12/03/2013

La pierre et le passant

 

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L’amour que vous donnez à un caillou provoque l’éveil de l’amour endormi dans ce caillou , parce que dans toute chose, il y a de l’amour endormi, du désir d’échange, des élans de gratitude qui n’attendent que d’être réveillés.

Henri Gougaud




Je marchais sur la route

En traînant un peu les pieds

Je me cognais aux gravillons

Qui jonchent tous les sentiers de vie

 

Je marchais sans rien voir

Je n’avais pas pris le temps de me retourner

Je vivais pour les autres que j’avais construits

Et qui depuis s’étaient envolés

 

Je continuais de marcher

Sans réfléchir

Le temps sans balises m’apparaissait obscurci

Sans perspective de renouveau

 

Gris uniformément gris

À moins de lui donner des couleurs

Même artificielles

Juste pour l’imprégner de douceur

 

Je ne l’ai pas vue tout de suite

Cette pierre au milieu du chemin

Nous nous sommes heurtées

Et bizarrement je n’ai pas eu mal

 

Cette pierre était montée en îlot de questions

Des questions étrangères à ma propre existence

Je n’avais pas envie de la détruire

Ni de la détourner

Juste lui répondre

D’abord avec des soubresauts d’hésitation

Nul n’apprend à répondre aux pierres de la vie

Cela demande un apprentissage lent patient

Et beaucoup de tendresse envers soi

 

La pierre résonnait en moi

Des échos venus de très loin

Du plus profond de mon histoire

Qu’elle semblait faire sienne aussi

 

Je me suis assise auprès de la pierre

Ai posé ma main sur sa joue

Lissé ses fissures

Écouté chanter sa voix

 

Les couleurs sont apparues peu à peu

Timides d’abord puis scintillantes

Un torrent ininterrompu de couleurs

Des couleurs chaudes pour faire vibrer les sens

Des couleurs douces pour  raviver l’émotion

 

Les gravillons sur la route ont fondu

La pierre est devenue mon amie

Je n’en sais dire ni pourquoi ni comment

Je découvre auprès d’elle

Des choses évidentes

Qui me permettent de mieux dessiner le ciel

D’envelopper le monde sous mon regard élargi 


Le tout est d’accepter la confiance

Et le reste n’est que détails …
 

 

 

22:36 Écrit par Saravati | Commentaires (23) | Lien permanent

06/03/2013

Les voyages que je ne ferai pas...

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Il est des voyages que je ne ferai pas.

Voyages au pays de mots

Au pays des êtres

Au pays de l’histoire des hommes.

 

Parce que je n’en ai pas les moyens

Ou le temps

Ou la véritable envie

 

Parce que je préfère garder l’illusion de la beauté

Que m’aplatir dans une réalité souvent cruelle

Une forme de lâcheté ?

De résignation ?

J’ai décidé de ne me porter plus aucun jugement

Ne pas ressasser des échecs vrais ou imaginaires

 

Etre maintenant

À l’instant où je vous parle

Sans regretter que celui que j’attends

ne me répondra pas

 

Reparti dans son monde

Qu’il n’aurait jamais dû quitter, paraît-il !

 

Sa présence , malgré lui, me saute à la figure

Quand revient l’automne

Et ses couleurs d’or

Ses tempêtes fastidieuses

Et ses ciels sombres

 

Je me blottis au coin du feu

Et dans les flammèches

 je lui parle encore

Il fait semblant de n’en rien savoir.

Mais moi je le sais

Dans mes voyages au pays des mots

J’entends les siens qui courent sur le papier

Dans mes voyages au pays des êtres

Je marche dans l’empreinte de ses pas

Et la terre supporte à peine le surpoids de mon corps

Dans mes voyages au pays des hommes

Nous écrivons une page commune de l’histoire

Que nous traçons ensemble

 

Il dira n’en rien savoir

Mais je le sais

Je le sens

Il cultive avec talent

L’art de la dissimulation …




10:16 Écrit par Saravati | Commentaires (18) | Tags : voyage, histoire, illusion, échecs | Lien permanent

01/03/2013

Vert damier

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Entre les fissures de l’âme

Des regards perdus

Se sont trouvés

Ont émaillé les herbes folles d’avoir grandi

D’or et de blancheur

Fleurs sauvages

Modestes

Pas mercantiles

Perdues dans l’humidité

Des jours presque sans soleil.

 

Les saisons ont virevolté

Se mélangeant sur le damier

Vert et confus.

Les regards parlent

Au présent de l’indicatif

Et rien d’autre.

 

Ils ont coupé les fils du passé gris

Oublié le lasso invisible

Des lendemains-projets.

 

Ils attendent

Patience et longueur du temps

Que le jour

Les immisce

À pas minucules

Dans l’antre des mots

Pas encore dits.

10:51 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Lien permanent