25/08/2015

Hector

1ère version : Pour l’amour d’Hector

 

grande grise et petite verte MG_1034.jpg

 

Cette famille est bien sympathique. C’est la famille d’Hector. Tout de suite, ils m’ont acceptée, ils m’ont fait confiance.

Hector, c’est mon copain, il a 20 ans, c’est le plus beau des copains que j’ai jamais eus. Il est tendre, sensuel, touchant dans sa maladresse amoureuse, peut-être que je l’intimide toujours.

Ça a été le coup de foudre. Surtout pour moi. Celui-là, il fallait le garder, plus que les autres, une aubaine.

Alors, je n’ai rien dit pour ma famille. Celle dont je ne veux pas parler. Mon père si violent qui n’est plus. Et ma mère névrosée qui l’a aidé à ne plus être et que je n’ai pas vue pendant quinze ans.

Il paraît que ce sont ces années d’enfance et d’adolescence qui forgent la personnalité d’adulte.

Moi, je suis devenue adulte sans l’aide de personne. Alors, parfois je fignole un peu la réalité pour lui donner un peu de relief.

Ça, Hector ne doit pas le savoir, ma famille marginale qui n’en est pas une. Je le lui dirai quand il m’aura acceptée complètement.

Ses parents aussi sont gentils. Quand je leur ai annoncé que j’avais eu des mots avec mon propriétaire (une vraie teigne, celui-là !), ils m’ont proposé, en attendant de trouver autre chose, de venir habiter chez eux. J’y suis bien et je ne cherche pas vraiment autre chose.

Tout ça, c’est normal, je vais bientôt faire partie de la famille. Bien sûr que ce n’est pas Hector qui a eu l’idée. Hector suit les idées des autres, en l’occurrence les miennes. Il m’adore.

Je crois que j’ai beaucoup d’influence sur lui. Cela me touche aussi parce que je l’aime bien et je voudrais le garder…longtemps.

Alors je n’ai pas pris mes précautions et je me suis retrouvée comme la fille dans la chanson de Renan Luce avec « un petit habitant…sous le nombril ».

Ça va accélérer les choses. Hector prendra ses responsabilités. Il a été élevé comme ça dans la bonne tradition judéo-chrétienne : tu casses, tu paies.

Ma voilà devenue un objet rare, un objet précieux qu’il faut protéger des aléas de la vie.

Moi qui ai dû grandir toute seule, on s’affaire autour de moi, on me bichonne, on me sert comme une princesse, je suis porteuse de pérennité pour la famille, moi qui suis née de la violence.

Il faut que je leur fasse un cadeau, les cadeaux sont une preuve d’amour. Quand on m’aime et qu’on me le fait sentir (je n’avais connu ça avant) j’ai envie de le crier.

La voiture d’Hector est vieille, rouillée, cahotante et sur les pavés, elle me fait tressauter moi et le petit. Je vais lui faire la surprise, j’ai un petit magot sur mon compte en banque, j’ai vu l’œil d’Hector briller quand il a vu la pub pour …

Il en est resté baba, je ne fais jamais les choses à moitié, d’ailleurs, le bébé, il est pas tout seul, ils sont deux, des vrais jumeaux, je pense, l’échographie n’est pas très claire…

Ma famille, l’autre, ce n’était pas n’importe qui : mon père travaillait dans le commerce international, directeur de sociétés avec plein de collaborateurs. Il n’a pas eu le bonheur de connaître l’essor de la Chine et le déferlement de ses produits sur le monde entier. Il aurait pu réaliser des affaires fabuleuses et nous aurions été encore plus riches.

De toute façon, l’argent, c’est fait pour circuler. Et cette nouvelle voiture aussi. Comme je suis fière de m’y pavaner avec mon bel Hector !

Le pauvre, il vient de perdre son emploi, restructuration, crise, concurrence étrangère, tout le fatras des beaux prétextes pour mettre la clé sous le paillasson après avoir grassement empoché les subsides de l’état.

Je vais aller voir tante Sophie, elle est directrice de R.V., les cosmétiques par correspondance, je travaille comme secrétaire chez elle et je peux emporter tous les produits que je veux. C'est vrai qu’on s’est un peu perdues de vue hors travail depuis que ma mère est sortie de prison. Mais je n’ai rien à voir avec les humeurs de ma mère et encore moins ses penchants meurtriers. D’ailleurs, pendant toutes ces années de taule, je n’ai eu aucun contact avec elle. Les psy disaient que c’était mieux pour m’éviter des traumatismes ultérieurs. Ma mère, on s’est saluées et puis bye. Tu m’as assez embrumé la vie. Tu as payé, mais, moi aussi : montrée du doigt, la honte, les chuchotis derrière mon dos…Je te renie. J’ai une vraie famille, aimante, où l’on ne s’entretue pas pour un oui pour un non. Je montrerai que la famille, ce ne sont pas les gens qui vous donnent la vie mais une affection réciproque. Ils me la donnent et je la leur rends. Donc, j’irai voir tante Sophie pour demander un emploi pour Hector.

Et quitte à faire, pour mon beau-père aussi. C’est dur de le voir trimer à vendre des glaces en itinérant. Depuis 20 ans que ça dure (l’âge d’Hector : il est né avec l’avènement de la crème glacée dans la famille, brrr ça jette un  froid, quelque part !) . six jours sur sept, tard le soir, la tombée du jour, pour quelques glaçons et des clopinettes. S’il devenait chauffeur chez RV cosmetics : sécurité d’emploi, droits sociaux, pension, rentrées fixes. Oui, je vais en parler à Tante Sophie, elle m’adore, elle ne peut rien me refuser. Elle sait combien j’ai souffert.

