22/01/2016

Sans fioriture

Ombre Cle IMG_3270-2.jpg

Sortie de nulle part si ce n’est des pierres

La petite fée sans ses habits du dimanche

Allait s’engouffrer dans un tunnel sans fin

 

Combien de temps passerait

Avant que ne reviennent

la lumière, sa douceur,

l’espoir

 

Combien de temps encore

Allait-elle renoncer à la compagnie

Factice des hommes ?


18/01/2016

Les osselets

osselets IMG_1887.jpg

Sur un carré de terrasse envahi par les mousses, les herbes et les terres éparpillées, nous jouions aux osselets. Oh, pas les osselets classiques que l’on achète au supermarché des jouets ou que l’on trouve dans les tiroirs des grands parents, oubliés de tous. Non, d’autres osselets, authentiques ceux-là, restes d’un pied de porc à la viande durcie. 

Les abats étaient le lot quotidien de viande dans cet univers pas riche. Alors les enfants devaient faire preuve d’imagination pour détourner les objets et les transformer en jouets acceptables selon leurs normes. Le plus rongeur d’entre-nous savait montrer les crocs pour achever le pied qui avait cuit pendant des heures sans parvenir à devenir presque comestible. Dans un groupe, il y toujours quelqu’un qui soucieux d’économie ou doté d’un appétit qui n’est pas de gourmet, fait office de finisseur. Pendant un temps indéterminé, il s’était acharné sur le pied, le tournant dans tous les sens, activant ses belles incisives tranchantes. Nous attendions patiemment que le grand nettoyage soit fini, que toutes les particules qui en vieillissant prendraient un  goût de pourri ou se muniraient d’une couche de moisissures selon les caprices du temps disparaissent dans cette incroyable bouche vorace. C’était un perfectionniste et le travail, même s’il durait longtemps, devait avoir fière allure ! 

Les morceaux étaient irréguliers, dame, il s’agissait de vrais osselets provenant d’un vrai animal, pas d’osselets d’opérettes ou préfabriqués dans une manière noble comme l’était le plastique, à l’époque.

Les osselets étaient alignés dans un désordre  dû à la fantaisie de leurs formes.

Formes biscornues qui devaient nécessiter un agencement des règles classiques du jeu. Mais nous n’en avions cure . Nous adaptions le jeu à notre fantaisie et nul arbitre n’était là pour nous contredire. Après la partie, les trophées étaient abandonnés sur le sol comme des orphelins privés de leur famille.

Ils restèrent ainsi pendant des mois traversant les saisons et même pas convoités par des prédateurs affamés. Longtemps après qu’ils avaient été enfouis par les intempéries, quelque jardinier nouveau-venu a dû les identifier, croyant à des vestiges de quelque cadavre d’animal. Il ignorait que ces osselets avaient leur propre histoire dans la nôtre... 

 

12:41 Écrit par Saravati | Commentaires (7) | Lien permanent

05/01/2016

Des bruits dans la maison

Je ne savais pas si je dormais, rêvassai, somnolais, il y a tant de mots qui signifient ces instants d’inconscience pleine ou partielle, ces états qui voguent entre deux réalités. Entre les fissures des persiennes légèrement relevées, je percevais un début de jour prometteur, un peu gris derrière les bourgeons de sureau sauvage. Mais une présence , des pas feutrés, des frôlements, la maison où j’étais seule semblait avoir acquis de nouveaux habitants...Je pensais que ces bruits parvenaient de la rue au bout de l’allée, mais ils étaient trop proches pour être vraiment étrangers. Je me suis dit : Arturo s’est réveillé parce que c’est le printemps, Arturo j’en ai déjà parlé ici, c’est mon compagnon fantomatique, celui qui me joue des tours, toujours aussi facétieux, égal à lui-même mais toujours aussi invisible. On avait sonné à la porte, une sonnerie timide et non redondante, le temps d’enfiler ma robe de chambre, le visiteur inattendu était déjà reparti, il faut qu’on soit vraiment motivé pour venir chez moi ! Je suis descendue, Arturo était reparti dans ses limbes avec ses froissements de pas et ses chaînes silencieuses, sans doute désappointé d’être toujours présumé coupable sans pouvoir prouver son innocence. Dans la cuisine, d’autres bruits m’attendaient, comme si quelqu’un tapait violemment à la fenêtre du premier étage.

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Pas vraiment rassurée, je montai les escaliers, atteignai le vélux d’où semblaient venir les fracassements. J’étais transportée dans le film Les oiseaux : deux formes noires de grande envergure se dressaient derrière la fenêtre et s’envolèrent à mon approche et firent des danses aériennnes de sioux sur les branches du chêne géant, escaladant le ciel aux nuages moutonneux. Ils revinrent à plusieurs reprises becqueter la vitre, ils ne m’ont pas dit et je n’ai pas non plus compris ce qui sous les combles attirait leur convoitise. Parfois, par delà les cerisiers qui rosissent, il m’arrive de les entendre et de voir leurs grandes ailes se déployer dans le ciel comme des ciseaux gigantesques tailleurs de nuages.


12:03 Écrit par Saravati | Commentaires (14) | Tags : oiseaux, peur, bruits | Lien permanent