’étaient plus que tentacules sombres et menaçants, la gentillesse qui faussait mon contour des choses s’est estompée. Le froid m’a envahie.

J’ai retrouvé le rythme des saisons qui scandent les étapes, j’ai entendu le cri perçant de ma renaissance.

Des mots sont arrivés, m’ont bercée, m’ont frappée, m’ont touchée, m’ont déchiquetée, m’ont jetée pauvre et nue dans la boue de la délivrance.

Je me suis réveillée un matin de novembre, autre sous un ciel restructuré. J’ai enfin ouvert les yeux, aspiré la lumière, regardé autour de moi enfin, sans préjugés, sans arrière-plan, neuve !

Et puis, des chapelets de sentiments ont commencé à défiler dans ma morne plaine, ils ont repeint les couleurs du ciel, ils ont dressé des arcs-en-ciel, ils ont percé les brumes automnales, fait revivre les oiseaux disparus…

Je suis dans la genèse de ma renaissance dans la bourrasque feutrée de mes sentiments, j’ai du mal encore d’accepter leur dictature moi qui croyais les avoir gommés une fois pour toutes pour les empêcher de me torturer.

Aujourd’hui, enfin, je ressens des choses, pour l’instant encore indéfinissables, mais fortes, pleines de promesses, d’espoir peut-être ou peut-être pas. Je suis neuve et au
tre et ça me suffit.

 

Sur proposition du très judicieux JEA, une page très envolée de Haendel

http://www.youtube.com/watch?v=tYwicRBl3vw

 

24/12/2009

Compagnie glaciale

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Une bonnedame de neige fait le garde-frontière devant ma porte depuis trois jours.

 

Chaque matin, j’ouvre la porte pour voir son niveau de fondaison, mais elle, imperturbable, ne détourne même pas la tête et ne fond pas devant moi, même pas un filet rose semblant de timidité !

 

Assise à sa table blanche, le verre de rouge posé près de la main, les bras vigoureux, les seins épanouis et son chapeau de feuilles séchées rehumidifiées pour l’occasion.

 

Le blanc autour, jusque là dominant, s’éraille, se souille, se transforme en traînées à la propreté douteuse, crée des nervures irrégulières et grises, dépose ça et là des scories transparentes.

Depuis qu’elle a pris racine, personne n’est venu frapper à ma porte, elle, tampon entre le monde et moi.

De la rue, sa silhouette imposante confère à ces lieux un caractère sacré, inviolable.

 

Je passerai les fêtes toute seule, près de ce glaçon glaçant… à sec, en plus : elle a vidé ma dernière bouteille de rouge …

 

PS : Je ne boirai pas à votre santé, elle l'a déjà fait, amplement !!!

16:55 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (9) | Tags : sante, neige, isolement | Lien permanent

18/12/2009

Couvre-chef automnal

Le vent mauvais comprime les feuilles.

Elles tombent dru sur mes cheveux en bataille.

Ce chapeau d’or et de myrrhe, un peu de guingois me donne l’air d’un clown.

Heureusement, les vitres sales ne renvoient qu’un reflet trouble.

20:23 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (14) | Lien permanent

27/11/2009

Sommeil postposé

Le soir qui est bien souvent le cours avancé de la nuit, avant de se mettre dans un lit souvent déserté, il s’acharne à établir des statistiques des heures de sommeil qu’il veut en ce jour s’octroyer.

Aura-t-il son soûl de repos, lui qui s’évertue à tricher avec son corps, ignorant à moult reprises les trains fulgurants du sommeil ?

Il reste sur le quai, seul dans sa longue veillée à attendre l’inspiration… et quand vient le moment de consulter l’horloge, il feint de regretter cette dérive chaque fois répétée.

Si on devait additionner toutes les heures de sommeil de sa vie, diviser par la moyenne convenable de répit à s’accorder, il serait sans aucun doute, quelqu’un de très jeune !

