21/02/2010

Les démons intérieurs

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Pourquoi devrait-on supporter les démons intérieurs des autres quand ils sont tellement proches de nous alors que les nôtres sont déjà tellement pénibles ?
Sur les nôtres, nous avons quelque emprise, sur ceux des autres aucune, à part des tentatives d’intimidation purement théoriques.

Les démons en ce siècle de pseudo-communication et pseudo-mondialisation ont pris une extension déraisonnable avec l’avènement de la psychanalyse, psychologie et autres psy à portée de tout le monde.

Prôner l’irresponsabilité comme une valeur essentielle dans la société est loin d’être une sinécure. Pourquoi serait-on en effet responsable de cette surenchère qui nous porte à assouvir nos instincts de tous genres ?

Si j’arrive à endormir quelquefois mes démons intérieurs, ceux de mon entourage viennent alors me torturer, ils me lancent des cruautés, voire des insultes à la figure, ils me reprochent surtout, je pense, d’exister et d’être un frein à l’épanouissement complet de l’Autre.

Je n’aurais plus alors qu’à disparaître pour que l’Autre puisse jouer sa carte blanche sous de meilleurs auspices et avec des partenaires plus attirants.

Mais là encore, dans mes quelques moments de lucidité, j’ai conscience de m’accorder une importance que je n’ai pas. Je ne suis qu’un bouc émissaire de plus.

Je préfèrerais, certes,  être une feuille balancée par le vent, j’aurais la douce illusion d’être le ressort de ma liberté.
On peut toujours rêver les yeux éveillés !
Les démons avoisinants, les miens ou les autres ne manqueront pas de me rappeler à l’ordre…

17/02/2010

Bagarres


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Des bagarres, on en a collectionnées, on ne leur a laissé aucune occasion de s’évaporer, aucune anicroche n’a été évincée, au contraire, pelée comme une orange jusqu’à la moindre raclure sur l’écorce amère.

On était très forts dans la force de l’âge à manipuler les mots comme des armes blanches, se blessant légèrement pour laisser l’autre continuer allègrement le combat. Même avec un  bras en écharpe, pour dissimuler quelque écharde perfide.

On pensait alors que ces pare-à coups, boucliers transparents et sans défense n’étaient que des ornements pour enjoliver le décor, pour donner aux sons, une texture métallique vitreuse.
 
Et puis ce fut le grand fracas, un coup, mortel, celui-là, a évincé tous les espoirs de connivence et râpé la chair vive jusqu’à complète extinction.
 

19:57 Écrit par Saravati dans Contours insolites | Commentaires (16) | Tags : bagarre, anicroche, arme, bouclier | Lien permanent

13/02/2010

L’écrivaine

 

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Elle aimait le miroir qui lui reflétait son visage.

Se prendre en photo, le visage en pièces détachées
Comme un patchwork jamais complètement reconstitué

Chaque jour à recomposer
Être prise en photo, en public s’afficher

Regard sérieux
Yeux provoquant l’auditoire invisible qui, sous sa plume frémissait

Plume alerte, vive, sensuelle, nostalgique
Tous registres où elle excellait

Production presque quotidienne
Textes bien ficelés, uppercuts, impudiques, émouvants …persifleurs, sincères

Hormis quelques coups de blues qui faisaient se pâmer son troupeau d’admirateurs
Et même ses non-dits faisaient alors figure de chefs d’œuvre.

Badinage, flirt, plaisanteries, futilités, déclarations d’amours, rendez-vous, lectures au second degré, voire plus

Un sacré personnage que cette petite femme énergique

Je l’ai parfois suivie, admirée mais je me suis lassée des commentaires pantois ou banals qui accompagnaient ses petits esclandres.

Au fond, ce que j’aime le plus, moi, c’est la discrétion !

21:05 Écrit par Saravati dans Regards | Commentaires (17) | Tags : auto-portrait, plume, textes, blues, commentaires | Lien permanent

08/02/2010

Attendre



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Pourquoi attendre, attendre encore ?
Attendre que mes parcelles d’existence rencontrent tes particules de vie ?

Ça fait des années que j’attends
Que je tergiverse, que je glande !  

Chaque instant qui passe se perd à jamais
Chaque occasion unique se noie dans le fossé des occasions ratées.

Attendre un geste de toi
Et s’il ne vient pas
Attendre encore ?

Eloge de la passivité, relent d’une éducation standardisée
Eloge de l’humilité, du « je me confonds avec la brume si le soleil n’apparaît pas »

 

Prendre le téléphone, composer ton numéro
Ne plus attendre pour t’entendre

Sentir ton étonnement, voire un indice, même infime de contrariété
Trembler en prononçant ces mots « C’est moi …envie de te parler »

C’est bête, je n’ai rien à te dire, je ne connais rien du moulin de ta vie et par souci d’égalité, dans la discrétion, dans les limites dressées de part et d’autre de nos jardins secrets,

Je n’ai jamais vraiment osé te parler
De moi, de mes tristesses, de mes aspirations, de mes soupirs, de mes espoirs
De mes châteaux en Espagne ou ailleurs
De mes rires avortés
De mon amour de la lumière
De ma peur de l’orage

Alors, je débiterai tout d’un seul coup

Comme l’eau qui bondit du barrage ou de l’écluse dont on ouvre les vannes
Qui je suis, où je vais, mes projets, mes échecs, le déversement inassouvi des mots si longtemps contenus.

