18/11/2013

Cadre d'hiver

sapins neige IMG_8371.jpgC’était un grand tableau de maître, il avait voulu cette fois innover la couleur en jouant noir et blanc. Dans le froid glacial d’un hiver alpin, il avait planté de petites graines minuscules qui en quelques jours étaient apparues ramifiées. Il avait décidé de leur donner un espace qui leur serait propre, les détacher du blanc profond, pour mieux les faire jaillir dans leurs noires silhouettes.

En se démarquant de la couleur, il avait atteint une dextérité dans le détail qui donnait aux fonds blancs des reflets ambrés De ces reflets, il avait avec une patience infinie,  extrait de longs lambris dentelés.  Les marques sur la toile semblaient une invitation au rêve, au voyage dans des sphères si éloignées qu’à défaut de réchauffer le corps remplissaient le cœur d’une chaleur inégalable.

C’était de loin le plus beau tableau que j’avais vu de lui, je décidai d’enfermer au fond de moi cette image idyllique et de ne plus jamais aller voir aucune de ses expositions. Quand on a frôlé l’extase …


Les tableaux sont des créatures de plein air, ils ont besoin de respirer ; seul l'intérêt qu'on leur porte les empêche de se faner. Entassés dans une galerie d'art ou tournés vers le mur d'un atelier, ils s'étiolent. Iain Pears

10:04 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (8) | Lien permanent

Commentaires

Quelle description du tableau... Un exercice de style difficile les paysages neigeux!!
"Frôler l'extase" devant un tableau, le rêve de bien des peintres :-)

Écrit par : pat | 18/11/2013

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Peut-être qu'en effet le tableau idéal est-il préférable au musée idéal :)

Écrit par : Patrick C | 19/11/2013

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Qui sait ce qui nous touche dans un tableau ? Là aussi, il faut des blancs et du non-dit.

Écrit par : Danièle | 20/11/2013

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@ Pat
Un tableau imaginaire ...je n'ai pas encore frôlé l'extase et la neige a cet inconvénient de fondre dans le décor avant que le tableau soit fini :-)

@ Patrick
ça existe, un musée idéal ? Peut-être celui qui nous fait admirer ce que nous voulons vraiment voir !

@ Danièle
Les non-dits ? C'est sans doute ce qui exprime le mieux l'essence des choses !

Écrit par : saravati | 20/11/2013

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Texte plein de délicates touches, et la mémoire du beau qui reste.

Écrit par : caro | 23/11/2013

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Merci. C'est vrai que le beau reste dans le mémoire même si parfois on essaie de l'écorcher un peu lui reprochant de ne pas avoir perdurer.

Écrit par : saravati | 24/11/2013

D'accord avec Lain Pears. La vue de votre image (une photo y suppose? me fait penser à Valberg...Souvenirs de légèreté et sérénité vue du téléphérique.

Écrit par : claire | 08/12/2013

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Quelque part dans la montagne entre Lyon et Turin.
Heureusement les routes étaient dégagées ...

Écrit par : saravati | 11/12/2013

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