24/01/2014

Corridor d’hôtel

femme noire_MG_6694.jpg

La belle noire promenait son chariot à travers les couloirs étroits.

Des piles de linge immaculé formaient des montagnes de perspective de propreté.

Son matériel de secours discrètement placé sur la planche du bas l’obligeait à chaque étape à se baisser vigoureusement et entretenir un mal de reins en formation.

Je la suivais du regard et j’avais envie de fixer sa belle silhouette ronde et ce beau visage presque lisse qui la surplombait.

Je n’ai pas osé m’arrêter près d’elle, j’avais peur qu’elle se méprenne sur mes intentions, je voulais juste capter l’émouvante beauté de l’effort.

Je ne savais pas encore que ses sœurs de couleur vaquaient elles-aussi aux mêmes occupations aux autres étages d’autres hôtels.

Pour s’élever, avoir une place, un travail, elles devaient passer leur temps à se baisser à nettoyer les crasses des nantis.

Pour offrir des études à leurs fils qui devraient plus tard occulter la couleur de leurs origines pour être acceptés à part égale, elles continuaient à courber l’échine comme elles avaient appris à le faire depuis la nuit des temps...

 

 

11:39 Écrit par Saravati | Commentaires (20) | Tags : couloir, travail | Lien permanent

14/01/2014

Dans la file du supermarché

JF poussette building IMG_3470.jpg

Je vais rarement dans les grandes surfaces, ou alors en coup de vent. Je préfère les magasins fonctionnels où mes pas me mènent droit au but sans m’attirer dans leurs filets publicitaires.

J’étais hier à la caisse d’un de ces magasins, une jeune femme accompagnée d’une poussette avec un jeune enfant avait chargé ses commissions, un peu partout dans les filets. Elle me dit : j’ai mis des bouteilles d’eau dans le filet en bas, la dernière fois quand je suis revenue à la maison, je me suis rendu compte que le caissier avait oublié de regarder. Son visage respirait l’honnêteté et je lui dis de ne pas s’en faire. Les bénéfices engrangés dans le commerce sont si importants, et elle n’avait pas agi de façon frauduleuse. Je sais pour l’avoir vécu que faire ses courses avait un bébé n’est pas chose facile, car on ne peut pas prendre un chariot et il faut bien s’arranger pour caser les choses quelque part sans trop encombrer le bébé. Le bébé roucoulait et me faisait des sourires. Elle me dit qu’elle était inquiète, le bébé avait eu le mois dernier une intoxication au dioxyde de carbone, sans conséquences heureusement et qu’elle venait de passer une semaine chez sa mère qui fumait beaucoup, elle craignait qu’il soit victime de tabagisme passif. Je m’étonnais de l’attitude de la grand mère qui refusait d’aller fumer dehors. « Oh c’est ma mère, elle est comme cela ! » dit-elle d’un air navré. Je sentais qu’il devait y avoir toute une histoire entre la mère et la fille et que ces dernières péripéties n’étaient pas les premières. Je sentais qu’elle regrettait de ne pas avoir vraiment le choix d’aller chez sa mère pendant cette semaine de congés, elle ne m’en dit pas plus …Elle m’expliqua qu’elle revenait du travail et qu’elle n’aurait pas le temps de cuisiner pour le petit ce soir, elle lui ferait des pâtes avec une sauce préparée, il aimait, ça, les pâtes, quel enfant n’aime pas les pâtes , que d’habitude elle faisait des potages avec des légumes du jardin que lui donnait son père, mais il n’y avait plus rien au jardin en cette saison, alors elle achetait des légumes surgelés. Mon fils a tout ce qu’il veut, on essaie de lui donner le meilleur.

J’admirais cette jeune femme courageuse (était-elle seule à élever cet enfant ?) qui essayait de partager sa vie entre le travail indispensable et le temps consacré au petit. Difficile équilibre encore, et peut-être plus aujourd’hui ! Toutes ces années que j’avais vécues à courir, à joindre les deux bouts entre travail et vie de famille me revenaient en mémoire. Je ne sais pas comment j’ai tenu le coup, y réfléchir profondément aurait posé plus de problèmes que de n’y pas penser, noyée dans les charges administratives et autres. Je pense que mes enfants ont parfois dû souffrir de ma « rudesse » et de mon manque de disponibilité, que l’attention que leur portait leur père (qui travaillait à plus de 100 km de son domicile) était sûrement plus « spontanée »

Les hommes disent souvent qu’il faut faire des choix, les femmes font ce qu’elles pensent être le mieux. Rien de nouveau sous le soleil !

18:41 Écrit par Saravati | Commentaires (19) | Lien permanent

07/01/2014

Etrange alliance

femme au chien 2 IMG_7652.jpg

Ah si seulement tu me rendais ma liberté !

Je ne suis pas comblé de rester accroché à tes basques

Et toi non plus.

Tu dois supporter mes envies d’évasion

Retourner la corde qui m’annihile.

Je  t’oblige à sortir par tous temps

Et si tu ramènes chez toi

Quelqu’un qui ne me plaît pas

Je ferai de mes pattes et de mes crocs

Pour le faire déguerpir au plus vite.

Serions-nous un couple maudit ?

15:43 Écrit par Saravati | Commentaires (13) | Tags : chien, couple, maudit | Lien permanent