03/07/2012

Un canard au jardin

Elle me dit qu’elle aime le jardin comme cela, dans sa sauvage e-faire-vert-ssence, qu’elle a plaisir à fouler l’herbe quand elle recouvre la terre, qu’elle a l’impression de s’enfoncer dans une mer verte et envie d’y plonger …

Et moi, je ne comprends rien, c’est pas comme ça qu’on m’a appris à traiter un jardin.

On m’a appris qu’il fallait couper les orties, déraciner les chardons, combattre la chélidoine, extirper les fougères, anéantir les ronces, surveiller l’état d’envahissement du lierre.

J’ai l’impression que je suis partie d’ici il y a si longtemps. La nature a recouvré son territoire et se fout de l’esthétique des jardins français, la nature a effacé la délimitation des massifs soigneusement coupés et semé ses boutures intempestives qui voient déjà se dresser des centaines d’arbres inutiles et malvenus …

Elle me dit que ces fleurs sauvages valent les plus beaux bouquets et que les nuances de vert sont des compositions rares.

Elle me dit le petit canard est mort et je vois dans sa main cette peluche inerte noirée tissée d’or. Elle traverse la mer verte, se pare d’une bêche à tout faire et dénude la terre, elle creuse pour emporter l’oiseau là où il ne pourra jamais plus picorer. Il disparaît dans son nouveau néant, elle ne l’aura connu que deux jours, deux jours à le veiller, le réchauffer, lui préparer des mixtures, le sécher quand il plonge dans la mare de son bol, deux jours à admirer sa démarche vive, boire ses piaillements intempestifs, scruter son regard alerte, elle, sa maman de remplacement. La bêche à tout faire a fini de recouvrir, alors elle déracine quelques fleurs et les plante auprès de la tombe silencieuse. Elles vivront aussi éphémèrement que lui, le temps de quelques soupirs du vent.

Le petit canard est mort et j’entends encore ses cris, il navigue désormais dans les immenses vagues vertes où se perdent les saisons …

caneton clelia.png

Photo Clelia P.

10:28 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Lien permanent

Commentaires

Et le regard attendri de ce canard belle...

Écrit par : Leovi | 05/07/2012

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On connaissait les jardins de curé, les jardins de nos grands-mères mais pourquoi pas un jardin sauvage où l'ortie et la chélidoine seraient reines suivies de la grande marguerite, du bleuet et du coquelicot. En ajoutant quelques touffes de sauges pour le bleu. Et où toutes les sans nom trouveraient asile. La nature a besoin d'être enclose et quoi de mieux qu'un jardin pour se faire.

Écrit par : jeandler | 05/07/2012

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une histoire touchante.

Écrit par : passantepensante | 06/07/2012

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@ Leovi
Attendri mais si fragile ...hélas ...

@ Jeandler
oui, ce genre de jardins existe, mais quel effort d'équilibrisme pour ne pas le laisser se transformer bien vite en forêt vierge ...

@ Passantepensante
Heureuse qu'elle t'ait touchée :-)

Écrit par : saravati | 09/07/2012

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Pensées pour le petit canard...

Écrit par : Danièle | 09/07/2012

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Le petit canard à la vie si brève rendu à la vie par les mots qui touchent, merci ...

Écrit par : saravati | 11/07/2012

Quelle tristesse pour ce petit canard. Je le voyais bien dans ce jardin sauvage.

Écrit par : Sagine | 14/07/2012

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Oui, mais il aurait été un peu perdu, en gra&ndissant il aurait pu se faire une place ...

Écrit par : saravati | 16/07/2012

Désolée pour ce joli petit canard.
J'aime les jardins à l'anglaise, à la française, c'est trop strict.
Mais il faut quand même surveiller, pas trop de débordements :-)

Écrit par : Pâques | 15/08/2012

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Les débordements parfois donnent naissance à une clarté insoupçonnée...

Écrit par : saravati | 19/08/2012

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