30/06/2010

Tu prendras bien un pot ?

 

verre nappe rouge def  image6089

Tu prendras bien un pot ?

C’est d’actualités
Parce qu’en ce moment
Je la remplis, ma déclaration d’impôts.

Je remplis des petites cases au hasard des caprices des chiffres.
J’aimerais mélanger des dés
Et construire des nombres
Que je pourrais déposer au hasard sur les feuilles austères.

Mais que d’ennui
Que cet exercice de citoyenneté servile !

Alors, je jette les dés dans l’égout
On se le prend, ce pot ?

Les petites cases, la nuit, quand je dormirai
Sortiront de leur cercueil
Et danseront comme dans Casse-noisette
Au gré des courbures
Des nuages
Le matin, je retrouverai les feuilles austères
Chiffonnées, piétrinées, gribouillées
Prêtes à l’envol vers le grand sceau !

12:42 Écrit par Saravati dans Personnel extensif | Commentaires (13) | Tags : pot, feuilles, imots, ballet | Lien permanent

27/06/2010

De la lune au vent

branches lune  def 11761

 

L'est belle, la lune, que dis-je, Dame la Lune.

L’est belle avec sa robe de velours bleue au col blanc de dentelles décalées, éclairée par son reflet de poisson d’argent.

Elle penche la tête vers l’autre boule, l’autre bleue, celle qui découpe sur son gros ventre en ballon, des sillons tourmentés.
Change de position bien souvent pour déjouer les pièges. Les pièges du sieur le Vent, celui qui ne se couche jamais, celui qui voudrait diriger les marées à sa place, les faire hautes ou basses suivant ses sautes moutonesques d’humeur.

Car sieur le Vent a ses humeurs et nul plus que lui n’est pro-fête en sa demeure.

Il rit sur les champs dorés et l’instant d’après les a dévastés et de vastes, c’est comme s’ils étaient devenus étroits, séparés par ce coiffeur colérique en grandes raies échevelantes, avec des épis fantaisistes et branlants.

Il veut en paraître à Dame la Lune, elle, constante, tranquille. Sauf les nuits où elle se remplit des vapeurs du ciel et fait chanter les loups. Gare aux loups, alors, à l’orée aussi, car de chasseurs, ils deviennent enchâssants.

Dame la Lune aime le chant des loups, le hurlement des chiens quand sa douce rondeur blanche exhale ses bouffées de chaleur mystérieuses.

Alors le monde tourne à l’envers, les enfants disputent, les jeunes filles s’apeurent, les hommes se retournent en vain sur leurs couches à la recherche d’un sommeil aléatoire.
Les fœtus se contorsionnent dans le placenta étriqué, cherchent la porte de sortie qui signifiera la fin de la paix fusionnelle.
Les familles aux abois se déchirent, les chiens aboient à émouvoir les cigales en hibernation.
Le cœur de la terre palpite prêt à s’ouvrir sur le magma bouillonnant.

Mais rien ou si peu ne se passe au seuil de la réalité du monde revu et corrigé par la lumière lunesque. Ce ne sont que soubresauts d’imagination torturée dans son rythme habituellement falot.

Dame la Lune, si pleine, si belle, si blanche et jaune, fait clignoter ses yeux fripons et peu à peu dilue ses contours pour rendre à la planète bleue sa pseudo-sérénité.

Dans les villes, pourtant, où grouillent les foules insomniaques, dans les masures où le moindre écart de paroles provoque des éboulis de confiance, rien n’a changé ou si peu. Le potentiomètre de l’intensité des émotions a simplement secoué davantage sa petite aiguille désordonnée.
Les souris, au son cadencé des proverbes, continuent à danser entre les doubles parois des murs opaques.

Sieur le Vent se demande encore quelle sera la tournure que prendra sa prochaine âme-humeur : calme plat, modérée, assez forte, impétueuse, tempétesque, ouragane, typhonnesque, moussonneuse …l’éventail du gris blanc au gris moire peut se décliner en mille plissures.

Tout est bon à envisager, à prendre quand on croit avoir la maîtrise de ses propres éléments.

(pardon pour le photo, que j'ai eu du mal à poster et qui apparaît ou disparaît selon les caprices lunaires ...je vais voir ce que je peux faire -rien sans doute - attendre - rester calme ...)

21:52 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (13) | Tags : villes, hommes, lune, vent | Lien permanent

22/06/2010

Ricordi

 

ricordi IMG_1369 x def.jpg

 

Je me souviens

Ces multiples moments

A penser à toi

A te parler

A t’aimer sans même le savoir

Une lueur bleue dans mon antre éclaircie

Et ton rire

En écho

Disparu …

23:53 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (5) | Tags : photo, antre, rire, aimer | Lien permanent

16/06/2010

Mythomania

reflets lignes rouge beige_def 2 MG_4888.jpg

La circulation de l’information, la mise en exergue de faits-divers particuliers a développé l’imagination débridée des personnes ayant une tendance à la mythomanie.

Quoi de plus facile de s’identifier à des personnages témoins ou acteurs de grands événements ou de petits faits marquants de la vie quotidienne ?

