28/03/2012

Couper l'horizon

 

ombre,projecteur,horizon

Au milieu de la salle échauffée par l’artiste, l’homme s’était levé et avancé vers le parapet sans penser à ceux qui étaient derrière lui.

Moi, installée au dernier rang, je ne voyais que lui, son ombre noire se détachant des projecteurs roses.

Il est resté là un moment imperméable à l’ambiance de la foule, comme prostré dans cet univers artificiel. Avec le peu de lumière que j’avais, je l’ai maintes fois encerclé dans mon viseur. Il ne s’est rendu compte de rien ..

A lui seul, il avait donné un autre éclairage au spectacle ! 

 

 

 

 

17:39 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (9) | Tags : ombre, projecteur, horizon | Lien permanent

25/03/2012

Eparses

sable et pierre IMG_0459 def.jpg

Un jour nous comprendrons
Ces choses éparses
Qui faisaient notre vie

Ces coups d’épée dans l’eau
Qui ne semblaient
Que rencontrer la brume

Ces confidences sous l’oreiller
Invisible
Virtuel
Qui donnaient l’illusion
D’être vraies

Ces mots qui tissaient
Entre nous
Des farandoles folles
Ou des plaintes apeurées

Ces regards sous la couette
Ces perles de sueur accrochées
À nos bouches
À force de baisers
À force de brûlures

Un jour
De ces choses
Inventées
Par des êtres en mal d’amour
Il sortira peut-être
Quelque chose de rare
Inoubliable parmi les souvenirs
Râpeux

Ces choses éparses
Rassemblées sous le chapiteau
De nos vies
Pour un dernier tour de piste...

18:43 Écrit par Saravati | Commentaires (13) | Lien permanent

18/03/2012

Purée de pois...

pois bis.jpg

(Photo tirée d'internet après quelques points de retouche !)


Cette année-là elle avait fait l’acquisition d’une robe jaune, volantée, à pois noirs. Acétate, facile à l’entretien, repassage superflu.

Sa mère si elle l’avait écoutée au loin lui aurait dit : ça ne va pas avec tes cheveux filasse.  Mais sa mère était loin et ça faisait longtemps qu’elle avait fait le deuil de ses goûts vestimentaires.

Avec son amoureux, ils étaient partis en Normandie, sur les plages du débarquement où pour un temps, sa famille avait émigré, le temps d’une triste guerre.

La robe jaune au soleil normand flamboyait et les pois noirs psychédéliques brouillaient les pistes du regard.

Lui ça lui plaisait bien, jouissait du spectacle, la danse des poids sur ces jambes et bras si blancs faisait un curieux tableau.

La taille pincée donnait du volume au bas du corps qui s’enflammait au soleil de juin cachant à peine un désir de feu.

La robe jaune a pâli et les pois se sont envolés sous d’autres saisons et celle qui les portait dans leur frêle équilibre a échangé la couleur contre la limaille. Sous ses doigts, la photo est devenue noir et blanc et les mots qui l’accompagnent – souvenir d’un apprenti poète en verve d’inspiration juvénile – sont couchés sagement sous ses flancs.



13:12 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (12) | Lien permanent

13/03/2012

Un aller simple

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Juste un trajet

Métro du bout du monde

Juste un ciné

Inédit

 

Eux côte à côte

Les fauteuils de velours rouge

Des rires collectifs

Des émotions éparses

L’amour d’une langue

La sienne à lui

Quelque chose d’excitant

Aux parfums de vacances pour elle
 

Juste le reflet

D’un couple

Aux allures de connu

Le temps de quelques rames

Des voix qui s’entremêlent

L’enthousiasme

La découverte

 

Elle se lève

Le salue

Lui dit

Vous

Au plaisir

 

Il la regarde partir

Elle si jeune

Si gaie

Lui avec son fardeau

De souvenirs

A traîner

Derrière lui

 

Une rade de souvenirs

 

Demain il sera loin

Globe-trotter avéré

Gare centrale

Terminus

Un train à prendre

Peu importe lequel

Pourvu qu’il mène loin

 

Dans la vitre

Une jeune femme

Qui ressemble

Dans sa tête

Une rencontre

Banale ?

 

Il ne lui a même pas demandé

Son pré-

Nom...