Elle sera d’accord pour Hector, pour son père aussi. Il pourra remettre son affaire. Tiens, j’ai trouvé des amateurs, un pour son camion, l’autre pour ses frigos, une affaire rondement menée !

Je suis vraiment efficace, j’ai l’impression d’être le maître d’ouvrage dans un épisode des  Sims ...


17:10 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (12) | Lien permanent

Commentaires

Bonjour et merci de ton passage sur mon site. Je visite beaucoup de sites amis de mon côté et je suis un peu submergée aussi ai-je décidé il y a déjà un an de ne plus visiter QUE les sites photos et rien que photo. Si je ne m'en tenais pas à ce choix - qui va avec mon hobby principal - je serais toute la journée devant mon écran et ma santé ne me le permet pas.
Merci encore d'être passée.

Écrit par : Focales | 26/08/2015

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Superbe texte, Saravati !
Un conte moderne, émouvant, avec le paradoxe bien amené entre richesse et maltraitance, et pauvreté associé à la richesse des sentiments !
J'ai envie d'applaudir et de leur souhaiter tout le bonheur du monde

Écrit par : fifi | 26/08/2015

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@ Focales
Merci de votre visite en réponse à la mienne, j'aime beaucoup la photo, les vôtres sont très belles.
La photo est pour moi parfois le déclic pour l'écriture d'un texte. Ici ce n'est pas le cas.
Je respecte votre choix concernant les visites des blogs photos, mais sachez que vous ratez quelque chose, certains blogs sont très beaux bien qu'alimentés par des mots.
Mais il faut choisir selon le temps qui nous est imparti !

@ Fifi
Merci de ta belle analyse mais tu verras dans la suite que la réalité a parfois plusieurs visage :-)

Écrit par : saravati | 26/08/2015

Belle découverte pour moi de Miossec ♥

Écrit par : fifi | 26/08/2015

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C'est tellement magnifique que j'aimerais aussi le vivre... pour de vrai.
Comme de revoir le nom de LOO dans vos 'amitiés' est un retour aux jours cadeaux.
Cordiales salutations,
Pat.

Écrit par : Pat. | 27/08/2015

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Une reprise en main qui va trop bien pour qu'on ne s'en inquiète pas un peu quand même...

Écrit par : Edmée De Xhavée | 27/08/2015

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@ Par
Votre nom m'a donné une émotion que l'on pourrait expliquer par mon billet précédent A Patricia, elle signait elle-aussi Pat et c'était une de mes plus fidèles commentatrices.
Je ne sais pas si je vous connais. Vous faites référence à Loo dont j'appréciais énormément l'humour mais qui était une personne fort sensible, elle a disparu des blogs mais je sais qu'elle avait des problèmes de santé. Au plaisir de vous lire ...

@ Edmée
Tu as sans doute raison de t'inquiéter car sous des dehors sereins ...

Écrit par : saravati | 27/08/2015

Je suis plutôt d'accord avec Edmée, ça semble trop beau pour durer... en tout cas un texte agréable à lire, vivant et sensible. Ah l'amour !

Écrit par : patrick | 28/08/2015

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Histoire magnifiquement étonnante, déconcertante même. Déconcertante car comme dans un film ou un roman je me réjouis de la chance du personnage puis me demande si la chance, peut être hasardeuse, va durer.
Malgré cette crainte je ressens aussi l'émerveillement de Fifi qui l'exprime si bien.

En écoutant la belle chanson de Miossec je me dis qu'il tellement dommage qu'on ait pas droit à un ou plusieurs brouillons avant de vivre sa vie "pour de vrai".

Écrit par : michèle | 28/08/2015

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Non, normalement vous ne me connaissez pas, (je n'ai été jadis qu'un fantôme en transit chez Vous), je crois, ou alors par sorcellerie.
Loo est et restera pour moi Cette (La) Femme Fée,une presque Proche qui m'est demeurée Inconnue pourtant.
Voisine et Femme de complicité virtuelle.
Des Partages d'exception qui se disaient pudiquement.
Elle a je l'espère préservé sa Vie et ses Rêves...
Désolé d'être un de ces vieux sans saveur et qui près de Vous avoue ses souvenirs. Merci d'être une Personne vraie, talentueuse certainement et qui me manquerait si je l'avais connue.
Cordiales salutations.
Pat.

Écrit par : Pat. | 28/08/2015

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Il n'y a pas de sorcellerie dans le monde des ondes.
Juste le hasard d'une convergence la première fois...
J'ai essayé de recontacter Loo, mais sa voix a disparu.
Les complicités virtuelles ne s'encombrent pas de la matière.
Merci pour votre message, merci pour Loo aussi bien que j'aimerais qu'elle puisse vous répondre personnellement.

Écrit par : saravati | 31/08/2015

Adorable ce monologue, et aussi la comparaison entre les deux perceptions de la situation selon les points de vue. On y croit à fond que cela soit à l'une comme à l'autre...
Sans qu'il y ait un tel clivage, les événements ne sont pas sentis de la même façon par les différentes parties et les souvenirs sont souvent complétement différents

Écrit par : Cergie | 07/09/2015

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