23/02/2011

On n’a rien signé

 

couple de dos assis_MG_39def.jpg

Toi et moi on n’a rien dit

 

On n’a rien signé

On a laissé les choses suivre leur cours

Et les cours suivre les choses.

 

Les autres ont pensé

Qu’on avait souscrit une assurance

Une assistance mutuelle

Jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

Ils pensent toujours pour les autres

Les autres

Comme si tout le monde pensait comme eux

Comme la société voudrait qu’on pense …

Dans l’énorme réalité des normes.

 

Toi et moi

Aux yeux aveugles de la société

On forme un couple

On a fabriqué un être vivant

Qui nous ressemble

Et nous dissocie

Qui nous monte parfois l’un contre l’autre

Quand il veut grignoter plus d’autonomie.

 

Pourtant un jour

Tu étais malade

Et retournée chez toi

En l’occurrence ce que socialement

On appelait chez nous

Je suis resté à la fête

Et je leur ai dit

En chantant

« Je suis libre ».

 

Mais c’était il y a longtemps

Ils ont oublié sans doute

Moi pas

Je suis retourné chez nous un peu plus tard

Ma liberté conditionnelle ne m’avait apporté que des déboires

À défaut d’illusions.

 

J’ai continué hypocritement

à rejointoyer le chez nous

Inexistant pour moi

Et seulement visible

De l’extérieur par ceux qui pensent.

 

Rejointoyé ou pas le chez nous

Possède de grandes fissures invisibles à l’œil inexpérimenté.

 

C’est le lot de chaque entité qui se construit jour après jour

Les orages

Pluies diluviennes

Mini-tsunami

Tempêtes du dimanche

Craquelures de tous les autres jours.

 

Quoi tu voudrais que je signe ?

Tu as peur que le ciel te tombe sur la tête

Quand tu n’auras plus de toit ?

Après tout ce que tu as fait pour moi ?

Que diront les autres ?

Les autres, ça m’est égal, depuis le temps que leur disque est rayé

Que nos cours sont bourrées de leurs procès d’intention

Toi aussi tu étais libre, après tout !

Alors reste le ….

10:32 Écrit par Saravati | Commentaires (16) | Tags : couple, assistance, liberté | Lien permanent

Commentaires

Il est terrible ce dialogue, très fort : les termes sont précis, définitifs, mais la dernière ligne est troublante. En fonction du moment où je la lis, toute mon interprétation du texte change. C'est très amusant.

Écrit par : Claire | 23/02/2011

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L'encre n'est pas le plus fort des liants ... :*

Écrit par : LH | 23/02/2011

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C'est percutant, définitif, comme le choix de la liberté :-)
Marcelle

Écrit par : Pâques | 23/02/2011

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Cinglant même ! Paf ! Ceci me rappelle les mots de Brassens "ne mettons pas nos noms au bas d'un parchemin" et c'est tout aussi beau !

Écrit par : Ötli | 24/02/2011

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Ce tu as écrit est très dépaysant !
Un peu comme dans ton texte, Une Fable, j'aime à me dire qu'il n'y a pas de fin, mais toujours des retrouvailles...

Écrit par : Virginie | 24/02/2011

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Une leçon de vie, un récit de vie, un mélange d'indépendance et de solidarité,une rare profondeur, les humains sont complexes.

Amitiés,
Marc

Écrit par : charlier | 24/02/2011

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N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale, C'est que c'est toujours la Morale des autres.
Léo. F

Écrit par : Laurent | 25/02/2011

si(g)né dié
(ortho phonétique of course)

Écrit par : JEA | 25/02/2011

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Ad voluntas tuas.

Écrit par : Danièle | 25/02/2011

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Drôle de vie que celle des humains !!!
Nadine Het Witte Elfenheksje

Écrit par : Nadine | 25/02/2011

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@ Claire
C’est bien un être partagé qui parle et dialogue avec lui-même en essayant de prendre ses distances, qui y réussit plus ou moins et qui n’en éprouve qu’une maigre satisfaction.
Merci de lui avoir porté attention !

@ LH
C’est sûr, la farine, c’est pas mal aussi en reprenant ce poncif : l’amour d’un homme passe par son estomac :-)

@ Marcelle
Cette liberté à laquelle on tient tant et qui est si volatile !

@ Ötli
Ah, si vous parlez des mots de Georges, je suis confuse, merci !

@ Virginie
Le jeu de l’amour et du hasard mais on sait que c’est presque toujours le même qui finit par gagner. Les retrouvailles, on peut toujours les espérer !

@ Marc
Le manichéisme absolu est juste une définition, c’est vrai, vous avez raison, les humains sont complexes. Amicalement.

@ Laurent
Les autres seraient-ils des empêcheurs de tourner en rond ?

@ Jea
Une signature qui n’engage à rien, alors !

@ Danièle
Autant de volontés que d’individus, ça n’est pas facile :-)

@ Nadine
En effet, mais sait-on jamais ce qu’on veut exactement ?

Écrit par : saravati | 26/02/2011

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juste définition du couple : un être vivant qui nous ressemble et nous dissocie... Mais parfois cet être veut s'envoler aussi !

Écrit par : Lautreje | 27/02/2011

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@ Lautrejeu
Ces désirs d'évasion qui tenaillent et finissent souvent par emporter ...

Écrit par : saravati | 01/03/2011

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j'aime vraiment beaucoup ce dialogue intérieur...je le trouve terrible

Écrit par : Muriele | 09/03/2011

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@ Murièle
Face à son petit soi, une cruelle lucidité. Merci.

Écrit par : saravati | 09/03/2011

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C'est le jeu Tu me fuis; je te suis/ Tu me suis; je te fuis. Mais finalement qui es-tu et qui suis-je? Un texte qui décrit bien "la chorégraphie" de l'adieu et des retrouvailles propre à chaque couple.
Amitiés.
geraldine

Écrit par : Geraldine | 01/05/2011

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