Parfois on peut se demander s’il ne serait pas mutant et s’il ne devrait pas livrer son corps à la science pour des expériences secrètes sur les troubles du sommeil et les états de veille prolongés !

16:37 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Tags : sommeil, horloge, veille | Lien permanent

16/11/2009

Briques en sursis

Le mur à moitié cassé tarde à tomber.

Les fissures se regardent avec méfiance.
Toi, la première. Non, toi.
En chiens de faience !

La petite madone blanche et bleue dans sa niche au bout du mur en perdition, attend un évènement qui la sortira enfin de sa torpeur séculaire.

Rien ou presque ne bouge. En apparence.

En attendant qu’un homme ou une bête ne passe ici le bout de son nez ou de son museau, par curiosité ou par hasard, et reçoive en prime quelques briques fêlées sur le crâne. Ça fera mal, c’est sûr.

Et la petite madone, pour la première fois de son existence de plâtre, éclatera de rire !

09:30 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (11) | Tags : mur, madone, fissures | Lien permanent

04/11/2009

Folie en grains

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Un grain de folie
Est tombé sur le lit
Enrayant ta sagesse légendaire

Tu n’as rien vu
Ou fais semblant

Tu as poursuivi tes chimères
Jusqu’à la rive
Où le grain de folie s’est dispersé
En nano grains
Et ainsi jusqu’à épuisement

Et toi poussière de pensée submergée par la fantaisie
Tu ne sais plus où tu vas, qui tu es, qui tu aimes…

Tu attends ton phénix qui te réhabilitera aux yeux de ton monde si vaste et si exigu.

08:57 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (14) | Lien permanent

17/10/2009

Arturo

La maison me parle d’Arturo.
Voilà douze ans que je vis ici et c’est la première fois qu’il m’apparaît sous ce nom, comme une révélation !

Esprit farceur, combien de fois n’a-t-il pas caché mes clés, fait disparaître la bouteille d’huile d’olive, égaré mon courrier, placé des produits périssables dans les endroits les plus insolites, fait se volatiliser une chaussure, une seule, pour que je me souvienne qu’un jour elle fit partie d’un couple.

Pourtant, je ne lui en veux pas. Il finit toujours par revenir à de meilleurs sentiments, oriente la recherche de mes clés dans l’interstice poussiéreux d’un fauteuil, téléporte ma bouteille d’huile d’olive dans le congélateur, emmêle mes courriers importants dans l’écheveau tordu des publicités inutiles…
La nuit, je l’entends traîner quelque objet dans un coin du grenier ou ouvrir la porte de la cave laissant passer un filet d’air.

Je sais qu’il est, sans doute, comme moi, d’une humeur inégale. Mais je le surprends parfois à sourire, reflet furtif dans le tain du miroir et qui disparaît aussi vite. Il n’aime pas que mon regard perce sa vulnérabilité, il préfère se faire oublier jusqu’à la prochaine bouderie ou espièglerie.

Nous avons convenu tacitement d’une coexistence pacifique à durée indéterminée, jusqu’à extinction de ses feux, probablement.

Je me rends compte que je fais preuve envers lui d’une indulgence étonnante, l’indulgence  d’une mère pour un enfant remuant et capricieux !

Une amie – experte en thérapies diverses et en guérison des blessures profondes – m’a pourtant mise en garde contre des déperditions d’énergie qu’Arturo pourrait m’occasionner.
J’ai donc accepté de tracer des cercles de petits cailloux blancs là où il est censé avoir souffert ou fait souffrir. Ou de brûler quelques herbes purificatives pour évacuer les fumées de son esprit.
Mais sans conviction. J’ai, je pense plus que tout, peur de perdre ce reflet presque vivant de ma solitude accompagnée.

Voilà ce que sans m’en rendre compte, il vient de me souffler.

Oui, je vous assure, la dernière phrase qui revendique la survivance d’Arturo, cette dernière phrase n’était pas de moi !

22:00 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Lien permanent