Des inondations dans ma région : « J’ai passé toute la nuit à racler dans ma maison à cause de la pluie qui chassait  sous la porte »0
Un feu chez des voisins : « Ma mère qui perd parfois l’esprit s’est levée cette nuit, elle avait froid, elle a pris les papiers qui se trouvaient sur la table pour allumer un feu : c’étaient des factures à payer et les cours de ma fille… ».
« Je me trouvais dans la gare de Bologne juste à l’endroit où une bombe a éclaté un quart d’heure plus tard, j’étais sortie pour aller prendre un café quand j’ai entendu l’explosion »
« Dans l’aéroport de …où nous étions en transit, il y a eu alerte à la bombe, nous sommes restés en transit, on a passé la nuit dans les fauteuils soyeux du grand directeur de l’aéroport. »
« J’étais au Heysel quand la tribune s’est écroulée, mon père avait triché sur mon âge pour que je puisse faire partie des secouristes »
« J’ai eu un grave accident quand j’étais enfant, j’ai dû subir plusieurs chirurgies du visage. Au début les gens du village se moquaient de moi, au fur et à mesure des opérations, cela s’est amélioré et aujourd’hui, je n’ai plus aucune trace, à tel point que le chirurgien qui m’a opéré avait pris des photos de moi à chaque fois et les a publiées dans une revue médicale, je suis donc célèbre dans certains milieux. »
« Si je n’ai pas une bonne orthographe, c’est à cause d’un accident qui m’a rendu aphasique pendant plusieurs années, j’ai dû réapprendre à écrire et à parler, je n’ai jamais récupéré tout à fait. »

Chaque fait pris isolément a toutes les apparences de la réalité parfois avec quelques détails extravagants, certes, la vie l’est parfois, mais l’accumulation de toutes ces péripéties chez une même personne éveille un sentiment de suspicion. Au départ, on se dit, le pauvre, il n’a vraiment pas de chances, c’est toujours à lui qu’il arrive des choses bizarres. Et de jour en jour au fur et à mesure des contacts avec cette personne, de nouvelles histoires viennent se greffer, on commence à se poser des questions, on n’a aucun élément pour vérifier les dires.

Il y a , j’en suis sûr, une part de vérité dans chacun de ces faits, sans doute certains sont-ils réels dans les moindres détails, mais la personne qui les raconte s’identifie systématiquement aux personnes qui les ont vécus. Des erreurs de chronologie sont parfois corrigées avec une petite entourloupe, un interlocuteur peu attentif peut s’y laisser prendre.

Le degré de conscience du mythomane n’est pas nécessairement constant, il semble de bonne foi.
Il a tendance à minimiser les conséquences négatives de ses déboires (forcément s’il ne les a pas subis !), à se donner des excuses pour ne pas avoir respecté ses engagements (la malchance l’a bloqué)

Les belles promesses qu’il vous a faites en toute honnêteté, il ne pourra pas les tenir, elles appartiennent à une autre dimension de sa réalité, cette réalité qui pour lui change constamment de visage au fil des circonstances sans qu’il puisse agir sur son destin : la mythomanie gère sa vie, sélectionne pour lui l’essentiel immédiat et l’accessoire rejeté. Vous ne devez pas lui en vouloir, il n’a sous doute même pas conscience de ses contradictions.

Le mythomane n’est pas un vicieux, il essaie d’embellir les contours de sa vie ou de la rendre plus intéressante que ce soit dans le positif ou le négatif, il a l’immense besoin d’être reconnu comme quelqu’un d’exceptionnel à qui il arrive toutes sortes d’aventures.

Dans le monde qu’il se créé, il ose ce que la plupart des hommes aimeraient faire et être, alors que la pression sociale est forte et les cantonne dans une petite vie programmée et monotone.

Le mythomane est un rêveur qui vit son rêve, du moins dans sa tête !
Et chaque réveil n’est qu’un intermède entre deux rêves !

11:32 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (13) | Lien permanent

11/06/2010

Virgules de boue

 

pré arbre rivière boue def  IMG_8473


Des virgules de boue
S’étaient accrochées au pare-brise.

Les champs noyés s’étendaient autour de nous.

Le soir commençait à tisser sa toile donnant aux ombres une consistance opaque.

Au milieu du silence, nous flirtions outrageusement.
Impassibles à la pluie, au vent, au froid
Enfermés dans nos rêves de sensualité effrénée.

22:03 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (13) | Tags : boue, flirt, champs, sensualite | Lien permanent

07/06/2010

Chiens de cour

 

_reflet arbre flaque herbe def MG_7295

 

Dans la grande cour où ils s’abreuvent, les chiens se mirent dans les flaques argentées et grises.

Je ne les entends plus aboyer.

Comme s’ils s’étaient fondus dans l’eau, devenus silencieux par la magie nostalgique de l’oubli.

Je me souviens vaguement de leur souffle fané sur les visages des enfants et du raclement des caresses sur leur poil brillant et souple.

Leurs coussinets puissants ont laissé entre les pierres dispersées, des empreintes régulières sur la route poussiéreuse qui mène au bois.

Je ne reprendrai plus ce chemin qui m’est redevenu étranger.

Et ces chiens qui m’accompagnaient sans passion pendant ce bref séjour en campagne ne me manqueront pas.

 

22:35 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (11) | Tags : poil, campagne, flaques, chiens | Lien permanent

02/06/2010

Sortie de sieste

tipi ouverture DEF_MG_2819

 

Au détour d’une sieste

malvenue

incongrue

Parasite

Retrouver au seuil des paupières

L’éclat du jour

L’espace tronqué de l’aurore

De ce sommeil déguisé

Extraire l’énergie cachée

Méthodes d’auto-conviction

Frottement des mains

Pressions sur les points

Sensibles

du visage

du corps

Dans son entièreté redéfinie

Evacuer le stress

Sans répit, sans haine

Un filet

Peu à peu

Sorties du brouillard

Les idées

Revêtues de nouveaux atours

Les voiles se déchirent

Nuit longue de quelques instants

Et le monde se recrée

Impassible

Serein

Inquiet

Energie, je te tiens

 

15:55 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (9) | Tags : energie, sommeil, stress, sieste | Lien permanent