02/06/2015

Où se perdent tous ces regards ?

...Suite au billet précédent

Avant on photographiait des gens qui regardaient autour d’eux, il arrivait même qu’ils vous prêtent une attention fugace ou vous sourient pour vous remercier d’avoir capter leur regard, maintenant on photographie des visages penchés avec attention...plus personne ne fixe l’objectif, riveté à son écran...

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 Dans les premiers portraits que j’ai réalisés, j’avais l’impression qu’il fallait saisir la personne dans un moment d’inattention, retrouvant ainsi les gestes de mes parents qui nous photographiaient enfants, essayant de nous prendre à la dérobée. Ils étaient persuadés que s’ils nous demandaient de les fixer, nous perdrions notre « naturel ». Fouad Elkoury.

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L’heure n’est plus à l’échange de regards entre le photographe et son sujet, le sujet d’aujourd’hui est imperméable au monde qui l'entoure et se retranche dans une bulle technologique dont il est le nombril et qu’il partage momentanément avec cette ribambelle de connaissances qu’il a baptisés ses « amis », amis qu’il rencontre rarement dans la réalité matérielle.

Le film « Denise au téléphone » que j’ai déjà évoqué ici était un exemple visionnaire

 

17:23 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (17) | Tags : regard, photographie, écran, communiquer, téléphone | Lien permanent

Commentaires

D'ailleurs, il n'y a plus d'objectifs!

Écrit par : Alezandro | 02/06/2015

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Effectivement pour les téléphones multi usages il n'y a pas d'objectif externe... mais je suis de la nouvelle école, j'utilise un appareil qui pèse et qui me fait compagnie :-)

Écrit par : saravati | 03/06/2015

Je voulais dire de manière générale dans la vie, rare sont les personnes avec un objectif défini!

Écrit par : Alezandro | 03/06/2015

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Ah, l'imprécision du français qui donne aux mots des sens si différents ...

Écrit par : saravati | 03/06/2015

Bonjour,
Quelle tristesse tous ces jeunes enfermés dans leur smartphone ou tablette.
Rien ne vaut un contact humain !
Bisous virtuels (hélas) ;-)

Écrit par : Rafaël | 04/06/2015

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Plus personnes ne fixent rien. Peut être est ce voulu??
Être enfermé sur un tout petit écran et rester figé sans rien regarder autour. Une humanité repliée sur elle même ...

Écrit par : Patricia | 05/06/2015

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Ne fixent plus que les gens qui ont besoin du regard des autres pour exister: tristesse.
J'ai rencontré quelqu'un comme ça en voyage, c'était traumatisant. J'ai écrit un texte pour exorciser la chose...
Vos photos sont belles, Saravati, de la couleur, de la lumière, et les reflets dans les cheveux, j'aime beaucoup.

Écrit par : Nicole Giroud | 05/06/2015

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Juste analyse. Il faudra réapprendre à regarder autre chose que ses écrans...

Écrit par : éric | 06/06/2015

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Vrai que vos photos sont belles, avec la belle dose de couleur et d'ombre qui repose et contraste...

On ne trouve plus que le regard que sur les selfies... Il y a un vertige efffrayant en ce moment, un déplacement du moi réel vers un moi que les autres voient, que ce soit pour l'image que pour le rôle que l'on joue. Quelle détresse...

Écrit par : Edmée De Xhavée | 09/06/2015

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Très juste.
Cette façon de tout fixer de notre vie d'une manière égoïste et angoissée, comme si elle nous échappait déjà.

Écrit par : Nicole Giroud | 13/06/2015

C'est tout à fait vrai, à l'heure de la "communication" tous azimuts on se replie de plus en plus sur soi et on est de plus en plus seul.
Mais je ne sais pas si de nos jours les gens se laisseraient si facilement photographier. J'ai eu plusieurs fois des problèmes avec des personnes ne voulant pas apparaître, même de loin, sur la photo. Alors pour le regard complice du modèle et du photographe, j'ai un doute...

Écrit par : almanito | 10/06/2015

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J'ai éprouvé les mêmes difficultés que vous. Le droit à l'image, la pédophilie, l'obsession sécuritaire alors qu'on est tout nus avec les réseaux sociaux, tout cela complique le regard que l'on accepte des autres.

Écrit par : Nicole Giroud | 13/06/2015

Oui, le droit à l'image réduit de toute façon la liberté de photographier. C'est devenu compliqué de faire un portrait dans la rue.

Le repli sur son écran est devenu quasi général, ce qui n'empêche pas tes photos d'être très belles !

Écrit par : fifi | 11/06/2015

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C'est bien le problème que tout peut se photographier, ce qui entraîne une réticence justifiée des gens ne voulant pas apparaître sur la toile. Pour ma part, je photographie à la sauvette de loin, des scènes de café dont je fais des tableaux et j'aimerais bien pouvoir prendre un visage en gros plan, mais l'argument peinture ne fonctionnerait pas. On va se contenter d'atmosphères à défaut de mieux et de regards se dirigeant vers d'hypothétiques liens sur des écrans...

Écrit par : Ritournelle | 13/06/2015

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J'aime observer les gens autour de moi et échanger un sourire ( parfois) :-)
C'est bon de se déconnecter de tout, quand je pars en vacances pas d'internet et je n'utilise presque pas mon tél. Cela fait un bien fou !!!

Écrit par : Pâques | 13/06/2015

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C'est assez bien vu. Une partie du monde est comme tu le dis. Il reste l'autre partie et personnellement, je me compte parmi ceux dont le monde reste un sujet d’émerveillement qui passe avant toute frénésie de connexion artificielle. Le monde me le rend bien puisqu'il m’inspire toujours.
Amicalement.

Roger

Écrit par : roger DAUTAIS | 13/06/2015

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@ Tous
Merci pour vos regards, au moins j'ai atteint l'objectif d'attirer votre attention :-)

@ Patricia
Est-ce voulu ? Que chacun s'enferme dans un individualisme qu'il pense avoir choisi ?
Pendant ce temps, des mesures justifiées par la crise mais entretenues par les détenteurs d'argent continuent de réduire le pouvoir d'achat...

@ Edmée
Les selfies entretiennent le narcissisme en déformant ... se voir de trop près ne permet pas le recul pour voir les "choses" avec objectivité. Et sans doute faut-il garder bonne figure (même quand on passe la langue :-)

@ Almanito
Photographier les gens suppose de leur accorder un regard. Même s'ils sont réticents, c'est peut-être parce qu'ils imaginent que nous ferons un usage de ces photos malgré eux (voir tous ceux qui se retrouvent sur Facebook sans l'avoir souhaité)

@ Ritournelle
Oui, les photos volées posent aussi un problème de déontologie. J'aime bien ta démarche de de faire des
tableaux à partir de photos. Mais je parviens encore à prendre des photos en gros plan à condition de parler aux gens, de leur donner une importance sans flatterie.

@ Roger
Je connais ta démarche et la façon positive dont tu approches le monde, la manière avec laquelle tu donnes aux choses éphémères une valeur durable.
Mais les gens ont depuis longtemps cessé d'être des éléments de nature. Ils sont plus connectés à eux-mêmes qu'au reste du monde, ils perdent contact avec les vraies valeurs. Mais savoir ce qu'elles sont relève d'un autre débat.

Écrit par : saravati | 15/06/2015

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