22/02/2013

Verte est la forêt

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Sérieux comme un homme d’affaires à la retraite, certes, il l’était.

Il avait ce sourire discret et soigné qui attire la confiance

Mais quand le petit bonhomme  aussi vert que la forêt avoisinante s’approcha subrepticement de lui, son sourire prit des allures de rictus.

Pour une fois, il ne se sentait pas à l’aise, pas à égalité avec ce partenaire improvisé.

D’habitude, il menait le débat, alignant avec intelligence ses cartes sur le comptoir.

Le terrain sur lequel il s’aventurait ce jour-là appartenait aux elfes de la forêt.

Il y était toléré, sans plus.
Cela, il le pressentait, son expérience des rapports de force ne pouvait le tromper.
Ces paroles qui n’étaient pas des mots, ces bruits qui n’étaient pas des sons, ces craquements qui n’étaient pas des jérémiades, ces regards troubles qui se perdaient dans les essences de bois jusqu’aux encornures …

Il n’était plus l’acteur, la cheville ouvrière de son propre destin.

De l’orifice béant qui servait apparemment de bouche à l’homme verdâtre ne sortaient que des pensées délétères en forme d’éventails, pas de quoi élaborer un précis de philosophie.
Alors pour la première, peut-être la seule depuis qu’il avait décidé de tisser uniformément sa vie – c’était un homme redoutable, c’était un homme respectable – il dût s’avouer vaincu. Vaincu par les éléments, par la nature et des caprices presque palpables.

Du rictus qui émargeait ses traits fatigués, il se composa un sourire de circonstance.


19:44 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Tags : forêt, sourire, e | Lien permanent

15/02/2013

Muse(s) et inspirateur(-)

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Il n’y a pas d’égalité dans le vocabulaire de la poésie, de tout temps, les femmes furent marginales dans l’écriture et les arts, on se contentait de les qualifier de muses et d’égéries, simples sources d’inspiration pour des mâles en veine d’écriture.

Ces terminologies n’ont pas d’équivalents pour les hommes : inspirateur ? Mais celui-ci n’a pas l’aura, ni la consonnance poétique de ses congénères.

Dans « Une chambre à soi », Virginia Woolf, une exception très fragile elle-aussi, explique que les femmes ne créaient pas ou peu parce qu’elles n’avaient pas d’espace personnel. Virginia, elle, en avait un, mais tellement envahissant, tellement désespéré qu’elle tenta plusieurs fois de mettre fin à ses jours…mais certainement pas par manque d’amour ; avant de réussir l’acte ultime, elle écrit à son mari  « Tu m'as donné le plus grand bonheur possible... Je ne peux plus lutter, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. »…

Aujourd’hui, dans la littérature, la « vraie » celle qui est reconnue c.à.d. publiée, les femmes ont une place de plus en plus grande surtout quand elles arrivent à faire une synthèse entre les caractéristiques de l’écriture des hommes et leur sensibilité de femmes.

Dans les blogs, je découvre beaucoup de trésors cachés de sensibilité mais aussi d’intellectuallisme, peut-être dans ce domaine, les femmes arrivent-elles à égaler les hommes voire à les dépasser avec leur acuité envers le monde. C’est parfois difficile à lire, je suis personnellement pour la simplicité du langage et des idées et certaines écritures planent au-dessus de moi à des kilomètres, il faut faire l’effort de les rejoindre, de les décortiquer pour en découvrir la richesse. Parfois, je n’en ai pas le courage, je trouve qu’il ne faut pas abuser des bonnes choses, j’ai les neurones un peu fainéants et la lecture redondante sur écran fatigue mes paupières. Mais quand ils s’activent sous quelque poussée de noradrénaline ou simplement par conjoncture de hasards,  alors j’apprécie encore plus, quand je découvre une perle rare à me mettre sous la dent !

Oui aujourd’hui, les muses sont devenues des écrivains !



 

16:28 Écrit par Saravati | Commentaires (15) | Lien permanent

12/02/2013

Capter tes poèmes ...