Toi tu te tais, j’entends à peine ton souffle, je l’imagine, je l’espère au bout du fil

J’espère que tu n’as pas fait le geste qui met fin à ma déroute de mots
Que tu n’as pas raccroché, que tu es encore là, présent même muet, même amorphe, assommé par le gong de mes paroles redondantes.

Je m’essoufle, mes paroles se diluent, s’effilochent. Elles aspirent à ton appel d’air, à la respiration artificielle qui me ramènera l’énergie.
Et j’attends.

J’attends une minute, une éternité en devenir.
Ta voix est froide, se perd dans les ondes, prononce des sons incompris.
C’est une erreur, un faux numéro…

Pardon, je m’étrangle de honte, je me contorsionne en excuses incohérentes.

La voix à l’autre bout du fil feint de comprendre et, magnanime, pardonne la méprise.
Je marmonne : perte de temps, incompréhensible !

J’étais pourtant sûre. Ce numéro …

Oui, c’est le mien, j’ai repris celui de l’ancien propriétaire.
Des bribes, floues. Déménagé, deux mois. A l’étranger.
Pas connaître son adresse. Pas de contact.

Le clac du téléphone et je sursaute.

J’attends que tu reviennes.
Que tu me rappelles.
Pour t’excuser
De ta cruauté
D’avoir joué ce jeu si ridicule, si méchant.

J’attends.

Dans quelques minutes
Dans quelques heures
Dans quelques jours
Le téléphone sonnera.

Je reconnaîtrai ta voix.
Moins froide, plus proche, plus prolixe, plus nette
Moins entravée.

Oui, je la reconnaîtrai entre mille
Comme je l’ai déjà reconnue.
Aujourd’hui.

Je t’attends.

D’avance, je te pardonne.

 

Clin d'oeil à ce film où durant 1 h 20, personne ne se rencontre, "la virtualité téléphonique" :

Denise calls up de Hal Salwen 1995



23:46 Écrit par Saravati dans Dérives fictionnelles | Commentaires (22) | Tags : meprise, telephone, attendre, voix | Lien permanent

02/02/2010

Renaissance



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Il y a trop de sentiments en moi qui tournent, ils m’éparpillent, ils m’éclaboussent de leurs senteurs mièvres ou sucrées.

Ils m’envahissent, moi qui les ai niés pendant ces années de tourmentes. Je les avais enferrés dans un coin de mon grenier, recouverts d’un voile d’intransparence. Je disais ne pas avoir le temps de les bercer, je savais qu’ils me voulaient du mal, qu’ils voulaient défricher mes faiblesses.

Je pensais qu’en ignorant mes faiblesses, je les ferais disparaître, j’étais une autruche perdue dans un vide affectif. Je me contentais d’une vie alimentaire, standardisée, soi-disant cohérente, rationnelle. Le temps qui coulait fluide et pressé était mon allié fidèle.

Je n’écrivais pas et j’évitais l’écriture des autres, miroir reflétant ma solitude.

Que s’est-il passé ? Qui m’a poussée hors de mes sentiers battus ? Qui m’a guidée ailleurs, là où je n’avais jamais eu l’intention de m’aventurer ? La démesure de mon désarroi ? Le boulet de mon oisiveté contrainte ?

Je n’ai pas vu le courant changer, le ru devenir rivière, la rivière devenir torrent. Par paresse sans doute, je me suis laissée emporter dieu sait où.

L’eau vivifiante a réveillé mes instincts endormis, a ravivé mes neurones engourdis, s’est frayé un passage dans mon inconscient cireux.

Le jour est apparu noir, le ciel angoissant, le soleil blafard, les arbres n’étaient plus que tentacules sombres et menaçants, la gentillesse qui faussait mon contour des choses s’est estompée. Le froid m’a envahie.

J’ai retrouvé le rythme des saisons qui scandent les étapes, j’ai entendu le cri perçant de ma renaissance.

Des mots sont arrivés, m’ont bercée, m’ont frappée, m’ont touchée, m’ont déchiquetée, m’ont jetée pauvre et nue dans la boue de la délivrance.

Je me suis réveillée un matin de novembre, autre sous un ciel restructuré. J’ai enfin ouvert les yeux, aspiré la lumière, regardé autour de moi enfin, sans préjugés, sans arrière-plan, neuve !

Et puis, des chapelets de sentiments ont commencé à défiler dans ma morne plaine, ils ont repeint les couleurs du ciel, ils ont dressé des arcs-en-ciel, ils ont percé les brumes automnales, fait revivre les oiseaux disparus…

Je suis dans la genèse de ma renaissance dans la bourrasque feutrée de mes sentiments, j’ai du mal encore d’accepter leur dictature moi qui croyais les avoir gommés une fois pour toutes pour les empêcher de me torturer.

Aujourd’hui, enfin, je ressens des choses, pour l’instant encore indéfinissables, mais fortes, pleines de promesses, d’espoir peut-être ou peut-être pas. Je suis neuve et au
tre et ça me suffit.

 

Sur proposition du très judicieux JEA, une page très envolée de Haendel

http://www.youtube.com/watch?v=tYwicRBl3vw