29/12/2010

Style

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Il faut privilégier les mots simples

Toujours

C’est ce que me disait mon maître à penser intérieur

Tu peux utiliser tous les plus beaux idiomes du monde

Y choisir les termes les plus habilement structurés

Si ton âme ne les a pas intégrés

S’ils restent des corps étrangers à ta logique d’écriture

Si tu les jettes là

Sur la toile

Comme un pâté de gouache

Aspérité sur lisseur

En croyant faire joli

Tu ne pénétreras pas dans le cœur des choses

Et ne toucheras pas le cœur des gens.

L’ésotérique, le sybillin

Ne donnent pas aux idées confuses

Des éclairs de netteté

 

Et moi dans un sursaut de révolte justificatrice

Je répondais

Mais regarde autour de toi

Tous ces textes fièrement dressés

Qui alignent des pensées mystérieuses

Qui s’accrochent à des concepts compliqués

Qui parcourent les fleuves inépuisables de la philosophie

Qui enjambent de vastes étendues de connaissances

Acquises au prix d’innombrables heures de lecture

Et de tentatives plus ou moins réussies d’analyse

Et de synthèse

Comment peux-tu dénigrer cela ?

 

Laisse aux grands le plaisir de croire qu’ils sont grands

Qu’ils le soient ou ne le soient pas

Et garde de toi une image précise et nette

Si tu parles avec sincérité et pudeur

On t’écoutera

Tu acquerras ton propre style

Et ceux qui t’apprécieront le feront

Avec sincérité

Qu’importe la grandeur et la connaissance

Si elles ne laissent derrière elles que des vestiges d’humanité ? 

20:31 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (22) | Tags : style, écriture | Lien permanent

19/12/2010

Côté sapin

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Le sapin était lourd de sous-entendus.

Ses yeux qui clignaient fébrilement traçaient des halos inquiétants.

On l’avait extirpé de sa tourbe.

On avait dispersé sa famille aux quatre coins du pays ou plus loin.

Pour attache, il n’avait plus qu’une motte aux proportions ridicules.

Et maintenant, il ployait sous le faix des apparences trompeuses.

Ces ignobles objets kitsch multicolores l’étouffaient, ces guirlandes oppressantes aux éclats tape-à-l’œil lui donnaient le tournis.

Il aurait voulu les éternuer dans un mouvement d’humeur.

On oubliait de lui donner à boire : il se déshydratait à petites aiguilles.

Cela formait sur le sol marbré un tapis que ses hôtes estimaient disgracieux et feraient systématiquement disparaître, sans en chercher la cause.

Que pouvait-il attendre de ces rustres qui bientôt se gaveraient au son des Weihnachtlieder ?

L’année prochaine, tout irait mieux.

Il vivrait une autre vie dans un sol plus fertile, sous des cieux sans frontière.

Si ces rustres n’oubliaient pas de lui donner un nouvel envol…

Si seulement …

12:29 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (18) | Tags : sapin, fêtes, kitsch | Lien permanent

14/12/2010

Claude

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J’avais rencontré Claude dans un café.

Nous étions anciens collègues de travail.

Pendant que je chantais, il n’arrêtait pas de me regarder.

Après toutes ces années il m’avait reconnue.

D’aucuns prétendent que je n’ai pas changé , hum !

Après notre tour de chant, il est venu me rejoindre, m’a offert un verre.

Un homme au teint sombre et yeux noirs vendait des roses, emballées individuellement.

Claude m’en acheta une, puis deux, puis tout le bouquet.

Il était heureux de me voir.

Il parlait par énigmes de complot, qu’il n’avait pas voulu cette situation...

Qu’il s’en voulait de n’avoir rien dit lors de cette assemblée guillotine.

J’essayai de reconstituer le puzzle, il y avait si longtemps, les morceaux étaient tout éparpillés dans ma tête.

Claude et moi, on était voisins de bureau, on n’avait pas le même patron, lui était plus indépendant par rapport aux décisions prises par mon organisation Il venait souvent me trouver, me parler des problèmes qu’il avait avec les délégués. Il avait encore l’enthousiasme de la jeunesse, il y croyait.

Et moi aussi. On se faisait de petites blagues de potaches, on travaillait dans la bonne humeur.

