26/07/2011

Pour vous fuir

 

chaton, nid

J’ai fait ma niche dans un doux nid de grès

Abandonné sans doute par vos soins négligents

Mais vous me poursuiviez de vos assiduités

Alors résigné

Je vous ai laissé capturer mon image

Remarquerez-vous que j’ai presque ébauché un sourire

Cela devrait suffire

Pour que vous me laissiez coi.

12:40 Écrit par Saravati | Commentaires (7) | Tags : chaton, nid | Lien permanent

18/07/2011

Nickie

amitié,hésitation

J. :  pardon d'avoir mis ta photo sur un texte qui n'a absolument rien à voir avec toi.

A l’école, je m’étais prise d’amitié avec Nickie ou plus exactement, Nickie s’était prise d’amitié pour moi.

Nickie était une jolie blonde, très mince, cheveux bouclés, teint mat, yeux noisette parsemés d’or.

Et toujours cet air émouvant du petit poussin qui sort de son œuf et se demande où va le monde, un air qui plaisait aux garçons, allez savoir pourquoi ! Elle leur plaisait beaucoup, du moins au début.

Mais Nickie avait un faible : c’était la reine de l’hésitation. Il fallait avoir une patience admirable pour suivre les soubresauts de sa conscience dessinés en forme de points d’interrogation.

Travailler avec elle relevait de la gageure. Non pas qu’elle semât la zizanie, mais ses questions d’ordre existentiel ou pas étaient un frein réitéré qui diluait  l’énergie du groupe.

Moi, malgré cela, je l’aimais bien. Ses hésitations et ma timidité semblaient faire bon ménage sans présager de l’efficacité de notre collaboration.

J’aimais et je redoutais sa fragilité à fleur de peau. Sans imaginer son histoire, je pensais qu’elle avait dû connaître des turbulences durant ses premières années et qu’elle ne s’en était jamais remise tout à fait ; elle flottait dans un monde hybride entre l’enfance et l’âge adulte, future ou déjà femme-enfant.

Elle m’avait révélé avoir été fort malade et cette situation avait grandement perturbé son caractère. Le moindre écart (manque de sommeil, soirée bien arrosée, contrariété …) la rendait vulnérable.

Je l’aimais bien et bien qu’elle fût plus âgée que moi, la considérais comme ma petite sœur. Une sœur un peu secrète et qui ne se découvrait qu’à demi-mots.

Je respectais sa discrétion, n’étant pas du genre à raconter ma vie.

Elle me parlait de ses nombreuses déceptions amoureuses, de ses réguliers soubresauts d’espoir. Elle se rendait compte qu’elle commettait toujours les mêmes erreurs en se convaincant que les hommes ne pouvaient la comprendre.

Quant à moi, je m’étais platoniquement entichée d’une espèce de révolutionnaire gauchisant à la culture plus qu’orientée. Il ne daignait même pas poser les yeux sur moi, moi qui arrivais à peine à placer deux mots cohérents dans une conversation où il prenait part. J’ai fini par lui trouver des accointances avec un disque rayé qui tournait presque à vide. Je me contentais d’être une élève studieuse, non pour me consoler, mais par manque d’imagination car je l’avais toujours été.

J’avais à cette époque une excellente mémoire et j’étais championne en statistiques (ne me demandez pas pourquoi, il s’agissait pour moi, d’un simple exercice mental)

Pour cela, Nickie m’admirait et se collait à moi pendant les interros.

Elle avait une autre copine originaire de son coin mais qui n’avait pas ma patience quand il s’agissait d’écouter ses doléances. Moi, je laissais Nickie s’exprimer, en laissant tomber de temps en temps, quelques remarques ironiques dont elle ne semblait pas comprendre le sens profond.

Tant bien que mal, elle acheva sa scolarité et je la perdis de vue.

Je n’avais pas envie de rester connectée à ces gens qui avaient partagé une vie d’étudiante où je ne me sentais pas épanouie.

Nickie, non, plus ne fit pas l’effort de garder le contact. Peut-être reprit-elle son prénom originel moins genre séries américaines et redevint-elle Nicole. Peut-être se maria-t-elle       après avoir longuement hésité entre les prétendants éventuels.

Dernièrement, après avoir été maintes fois sollicitée pour participer à des réunions d’anciens combattants, j’ai fini par m’y rendre. J’y ai appris que Nickie était morte à 30 ans. Nul ne sut me dire de quoi mais je pensais que la maladie mystérieuse qui la minait mystérieusement et couvrait sa vie de grandes traînées d’ombre avait fini par reprendre le dessus.

J’ai gardé, non vieillie, l’image de ses grands yeux bruns étonnés et interrogatifs et de ses boucles blondes qui lui donnaient l’air d’un ange fragile et pensif. 

14:59 Écrit par Saravati | Commentaires (15) | Tags : amitié, hésitation | Lien permanent

08/07/2011

La pionne

sol craies image14020.jpg 

Sur le sol détrempé

Pluie d’automne

Les pavés rutilaient

 

Spectre noir et gris

La vieille pionne

Harnachée comme une nonne

L’était-elle

L’avait-elle été

Passa le portail

Talons courts carrés

Comme le souffle et l’esprit

Scandant leur démarche crissante

 

Hautaine

Se savait-elle épiée

Elle ne baissa pas les yeux

Pas cette fois-ci

Les petits monstres s’étaient retranchés

À deux pas des fenêtres du premier étage

Riant sous cape

Tremblant aussi

Étouffant leurs spasmes hilares

 

Les craies joyeusement

Passées par dessus bord

Gisaient

Écrabouillées

Entre les jointures grises

 

10:29 Écrit par Saravati | Commentaires (7) | Lien permanent