15/10/2012

Clichés du nord

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Quartier populaire, marché dominicain, soleil timide,  couleurs du sud sur fond de lumière filtrée.

Assise à la terrasse, brrr , il fait pourtant froid, mais faut bien faire couleur locale, je feuillette autour de moi des parcelles de réalité à travers mon œil focal. Mine de rien, je tourne et retourne, feignant une indifférence résignée, comme si ce corps étranger dans ma main ne m’était rien qu’un poids à trinqueballer sans but.
Au cœur de la vie, figée quelques instants de pause au milieu des turbulences de la semaine, un grand bain de détente survole la place.

Un vieux monsieur qui tangue vient saluer mon voisin, me salue aussi : non, je n’ai pas bu, opération, pas d’équilibre mais de remise en place ; sa femme à l’arrière plan regarde avec son petit sourire pincé de bourgeoise tombée dans un traquenard.

Un couple jeune debout à deux mètres me captive, je collecte ses multiples expressions sans en comprendre le sens, ils sont beaux dans leur connivence surprise. Intrusion, indélicatesse, voyeurisme ? Non seulement regard extérieur.

Savent-ils que je les observe, ou ne voient-ils que ma transparence technique, mondes parallèles qui se croisent dans le flou de nos vies respectives.

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Derrière des lunettes aux verres polarisés, je sens un regard désapprobateur, voire agressif, je fais un signe résigné, non, je ne volerais pas votre image, gardez là, je n’en ai rien à faire, je me contenterai de photographier à vos pieds des pieds rouges croisés d’enfants, l’usure des contreforts, les mouvements impatients de rester sur place.

La halle dans sa belle lumière verrière dispense des flots de reflets flatteurs, enjolive les aliments rangés dans un ordre précaire, donne aux visages une envie de sourire au coin des lèvres.

Se fondre dans la masse, se faire oublier, observateur invisible, le summum de la découverte

On a mangé dans un petit resto, moi, seule femme au milieu des hommes, j’ai flashé sur de petits cœurs de lumière kitsch au mur, les ai mesurés sur toutes leurs coutures de la plus claire à la plus sombre, j’ai flashé sur la jolie serveuse au visage raphaélique et sur un groupe de jeunes qui s’étonnent de voir mon activisme.

Je suis bien, accompagnée et pourtant seule dans mon univers.

La ville que je n’aime pas trop d’habitude est pleine de séduction, je marche et je la découvre, la déshabille à travers mes clichés. En cet instant, sa nudité est tout esthétique !

Je retrouve ce plaisir d’autrefois, cette connivence avec l’environnement ni tout a fait visible ni tout à fait invisible.

Et dans ma tête, déjà, je rédige cette chronique d’un dimanche après-midi …


12:04 Écrit par Saravati | Commentaires (8) | Tags : marché, terrasse, ville, photographie | Lien permanent

Commentaires

un dimanche, au nord de la Belgique, il était un e fois des élections à Anvers...

Écrit par : JEA | 16/10/2012

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Anvers, ce nord qui donne froid aux yeux et dissipe les sourires même de ses dirigeants soi-disant vains coeurs !

Écrit par : saravati | 16/10/2012

Merci d'avoir partagé cette connivence avec nous.
Une après-midi révélée par ces petits détails qui nous enchantent ...

Écrit par : Pâques | 24/10/2012

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" L'Amérique commence à Anvers"

J'aime l'ambiance qui se dégage de votre texte. Elle me fait penser au début d'un film de david Lynch.

Amitiés,
Marc

Écrit par : charlier | 24/10/2012

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Le film de David Lynch est blue velvet.

Amitiés,
Marc

Écrit par : charlier | 24/10/2012

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Intéressants ces gros plans, ces morceaux de ville et de vies que la caméra voyeuse décroche.

Écrit par : Danièle | 26/10/2012

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Comme j'aime te lire ... tes "aime haut si on" et puis non, ne pas déranger, ne vous dérangez pas, ses petits pieds, tes sensations, perceptions, joies, résignations ou politesses intérieures, tes regards sur ... tes envies, l'instant tanné de ta vie, ta sensibilité ...

Je t'embrasse

Écrit par : Veronica | 30/10/2012

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@ Marcelle
Ces petits détails qui font de la vie quelque chose de grand ... Merci.

@ Marc
Je ne connais pas ce film mais j'aime l'ambiance de David Lynch.
Bon dimanche de novembre !

@ Danièle
Oui, ma caméra voyeuse n'a pas fini d'être boulimique :-) Ce n'est pourtant pas le Japon, j'ai lu ton reportage avec beaucoup d'attention !

@ Veronica
Merci à toi pour cette sensibilité communicative qui prend les mots à contre-sens mais sans rebrousse-poil. Bises automnales !

Écrit par : saravati | 04/11/2012

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