08/07/2013

La liseuse

Lire IMG_0245.jpg




« La chose la plus utile que j’ai gardée de mon enfance est la confiance en la lecture... 

Etre née est quelque chose qu’on m’a fait, mais ma propre vie a commencé – je l’ai commencé toute seule- quand j’ai compris pour la première fois la signification d’une phrase. » Nuala O'Faolain

Si petite que j'étais, j'ai toujours aimé lire avec le corollaire : j'ai toujours aimé écrire. Saravati http://saravati.skynetblogs.be/apps/search/?s=lire


Elle lit.

Rien ne l’arrête, ni les trépidations du train, ni les soubresauts de la voiture sur l’autoroute rapiécée, ni l’inconfort du siège, ni le serrage de la ceinture qui diminue sa liberté de mouvement, elle, si remuante, ni le jour qui commence à tamiser la lumière, ni l’hiver qui va ralentir la course en s’amplifiant, ni le chauffage qui marche à peine parce que la voiture a parfois de ces fantaisies climatiques.

Elle lit, elle ne voit pas le paysage, elle n’entend pas les voix qui s’obstinent à lui parler malgré son extrême application indifférente au monde.

Je me demande ce qui peut bien la captiver, ce qui lui permet de se retirer dans une tour avec un auteur qui lui parle à voix basse, quel est le poids des mots qui pèsent sur elle, l’alignement de la grammaire qui lui donne envie de réfléchir, les belles courbes d’orthographe qui font le malheur des cancres et qui lui plaisent tant, elle qui a su se conformer aux règles.

Elle lit, enregistre, avale, ses neurones bouillonnent pour ne pas perdre les fils du discours, elle suit les lignes d’Ariane dans le labyrinthe des idées.

Je l’appelle pourtant, mais ses branchies sont fermées, à peine ses lèvres dessinent-elles un oui imaginaire et silencieux.

Elle est belle, la liseuse calfeutrée dans un monde inaccessible, son recueillement prête au respect, alors, je me tais, moi qui ne peux comprendre …et je lui laisse à elle seule cette expression de ravissement que par pudeur je ne dévoilerai pas !



09:25 Écrit par Saravati | Commentaires (12) | Lien permanent

Commentaires

Milosz :
- "- Je savais ce qui reste pour les moindres comme moi :
Les festins des brefs espoirs, l'assemblée des fiers,
Le tournoi des bossus : la littérature..."

Écrit par : JEA | 08/07/2013

Répondre à ce commentaire

C'est beau ... Je vois la scène ... et j'aime tant te lire !
Je t'élis bien et je t'ai bien lue, une fois de plus ! Comme elle lit, elle parle ...

Pensées heureuses dont Dante ...de vulgari eloquentia ...

Écrit par : Veronica | 09/07/2013

Répondre à ce commentaire

I adore your photo !!!

Écrit par : Veronica | 09/07/2013

Répondre à ce commentaire

une scène délicieuse très bien racontée –
un jour, perdue dans ma lecture, j’ai fini par sentir que l’arrêt durait vraiment longtemps, et me suis alors aperçue que j'étais seule dans la rame au milieu de la gare de triage des RER

Écrit par : emma | 11/07/2013

Répondre à ce commentaire

Un bel éloge de la lecture. Et de la lectrice.
"Les femmes qui lisent sont dangereuses", disait un beau livre paru il y a quelques années. Dangereuses, parce qu'elles ont trouvé le chemin qui mène à soi-même.

Écrit par : Carole | 12/07/2013

Répondre à ce commentaire

Tout peu s'arrêter quand une écriture captive, plus rien n'existe...
Texte tout en sensibilité.

Écrit par : pat | 12/07/2013

Répondre à ce commentaire

Bel éloge de la concentration de la lectrice, heureux auteur qui peut la captivé de la sorte.

Amitiés,
Marc

Écrit par : charlier | 14/07/2013

Répondre à ce commentaire

Merci d’avoir partagé avec ma lectrice ce petit coin de page …

@ JEA
Ah la littérature l’expression de nos mémoires d’hommes …

@ Veronica
Je suis tous jours é merveille hé par ton en tout siasme. Merci de m’élire encore une fois !

@ Emma
C’est beau une lectrice qui s’évade mais parfois …

@ Carole
Les femmes intelligentes sont dangereuses elles-aussi. Serait-ce parce qu’elles lisent ou lisent en elles-mêmes d’une façon différente de ceux qui ont longtemps monopolisé l’écriture ?
Voir « une chambre à soi » de Virginia Woolf. http://saravati.skynetblogs.be/archive/2013/02/15/muse-s-et-inspirateur.html
J’aime beaucoup votre regard sur les choses quand vous écrivez

@ Pat
Cette faculté de se retirer, quelle étrange satisfaction !

@ Marc
Souvent l’auteur ignore l’impact qu’il peut avoir sur l’esprit de ses lecteurs, au fond, il écrit d’abord pour lui-même mais s’il arrive à faire partager son univers …Amicalement.

Écrit par : saravati | 18/07/2013

Répondre à ce commentaire

Subrepticement en ouvrant un livre, pénétrer dans un autre monde. S'évader, s'envoler. Refaire le monde.

Écrit par : jeandler | 18/07/2013

Répondre à ce commentaire

" Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard
C'est tout à fait ce que je pense aussi :-)

Écrit par : Pâques | 25/07/2013

Répondre à ce commentaire

Ces moments si intenses, hors tout, hors temps.

Ah j'adore et sais bien faire. Çà en agace certains...sourire

Écrit par : C comme Corinne | 16/10/2013

Répondre à ce commentaire

Ah on devrait s'entendre toi et moi ! Ou plutôt s'entendre sans parler, unies par le même goût de lire :-)

Écrit par : saravati | 18/10/2013

Les commentaires sont fermés.