24/03/2011

Elle a marché

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Elle a marché longtemps

Ses pieds nus crasseux

N’ont pas fini de soulever

les poussières de craie.

 

Une mèche noire

Rebelle

S’échappe de son chignon serré.

 

Les yeux ombrés

N’ont cessé de regarder vers le soleil

À la recherche de la caravane

L’abandon est toujours là

Peut-être disparaitra-t-il au sommet de la colline.

 

Elle tient encore

Cette poupée unijambiste et borgne

Qu’elle a trouvée dans une décharge

Sa robe fleurie aussi souillée que la sienne

Sœurs dans la crasse

Et orphelines de cœur

Merci à Gérard qui a renseigné cette vidéo !


19:21 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (12) | Tags : marcher, pieds, abandon, poupée, pauvreté | Lien permanent

18/03/2011

Poules au pied

Pourtant encombrées de leurs ailes courtes et inutiles, les poules rousses semblaient libres comme le vent.

L’été, à l’ombre du poulailler en ruines, la fillette leur ramenait du mais qu’elle présentait en abaissant les mains remplies d’or.

Et elles de becqueter goulûment en faisant valser les pépites par-dessus bord ! Parfois, la petite palpait leur gosier et sentait frémir les graines sous les plumes soyeuses. Cela l’étonnait toujours de sentir leur consistance inaltérée.

Le voisin en parlant de sa sœur écervelée déclarait "Elle a l’intelligence de la poule".

La petite ne comprenait pas pourquoi il avait si peu de respect pour les poules (et sa sœur).

Jusqu’au jour où leur ration étant épuisée, les volatiles, sans discernement, vinrent lui picorer les orteils.

Quant à la sœur …elle ne s’abaissait pas jusque là !

16:33 Écrit par Saravati | Commentaires (14) | Lien permanent

14/03/2011

Téléphone privé

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Nous faisions office de cabine téléphonique

Un téléphone mural

Collé au papier peint du vestibule

Attirait tous les bavards du quartier.

Il ne faisait pas bon se révolter dans une famille où les portes s’agitaient comme des portes de saloon

Toujours dérangée

Pour n’importe quelle raison valable ou pas

Un malade

Un colis qui n’arrive pas

Un cousin à inviter

Une administration à contacter.

 

Et moi, dans mon coin

À abhorrer ces allées et venues intempestives.

 

Ma mère faisait preuve d’une placidité abusive

D’une discrétion plus que légendaire

D’une patience illimitée.

Je lui en voulais de laisser ainsi

Sa porte ouverte aux courants d’air du voisinage

De se faire la confidente

De ces secrets d’alcôve

Révélés au grand jour.

 

Alors quand j’avais épuisé mon capital patience

Que j’avais dans ma tête caricaturé méchamment les visages

Et leurs expressions respectives

Je partais dans les prés

Pour écouter les oiseaux

Et courir les papillons

Ou sentir la caresse rugueuse

Du vent

Découvrir un chien errant

Que j’aurais pu adopter au grand dam

De ma mère.

 

Une famille

Étrange

particulièrement

Défilait en pièces détachées

Chez moi.

 

Ils vivaient en tribu

La mère si vieille toute édentée

Le père invisible au bataillon

Avait-il jamais existé ?

Paula la fille simplette

Elle avait eu un jour prolifique des paroles historiques

On avait fait une chanson

Ma mère faisait le ménage en s’excusant« Y a toujours de la poussière »

Elle avait répondu dans un sursaut de génie

« aieaieaie »

Ces paroles n’étaient pas tombées dans l’oreille de sourds (nous) et nous chantions à tue-tête ce refrain entraînant et poussiéré !

 

Bien sûr quand la belle Paula n’était pas là

Quand elle était partie

avec ses dents en avant

qui lui donnaient l’air de toujours presque rire.

 

Irma la triste sœur

La noire

Pour Paula la lunaire

parlait par monosyllabes

Et ne nous regardait pas

Qui ne vint plus au bout de quelques temps

Et je m’imaginais qu’ils la tenaient séquestrée dans une chambre noire comme ses dents et sa peau

Ou qu’un prince (pas) charmant l’avait ravie

Appréciant ses silences respectueux.

 

Joseph le chef de famille

Le fils aîné, le responsable

Le moins atteint sans doute

Un mégot suintant écrabouillé aux commissures des lèvres

Qu’il ne lâchait pas même quand il mâchouillait ses mots

Avec sa voix aiguë

Et ses notes en fausset

Qui faisait des « contes » idiots et qui en riait pour inciter les autres à faire de même.

 

Maurice

Le méchant

Qui me lançait des pierres

Quand je courais prendre le bus

Puis plus tard me regardait de travers de son œil borgne ou de l’autre, je n’ai jamais rien su

En cherchant quelque réaction de ma part devant ses discours incongrus

Je ne lui ai jamais adressé la parole

Parfois un simple bonjour

Plus par réflexe conditionné

Que par courtoisie.

 

Quand je l’entendais arriver

Je filais dans la cuisine

Il restait longtemps

À parler pour ne rien dire

Il savait que j’étais là

Et espérait que je finirais par me manifester

Mais je restais cachée

Furieuse d’être ainsi bloquée

De ne même pas pouvoir m’enfuir dans le jardin

Par une porte qu’il guettait sans faille.

 

Ils sont tous morts

Maintenant

Et leur mort comme leur vie me fut indifférente.

 

 

19:48 Écrit par Saravati | Commentaires (17) | Lien permanent

08/03/2011

D'en haut

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Sur le tapis de jeu déballé

Une fourmi à effigie humanoïde grimpe un mur de béton

Les panneaux indicateurs se relaxent.

 

Autour du gazon élimé

Voitures alignées ordre parfait

Indépendamment de leur pédigrée et cylindrée

 

Le gros œil à facettes réverbère la lumière de la ville

Expurgée.

16:13 Écrit par Saravati dans Images personnelles | Commentaires (15) | Tags : atomium, tapis, ville | Lien permanent

01/03/2011

Jour de furie

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C’était jour de furie

Pour le ciel qui s’était

Marbré de noir

Bien avant

Le couvre-feu.

 

Perchée sur la terrasse

À cinq pieds du sol

Je voyais surgir en file

Les maisons orangées

 

Elles avaient revêtu

Leurs oripeaux d’orage

Et paraissaient sortir d’un conte

Des mille et une nuits.

 

et une autre inspiration :


10:29 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (19) | Tags : furie, ciel, orage | Lien permanent