27/06/2010

De la lune au vent

branches lune  def 11761

 

L'est belle, la lune, que dis-je, Dame la Lune.

L’est belle avec sa robe de velours bleue au col blanc de dentelles décalées, éclairée par son reflet de poisson d’argent.

Elle penche la tête vers l’autre boule, l’autre bleue, celle qui découpe sur son gros ventre en ballon, des sillons tourmentés.
Change de position bien souvent pour déjouer les pièges. Les pièges du sieur le Vent, celui qui ne se couche jamais, celui qui voudrait diriger les marées à sa place, les faire hautes ou basses suivant ses sautes moutonesques d’humeur.

Car sieur le Vent a ses humeurs et nul plus que lui n’est pro-fête en sa demeure.

Il rit sur les champs dorés et l’instant d’après les a dévastés et de vastes, c’est comme s’ils étaient devenus étroits, séparés par ce coiffeur colérique en grandes raies échevelantes, avec des épis fantaisistes et branlants.

Il veut en paraître à Dame la Lune, elle, constante, tranquille. Sauf les nuits où elle se remplit des vapeurs du ciel et fait chanter les loups. Gare aux loups, alors, à l’orée aussi, car de chasseurs, ils deviennent enchâssants.

Dame la Lune aime le chant des loups, le hurlement des chiens quand sa douce rondeur blanche exhale ses bouffées de chaleur mystérieuses.

Alors le monde tourne à l’envers, les enfants disputent, les jeunes filles s’apeurent, les hommes se retournent en vain sur leurs couches à la recherche d’un sommeil aléatoire.
Les fœtus se contorsionnent dans le placenta étriqué, cherchent la porte de sortie qui signifiera la fin de la paix fusionnelle.
Les familles aux abois se déchirent, les chiens aboient à émouvoir les cigales en hibernation.
Le cœur de la terre palpite prêt à s’ouvrir sur le magma bouillonnant.

Mais rien ou si peu ne se passe au seuil de la réalité du monde revu et corrigé par la lumière lunesque. Ce ne sont que soubresauts d’imagination torturée dans son rythme habituellement falot.

Dame la Lune, si pleine, si belle, si blanche et jaune, fait clignoter ses yeux fripons et peu à peu dilue ses contours pour rendre à la planète bleue sa pseudo-sérénité.

Dans les villes, pourtant, où grouillent les foules insomniaques, dans les masures où le moindre écart de paroles provoque des éboulis de confiance, rien n’a changé ou si peu. Le potentiomètre de l’intensité des émotions a simplement secoué davantage sa petite aiguille désordonnée.
Les souris, au son cadencé des proverbes, continuent à danser entre les doubles parois des murs opaques.

Sieur le Vent se demande encore quelle sera la tournure que prendra sa prochaine âme-humeur : calme plat, modérée, assez forte, impétueuse, tempétesque, ouragane, typhonnesque, moussonneuse …l’éventail du gris blanc au gris moire peut se décliner en mille plissures.

Tout est bon à envisager, à prendre quand on croit avoir la maîtrise de ses propres éléments.

(pardon pour le photo, que j'ai eu du mal à poster et qui apparaît ou disparaît selon les caprices lunaires ...je vais voir ce que je peux faire -rien sans doute - attendre - rester calme ...)

21:52 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (13) | Tags : villes, hommes, lune, vent | Lien permanent

Commentaires

Magnifique cette photo!
Pas de caprice pour moi et sieur le vent est bien content il agite les cheveux de dame Marcelle :-)

Écrit par : Pâques | 27/06/2010

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Ben, chez moi, de photo, nenni !
Reste la belle pleine lune vue de ma fenêtre, à admirer. Très blanche, et pas venteuse, très calme, dans l'attente de sa prochaine disparition dans les limbes, pour mieux renaître et rentrer dans ses quartiers intérieurs !!!

Écrit par : CW | 28/06/2010

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je vois la photo : très belle ! à ma fenêtre, elle était rousse tout à l'heure. attends je vais voir ... ah non, elle s'est assagie, elle a pâli, elle redevient elle-même... J'aime bien son clin d'oeil, et c'est une compagne fidèle dans ma solitude. bises.

Écrit par : carole | 28/06/2010

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Beau, étrange texte. Cette nuit, je tournerai dans le sens du vent, sous la pleine lune.

Écrit par : Danièle | 28/06/2010

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Un beau texte, comme un rêve étrange.

Écrit par : Hasard | 28/06/2010

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J'aime beaucoup le rythme de ce texte, comme une caresse...vous trouve belle en Dame nature ... je pars me mettre dans un coin pour hurler à la lune...

ps : parait il que les bébés ne naissent pas plus nombreux à la pleine lune ???

Écrit par : Les Héphémères | 29/06/2010

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Que j'aime ces humeurs versatiles et changeantes comme la vie - la vie nocturne, bien entendu.

Écrit par : aléna | 29/06/2010

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Echo de lune @ Marcelle
Merci
Sieur le vent a sans doute emmêlé les pinceaux de dame la lune ...

@ CW
Ah, les quartiers intérieurs, les plus suaves !

@ Carole
Compagne fidèle ...et lunatique !

@ Danièle
Tu fais bien de tourner dans le sens du vent, il déteste la contrariété !

@ Hasard
... et quand on se réveille, la lune a disparue mais le vent persiste !

@ Les Héphémères
Un commentaire comme une caresse, merci.
Mais si vous voulez crier, de grâce, ne restez pas dans un coin, je suis sûre que vous avez une très jolie voix !
(pour les bébés, j'ai entendu ...on nous bassine chaque jour des info contradict à ne pas croire !)

@ Aléna
Noctambule ? Toi aussi (n'oublie pas tes copies !)

Écrit par : Saravati | 29/06/2010

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"Les doubles parois des murs opaques", j'adore ! Il me semble connaître ça, deviner ce que tu veux dire, savoir ce que ça sous-entend de pathologies familiales.
J'ai donné !
Belle soirée à toi, saravati.

Écrit par : brigitte giraud | 29/06/2010

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Beau lavis de lune.

Écrit par : Gilbert Pinna | 30/06/2010

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Echos 2 @ Brigitte
Entre les murs épais, il n'y a pas que du vide et des silences ... Belle journée, Brigitte, toujours un réel plaisir de te lire !

@ Gilbert
Entre lune et soleil, ainsi va lavis !

Écrit par : Saravati | 30/06/2010

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Beaucoup de jeux de mots et d'échos sonores, à l'image du singulier mouvement de Dame Lune et de Sieur Vent.
Un rêve réussi.
Geraldine

Écrit par : MULLER Geraldine | 04/07/2010

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Géraldine Les mots, parfois, nous font perdre toute rationalité et joue avec nos humeurs

Écrit par : Saravati | 07/07/2010

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