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Les personnages que tu décris

Sujets d’observation attentive

Tu ne les connais pas

Ne leur parles pas

Spectateur

Tu te contentes de les regarder                                             Ne pas s’impliquer

Longuement

Dans les moindres détails

Captant le moindre écueil

Un cil glissé sur le plat de la joue

Un épi récalcitrant au gel translucide et pâteux

Un rictus drapé dans une ire soudaine

Leur voix qui racle les trottoirs

Dans la virulente tiédeur du soir                                          Poser les expressions

Leur souffle sur leur poitrine rebondie

Comme un oiseau coincé dans une cheminée

Leur sueur délétère sauvage

Les foins coupés qui exhalent leur sueur sucrée                 Poser le décor

Ou les tuyaux d’échappement

Qui parfument leurs sillons en crapautant

Sur les pavés.

 

Parfois un bout de leur histoire                                            Jouer les scénographes

Comme une allumette qu’on crame                                      Allumer les projecteurs

Vite pour pas brûler les doigts                                              Placer les accessoires

Déjà roussis par la léchure de la flamme

 

Puis la chute vertigineuse ou douce                                     S’asseoir et regarder

Qui toujours percute

Un regard                                                                              Ta baguette magique danse

Un cri                                                                                     fébrilement sur le papier

Un drame                                                                              Tu guettes le moment propice pour

Le silence et les pas qui                                                       sonner le lecteur

Fondent dans le brouillard                                                    voire l’assommer.

Des mots.

                                                                                              Tu t’en vas sur la pointe des pieds. Tu pèses l’impact, resserres les parties lâches, attends les critiques acerbes,  admiratives, voire les analyses textuelles, les procès d’intention...

Applaudissements !


 

11:53 Écrit par Saravati | Commentaires (13) | Lien permanent

06/02/2013

Se perdre ...

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J’avais cru en l’instant me perdre dans le vide

Lassée de la vie qui érode

Le frottement des longes contre les rochers

Ne peut rester sans conséquence.

Je croyais avoir 20 ans

Les tas de cailloux venus gonfler

L’escarcelle du temps

Je ne les ai pas calculés.

Dans la fièvre des ressentis

Le cœur qui palpite

A toujours cette ardeur printanière.

Je n’ai pas monnayé les forces que je n’avais pas

Juste un peu marchandé

Le volume des capacités

Balancer l’inquiétude

Oublier qui je suis

Où je suis

Oublier

Les écueils

Faire fi des fissures

Narguer les abimes

Ne scruter que le ciel

Dans sa parure de gris-vert

Compter les étoiles

Des sensations réveillées

Sur le tard

Par amour pour l’inconnu déguisé

En beau prince

Des mille et un ennuis.

J’ai caressé le péril

L’ai semé autour de moi

La chaine tremble encore

De ses frissons de vies

Prêtes à décrocher.

 

Mourir au faite des montagnes

Dans la belle lumière d’été

Mourir de n’avoir pu s’arrêter

Mourir à la belle étoile

Parmi les filantes

Et se perdre dans un semblant d’espoir.

 

Et pourtant des demains n’ont cessé d’arriver

Lestés du parfum d’abandon

Des rênes de la solitude

Des cordes du non-recevoir …

 

14:02 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (17) | Lien permanent

03/02/2013

Usé

chaleur,usé

Tout est usé ici.

Les persiennes cassées, les vitres fendillées, les serrures capricieuses, les murs dépecés, l’escalier grince, le plafond pleure, le jardin s’abandonne aux ronces, les serres du lierre étouffent.

Mais surtout il fait froid, on grelotte à n’en plus finir.

La chaleur humaine a fondu

Les choses disparaissent

Les murs s’éclatent en lambeaux poudreux

Les cris s’amplifient

Tremble la terre

Vibre le ciel

 

Ce qui manque ici

C’est le goût

D’essayer...

Encore une fois.

12:16 Écrit par Saravati | Commentaires (11) | Tags : chaleur, usé | Lien permanent