28/10/2011

Il pleut

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 Ils habitaient la campagne, une maison de fonction dans cette région rocailleuse, isolés de tout, avec pour seule compagnie, le passage régulier des trains qui roulaient alors à allure raisonnable.

Les enfants faisaient signe aux voyageurs qui leur répondaient, ainsi leur journée n’avait pas été vide de rencontres.

Les jours de paye, le père partait à la ville, à son signal, le train s’arrêtait  et un autre train le ramenait. Avec sa grosse enveloppe pleine de lires qui ne valaient pourtant pas grand-chose .

Alors magnagnine avait lieu la grande distribution des pièces, une pour chaque enfant, pour qu’il puisse se payer un petit extra ou faire grossir son bas de laine avant qu’il ne soit bouffé par les mites.

Anna et sa sœur n’avaient que faire de cet argent, elles auraient préféré des billes ou une glace. Ici, c’était le désert de la consommation ; rien à acheter à des kilomètres à la ronde.

Quand personne ne les voyait, elles lançaient les pièces sur le toit et comme par miracle les pièces restées collées aux tuiles, cela faisait une jolie musique perçue uniquement par elles.

L’été était toujours très sec et la végétation virait au jaune, on cueillait des escargots sur les arbustes épineux..

L’hiver était relativement doux, mais il arrivait qu’il pleuve.

Les enfants aimaient la pluie qui les rafraichissait de ces étés torrides, ils sortaient dès la première averse, et tandis que l’eau ruissellait sur les toits, on les entendait crier « oh, il pleut de l’argent ! Anna et sa sœur riaient sous cape de voir le bonheur des petits qui ramassaient les piécettes tombées du ciel !

 

12:42 Écrit par Saravati | Commentaires (10) | Lien permanent

21/10/2011

Plissé

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Il pleut des lames qui brisent les glaces

Le vent sussure son chant mielleux en toute impunité

Sur le bois usé le cliquetis de l’eau

Une vaine inspiration tente de s’infiltrer à travers les ramures déglinguées

Derrière la vitre qui ruisselle presque en silence tes yeux bruns prolongent la persistance rétinienne

Tes yeux sont la seule chose dont je me souviens tes yeux ou plutôt leur plissé rieur qui te rendait presque

irrésistible …


 

merci Gérard pour ce joli lien.

14:43 Écrit par Saravati | Commentaires (12) | Lien permanent

13/10/2011

La scomparsa di Patò

 

scomparsa.jpgLe réalisme italien n’a pas cessé d’exister. Seulement, il passe inaperçu parmi les productions commerciales.

Il est toujours aussi teinté d’auto-dérision, ce qui fait qu’un peuple dévoile ses défauts et que ça le rend plus humain.

Le film de Rocco Mortelliti évoque l’univers de Camilleri mais en lui donnant une touche personnelle. Créer une histoire continue en se basant sur des carnets d’enquête n’était pas une sinécure.

Le réalisateur avoue avoir mis dix ans pour mettre au point le scénario au départ du livre, l’ajuster tout en respectant cette ambiance caractéristique qui fait de la Sicile une région particulière. A signaler qu’il s’agit du premier roman de Cammilleri adapté au cinéma.

L’action se passe en 1890 dans une petite ville de Sicile où un notable disparaît alors qu’il joue le rôle de Judas dans une représentation de la Passion. Sa femme, sûre de l’intégrité de son mari, va à la police pour déclarer une disparition à laquelle on ne croit pas tout d’abord.

Puis les carabiniers s’en mêlent et on assiste à une version de la guerre de police avec des épisodes comiques savoureux. Le film suit le policier et le carabinier dans leur enquête respective, un peu à la fois, ils uniront leurs forces au lieu de se tirer dans les pattes et en viendront à une conclusion qui ne semble pas plaire à leurs supérieurs. La suite à l’écran … ce n’est pas un vrai thriller mais je me garderai bien de vous priver de découvrir par vous-même cette disparition !

Peut-être pas tout suite car le film créé en 2010a rencontré quelques problèmes lors de sa diffusion.

J’ai eu la chance d’assister à ce film en exclusivité en Belgique. Le réalisateur présent a expliqué les liens particuliers qui l’attachent à Camilleri, son professeur d’art dramatique à l’époque de sa jeunesse. La fin du film est plus explicite que dans le livre.

 Bon rendu de l’ambiance sicilienne, les préjugés, la naiveté de certains personnages, les disputes bon-enfant des deux enquêteurs qui après des piques acérées se rendent compte qu’ils sont unis par le même désir de découvrir la vérité, des personnages haut en couleurs, l’esprit paysan ,une certaine forme de bon sens populaire, beaucoup d’humour ; on ne tombe jamais dans la tragédie même si la situation de départ est tragique, les manigances politiques, la présence de la mafia qui vient corser le déroulement de l’enquête …

Au terme du film, alors que je rentrai chez moi en métro, le hasard a voulu qu’en face de moi, un homme et une femme qui avaient assisté à la même séance de cinéma, discutaient de La scomparsa di Patò. Sonnerie du GSM. L’homme répond. Après avoir échangé quelques phrases, je l’entends dire à son interlocuteur: « Il film era bello, hai mancato qualcosa !!! ».


http://www.ivid.it/community/index.php?pageid=scheda&...

14:49 Écrit par Saravati dans Cinéma | Commentaires (7) | Lien permanent

05/10/2011

Souliers vernis

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De l’enfance, le père avait gardé la nostalgie des souliers vernis.

Pour la sœur qu’il n’aurait jamais plus,morte à l’âge où on ne portait pas de chaussures.

Le souvenir d’un visage poupon effarouché dans un grand berceau vite délaissé à jamais.

Pour lui, il n’était pas juste qu’une petite fille ne puisse pas atteindre ce moment magique où l’on commence à exhiber de belles chaussures vernies noires.

Un jour en vacances il avait emmené les fillettes de la famille réunies pour l’occasion et parmi elles, sa filleule qui fêtait son troisième anniversaire.

Elle était revenue les pieds chaussés de souliers vernis noirs.

 

Quand sa propre fille fêta ses trois ans, la tradition voulut qu’il lui acheta aussi des souliers vernis.

La petite était venu passer quelques jours chez moi

Et bien sûr ces belles chaussures constituaient son bagage préféré.

Elle n’arrêtait pas de s’esclaffer devant ses « scarpe nuove » et gigotait constamment des pieds pour attirer l’attention sur leurs reflets brillants.

Elle avait dû hériter de son père cet engouement pour les chaussures vernies.

Elle ne voulait rien d’autre même pour jouer dehors.

Après avoir couru des journées entières sur l’herbe et dans les champs, le vernis comme toute chose s’était craquelé. L’éclat initial avait disparu.

Les chaussures n’avaient plus rien de nouveau et à peine de vernis.

Mais pour la petite, ces souliers resteraient définitivement dans son esprit ses scarpe nuove.

Je n’ai jamais su comment son père, à son retour accueillit les chaussures défigurées et leur petite propriétaire confuse !

09:37 Écrit par Saravati | Commentaires (14) | Tags : chaussures, verni | Lien permanent