23/02/2011

On n’a rien signé

 

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Toi et moi on n’a rien dit

 

On n’a rien signé

On a laissé les choses suivre leur cours

Et les cours suivre les choses.

 

Les autres ont pensé

Qu’on avait souscrit une assurance

Une assistance mutuelle

Jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

Ils pensent toujours pour les autres

Les autres

Comme si tout le monde pensait comme eux

Comme la société voudrait qu’on pense …

Dans l’énorme réalité des normes.

 

Toi et moi

Aux yeux aveugles de la société

On forme un couple

On a fabriqué un être vivant

Qui nous ressemble

Et nous dissocie

Qui nous monte parfois l’un contre l’autre

Quand il veut grignoter plus d’autonomie.

 

Pourtant un jour

Tu étais malade

Et retournée chez toi

En l’occurrence ce que socialement

On appelait chez nous

Je suis resté à la fête

Et je leur ai dit

En chantant

« Je suis libre ».

 

Mais c’était il y a longtemps

Ils ont oublié sans doute

Moi pas

Je suis retourné chez nous un peu plus tard

Ma liberté conditionnelle ne m’avait apporté que des déboires

À défaut d’illusions.

 

J’ai continué hypocritement

à rejointoyer le chez nous

Inexistant pour moi

Et seulement visible

De l’extérieur par ceux qui pensent.

 

Rejointoyé ou pas le chez nous

Possède de grandes fissures invisibles à l’œil inexpérimenté.

 

C’est le lot de chaque entité qui se construit jour après jour

Les orages

Pluies diluviennes

Mini-tsunami

Tempêtes du dimanche

Craquelures de tous les autres jours.

 

Quoi tu voudrais que je signe ?

Tu as peur que le ciel te tombe sur la tête

Quand tu n’auras plus de toit ?

Après tout ce que tu as fait pour moi ?

Que diront les autres ?

Les autres, ça m’est égal, depuis le temps que leur disque est rayé

Que nos cours sont bourrées de leurs procès d’intention

Toi aussi tu étais libre, après tout !

Alors reste le ….

10:32 Écrit par Saravati | Commentaires (16) | Tags : couple, assistance, liberté | Lien permanent

17/02/2011

Hypatie

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Plutôt que de m’émouvoir du regard des hommes

Je passais ma vie à scruter le ciel

Et l’âme des choses.

Je comparais les théories de Ptolémée et d’Aristarque

J’essayai de dénouer les piliers mystérieux qui avaient  permis de les élever

Au rang de postulats pour les uns, de divagations pour les autres

Je traçais des cercles dans le sable, y dénouais des fils en trajectoires aléatoires.

 

Il paraît que des hommes m’ont aimée

Ont bu mes moindres paroles dans le cénacle de la majestueuse bibliothèque d’Alexandrie

Cette civilisation m’avait, moi, femme, permis d’être érigée en être humain

Oui, des hommes m’ont désirée, admirée.

 

Mais mon corps n’était que le réceptacle de mon âme et mon âme n’était accessible qu’à travers de brefs instants de communion de pensées.

 

J’avais déjà la prémonition de l’espace

Des regards qu’y poseraient Copernic, Galilée et Kepler

Si nous avions traversé les siècles pour nous rencontrer, le monde n’aurait pas été différent mais sa vision affinée

Et pourtant, déjà le poids des religions monothéistes faisait barrage à la connaissance objective des choses.

Que pouvaient comprendre ces extrémistes religieux des beautés de la création qui dépassaient le cadre de leurs croyances et de leurs écritures ?

Le monde, à l’inverse des hommes, était pourtant harmonie. L’harmonie n’est pas l’apanage du pouvoir qui se nourrit aussi bien des guerres extérieures que des dissensions intestines.

 

Je suis morte en paix avec mes convictions profondes au milieu des remous des hommes qui me diabolisaient, moi, qui n’étais qu’une infime poussière d’étoile descendue pour éclairer ce petit lambeau de terre et faire grandir sa connaissance.

Photo :Amphitrite, Nancy



20:39 Écrit par Saravati dans Veine de lecture | Commentaires (5) | Lien permanent

11/02/2011

Un chien aboie

Derrière les volets

Tous les matins un chien aboie

Là tout près

Ou plus loin

Selon une partition par lui élaborée

J’essaie de pénétrer sa psychologie canine

Il s’arrête et reprend de plus belle

Il n’a toujours pas compris la vanité de ses plaintes

Ou il a compris l’importance que cela donne à son quotidien.

 

Tiens un oiseau lui répond

Une tourterelle ou quelque chose comme ça

Le chien se tait

Écoute

Prête l’oreille.

 

Par son chant répétitif

L’oiseau à réussi à dominer les angoisses existentielles du chien

Solidarité animale

 

A moins que lassé de ses insistances

Le maître du chien revenu on ne sait d’où

Lui ait enfin ouvert la porte

Ou lui ait donné sa pitance

Ou les deux.

 

Moi sans l’orientation de son langage

Je ne sais même pas qui il est

Où il crèche

Peut-être l’ai-je rencontré sans le reconnaître

Un jour de discrétion …

10:46 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (12) | Tags : chien, oiseau | Lien permanent