29/11/2011

Léonard

 

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Ah, Léonard

As-tu jamais connu la caresse des sirènes aux longs cheveux, toi qui les peignais si bien ?

T’es-tu jamais noyé dans les miroirs profonds de la dame à l’hermine ?

T’es-tu jamais frotté à son profil si pur ?

As-tu conversé avec Mona Lisa ? T’a-t-elle suivi de son regard mystérieux et trouble ?

 

De ton cabinet de travail, tu regardais les tours d’Amboise et ta main en ébauchait les délicats contours.

Sur les murs, tes pensées ont déposé des fragments de philosophie et un dieu t’a inspiré de pieuses maximes.

Ton cerveau torturé n’a jamais cessé de créer les objets les plus insolites, les mécanismes les plus révolutionnaires.

 

Mais l’enfant à qui tu aurais pu transmettre quelques parcelles de ton immense savoir, cet enfant, sans doute, n’a jamais existé.

La procréation était-elle perte d’énergie, perte de temps ? L’amour productif, un passe-temps superflu ?

Ou alors un amour qui ne peut se prolonger, hors des normes du monde.

 

Ceux qui t’ont connu t’ont aimé, admiré, vénéré, pour ton intelligence, ta sagesse, ta loyauté.

 

Qu’as-tu laissé des projets de rêves que des savants n’ont eu de cesse de vouloir matérialiser ?

 

 

08:42 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Lien permanent

24/11/2011

Le désir

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D’un regard

Des traits

Visage mûr

La fenêtre d’un train

 

Face à face

Effleurer l’autre

Qui se cabre

Insister

Qui se retire

 

Aller plus loin

Le garder dans son champ de vision

Recul

Voir

S’il n’a rien perdu

De son charme de promiscuité

Combler les deux mètres

De distance obligée

Lui parler

Lui poser des questions

Sa vie

Et autour

 

Se présenter aussi

Sans qu’il ait rien demandé

Indifférence vraie ou feinte

 

Parce qu’on espère

Qu’il aimerait savoir lui aussi

Juste un souci d’équilibre

 

Il n’est pas libre

Loin

Pas preneur

De cette main qui se tend

Ne ressent pas ce désir puissant

Qui ronge

 

Il répond

Sans conviction

Juste par politesse

Il n’a pas compris

L’appel

Ou pas voulu comprendre

 

Le train s’arrête

Il descend

Adresse un petit sourire

Et disparaît

 

Dommage !

 

12:26 Écrit par Saravati | Commentaires (15) | Lien permanent

18/11/2011

Moucharabié

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Dans un grand panier ansé

 J’ai déposé des tas de petits papiers en quatre pliés repassés

 

Puis j’ai plongé ma main innocente

 (jusqu’à preuve du contraire)

 Dans le panier comblé

 

Cent fois j’ai plongé

 Cent fois j’ai pêché ton nom

 Écrits en minuscules

 Si minucules

 Qu’il était à peine lisible

 

Heureusement dans ma presque cécité

 J’avais enfourné mes moucharabiés

 

Dans le halo

 De cet après-midi d’été

 Toi tu dansais

Démultiplié.

18:44 Écrit par Saravati | Commentaires (14) | Lien permanent

12/11/2011

Ton cuir

 

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Ton cuir bien tanné bien tendu

S’apprête à

Recevoir les coups

D’où naîtra

L’harmonie cadencée.

 

D’un coup de bec

Dans la nuit claire

Résonne encore.

 
D’un coup de vent

Sur tes viscères

Offertes

Surgit l’illusion

Une caresse

Amorcée

Étouffée

 

Sous le couvert

Des feuilles vives

Ton cuir tanné

Tendu

S’essouffle


Et redemande.

11:04 Écrit par Saravati | Commentaires (17) | Lien permanent

06/11/2011

Blogs en partance

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Un vent néfaste soufflait sur les blogs

Ils ne tombaient pas tous

Mais tous étaient frappés.

 

Lassitude ? Sentiment de vanité ? Manque d’inspiration ?

Aspiration à une sincérité moins « virtuelle » ?


Je savais d’expérience qu’une fois le doigt coincé dans l’engrenage

On ne pouvait le retirer sans séquelles.

 

Parfois plus tard, on avait envie de se remettre à l’ouvrage

Parce qu’une brèche avait été ouverte

Sur un monde étonnant fait de contacts faciles

Mais aussi superficiels

Une addiction pour cette communication new style

L’envie d’appuyer sur le bouton dévastateur.

La bombe à neutrons

Allait et venait au fil des humeurs.
 

Il y avait aussi des papillons qui voletaient à leur gré.

Certains plus tard créaient leur plate-forme pour avoir eux aussi leurs assises

Ne plus squatter chez l’un ou l’autre

Recevoir à son tour.

 

Il y avait ceux qui avaient peur de voir tarir leur source

Qui s’étaient astreints à un rythme effrené

Et ne pouvaient indéfiniment le soutenir

Réduisaient leurs activités

Ou simplement déposaient un bilan sans conséquence apparente.

 

Parfois ils n’avaient pas conscience

Du manque qu’ils laissaient derrière eux

Parfois ils n’en avaient cure

Voulant se garder une autonomie de penser et d’agir

En dehors des contraintes matérielles du web

 

Il y avait ceux qui exprimaient leur mal être pour le rendre étranger

Et qui se rendaient compte que la compassion n’est qu’une aide temporaire

Ceux qui étaient malades

Et crachaient leurs crabes

En apostrophant leurs congénères

 

Ceux qui trainaient derrière eux

Une cour soumise et inconditionnelle

Suzerain et vassaux unis pour le meilleur et pour le pire

 

Ceux qui riaient de tout

Qui pratiquaient l’auto dérision

Avec talent

Et modestie

 

Ceux qui accueillaient leurs hôtes

Avec délicatesse sans pour autant

Faire preuve d’hypocrisie...

 

Ce n’était rien de plus qu’un monde à l’image du monde

 

Régi par des impératifs apparemment moins contraignants

 

Et il s’userait comme tous les mondes qui l’avaient précédé

 

Comme s’étaient usés tous les rêves de gloire


20:25 Écrit par Saravati | Commentaires (29) | Lien permanent