Et puis, on m’a proposé un autre poste dans une autre succursale et moi comme une conne j’ai accepté ; le contenu du travail était beaucoup plus concrert et requérait des connaissances pointues. J’ai fait l’autodidacte et peu à peu perdu le contact avec Claude.

Puis la vie a continué, autrement, j’avais l’intention de former une famille.

Quand mon enfant est né, je suis retournée au boulot mais ma place était prise, on m’a envoyée sur une voie de garage, puis sur un autre secteur avec un travail moins intéressant.

Claude qui faisait partie des « instances », comme les autres n’a pas réagi, pas bougé.

J’étais seule à me battre, j’ai survécu pendant quelques années. Je faisais équipe avec un chouette gars qui lui-même avait eu des déboires. On se serrait les coudes. Plusieurs fois, on lui a demandé si je travaillais bien, ils espéraient qu’il dise non et il ne l’a pas fait. Il me l’a dit plus tard quand lui aussi fut dans le collimateur.

Les autres, tous les autres se taisaient, c’était comme une chasse aux sorcières et tant que j’étais la cible, ils se sentaient protégés.

Et puis, voilà que je me retrouve avec Claude dix ans après, il a gobé pas mal de pintes, il a l’alcool bavard, il a l’alcool culpabilisateur.

Il me parle de cette époque où l’on m’a démolie, il me dit son impuissance devant ce procès injuste, sa lâcheté aussi parce qu’il ne comprenait pas, parce qu’il était outré et seul contre tous les autres, il me dit ses regrets. Mais pour moi, c’est si loin, cette histoire qui m’a permis de peaufiner mon jugement sur les hommes et leur soi disant force tranquille. Cette blessure s’est refermée. Elle a laissé des traces matérielles : un concours à l’occasion de la fête des mères : lettre à ma fille où j’ai expliqué la valeur que le monde du travail accordait à la maternité, ma lettre a été sélectionnée et publiée dans un grand quotidien et puis, un jour où je repassais avec la télé allumée, une comédienne a lu ma lettre avec trois autres. Ma révolte n’avait donc pas été inutile, avait ému. Pas les responsables, bien sûr qui cautionnaient une décision injuste prise par l’apparatchic mais irréversible !

Et puis, ce jour-là, plus de dix ans après, Claude qui se souvient et qui regrette.

Ce soir-là, le fleuriste itinérant improvisé a pu rentrer très tôt chez lui, il avait vendu tout son stock à un homme qui voulait se faire pardonner.

Mais je n’avais rien à pardonner que de la faiblesse, j’ai accepté les fleurs et au milieu du brouhaha dans le café enfumé j’ai souri.

Affaire vraiment classée.

03/12/2010

Trois ...

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Trois bougies, trois.

Trois ans, une belle maturité pour l’objet en question : le blog (le vilain mot !), une certaine lassitude pour l’administrateur et les lecteurs.

Trois bougies perdues dans ces blogs anonymes. Un coup de vieux ?

Une histoire, oh, pas importante, mais une histoire.

De belles rencontres passées à la trappe pour mille raisons valables ou pas.

Des gens sympa, des gens très sympa, des gens inconditionnellement sympa, des gens éphémèrement sympa.

Des gens pas sympa du tout (tiens, ceux-là, j’ai tendance à les oublier, me demande bien pourquoi)

Des voix que je n’entends plus et qui me manquent. Des sourires évaporés dans la sphère.

Et plein de plumes, aras, marabouts, pies, flamants roses et blancs, comiques, poétiques, choquantes, avisées …

Toutes taillées avec soin pour un résultat varié

Des bagarres avec mon opérateur qui bouffe mes photos et laisse à leur place de grands espaces vides et désolés.

L’ouverture d’un nouveau blog plus facile mais qui a aussi ses petits défauts.

Donner à manger à l’un et à l’autre, ne pas faire de jaloux, ne pas leur accorder de préférence ni de spécificité pour qu’ils n’attrapent pas le gros coup.

Ne pas rester collée à ce clavier à attendre un signe du ciel pourtant pas clément.

Enfiler mes bottines de marche et faire craquer les feuilles.

Profiter de la belle lumière d’une journée d’automne.

Peut-être vous y rencontrer …

Merci à mes lecteurs passés et présents !