 

 

 

20:59 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (6) | Tags : métro, ciné, terminus | Lien permanent

10/03/2012

Entre chien et loup

 lune venus jupiter IMG_4532  D.jpg

Hier soir

Entre chien et loup

J’ai partagé

Un moment

Entre lune rabotée

Griffée par les branchages décharnés

Vénus beauté première

Et Jupiter arrivé sur les lieux

Plus tard mais plein d’orgueil

 

Tous trois scintillaient

Formant un triangle doré

Je ne savais

Où poser les yeux

Sans les vexer

 

Les astres sont susceptibles

C’est connu

Quand ils se fâchent

Ils boudent

Longtemps

Entre les nuages


 

19:36 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (8) | Lien permanent

07/03/2012

Les mots revenus d'ailleurs

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Tu sais les mots sont là, ils sont toujours là en suspension ou sous la partie cachée de l’horizon.

Ils se créent et se distillent selon nos fluctuances. Ils restent en filigrane dans nos mémoires qui parfois feignent de les oublier tout comme les sensations qui leur ont donné consistance.

Les mots survivent aux hommes, aux relations interpersonnelles, se détachent du contexte humain au sens strict du terme.

Et un jour au contact d’un souffle, ils se réveillent rajeunis, ravigotés, ils reprennent du poil de la bête avec des partenaires différents.

Ceux qui les avaient inspirés ont depuis longtemps disparu, perdus dans les méandres de leurs histoires, de la nôtre, de ces convergences aujourd’hui effacées.

Mais eux ont continué sans nous vie autonome attendant le moment propice pour renaître et se vivifier.

Quand toi ma nouvelle rencontre, mon étincelle sous le ciel sombre, je te les envoie, ils sont de nouveau neufs et sincères, ils t’ont reconnue, ils savent à quel point tu fais vibrer mon âme.

Ils ont cette force d’aimer au-delà de la matière, au delà du temps, de traverser l’espace et d’y nouer des fils invisibles mais tenaces.

Ces mots, sans que je le sache, c’est pour toi aujourd’hui que je les ai inventés il y a longtemps.

Prends-les et garde-les le temps qu’il faudra, fais-en ce que tu veux, je te les offre, je les ai peaufinés pour toi et rien ne pourra effacer ce processus irréductible.

Ces mots aujourd’hui, notre présent collectif …en cet instant fragile subitement éternel !

 

10:13 Écrit par Saravati | Commentaires (12) | Lien permanent

01/03/2012

When « East meets east »

 

 Depuis vingt-quatre heures sans compter les secondes et le reste, un air me turlupine.

J’ai beau balayer mon esprit, il s’accroche avec fougue.

La musique est inscrite dans nos gènes mais aussi reste dans nos mémoires sans que notre volonté y soit toujours pour quelque chose.

Une année en vacances dans les Alpes, j’ai eu l’occasion d’assister à un concert d’un groupe du Paraguay auquel s’était joint un violoniste français, virtuose de la musique tzigane. Je trouvais ces interférences culturelles très réussies et je repassais la cassette à qui mieux mieux. Jusqu’à ce que les cassettes se cassent ou passent de mode. 

Sur la route, de retour du boulot, j’avais pris l’habitude d’écouter une émission sur les musiques du monde (titre bizarre, toutes les musiques ne sont-elles pas du monde, à part peut-être ces sons venus de l’espace comme on a pu les imaginer dans le film rencontre du troisième type)

C’est ainsi que j’ai découvert un violoniste très talentueux mais déjanté (faut toujours que je tombe sur des dés jetés) : Nigel Kennedy et fait connaissance avec sa façon très personnelle d’interpréter des airs classiques ou plus « folkoriques » alliant avec beaucoup de charme ces styles pourtant considérés comme peu compatibles. Lui-même est parfois appelé le trublion de la musique classique avec son « académisme » plutôt déviant.

Le morceau ci-dessus fait partie du style des Balkans. "Ajde Jano" est chanté ici en serbo-croate par l’ensemble Kroke spécialisé dans l’adaptation de musiques traditionnelles. Nigel Kennedy en premier violon. y ajoute sa facture classique. L’album s’appelle East Meets East (2003)

J’aime cette belle énergie, celle de la voix, celle du violoniste qui interprète ces cassures dans le rythme et celle du groupe polonais qui donne à l’ensemble une connotation orientale. A la fin d’une page musicale, comme si ça faussait, comme si l'instrument prenait le pas sur le musicien, imposait sa façon de voir. Tout cela exprimé maladroitement avec mes mots de non-musicienne mais je trouve cela très beau !

Oui, la musique, c’est l’énergie et ou l’émotion, mais quand ça marie les deux, c’est encore plus agréable …

Allez je vous envoie cette part d’obsession dont j’essaie en vain de me délester…

Et dans un autre style moins obsédant, un autre morceau interprété par Nigel Kennedy extrait de son album Kafka, dans un genre plus mélancolique et classique. La solitude serait, paraît-il, toujours mélancolique